Vives oppositions sur l'économie au premier débat de la présidentielle
Mélenchon offensif face aux patrons, Le Pen à l'attaque du bilan macroniste, le duo Philippe-Attal en compétition pour séduire les chefs d'entreprise, Glucksmann pugnace contre la Chine : le premier débat de la présidentielle a mis en scène jeudi les lignes de fracture économiques des candidats.
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Sur le court central de Roland-Garros, organisée par le Medef et diffusée par LCI, la joute entre les sept principaux candidats a été vive, comme l'orage qui grondait sur Paris.
L'enjeu était de taille : en cette rentrée cruciale, à moins de huit mois du premier tour du 18 avril, les sondages esquissent une Marine Le Pen seule assurée de se qualifier pour la finale du 2 mai -- si le scrutin avait lieu maintenant.
La quadruple candidate à l'Elysée du Rassemblement national a tenté de gérer son avance en annonçant qu'elle présenterait un plan d'économies de 125 milliards d'euros "avant le débat budgétaire" de l'automne.
Elle a surtout dit "assumer" le "choix de société" de permettre un départ à la retraite à 60 ans à ceux qui ont commencé à travailler "avant 20 ans", malgré les divergences au sein de l'extrême droite.
"Quatre vérités"
Le débat a d'ailleurs été l'occasion pour certains de préciser leurs intentions sur ce point sensible, l'insoumis Jean-Luc Mélenchon prônant la retraite "le plus vite possible" à 60 ans après une étape à 62 ans, et, à droite, Bruno Retailleau proposant de lier l'âge de départ "à l'espérance de vie".
Derrière Marine Le Pen, les intentions de vote laissent entrevoir une lutte acharnée pour l'autre place en finale. Une nouvelle étude Ifop-Fiducial, après Harris Interactive-Toluna, confirme la progression de Jean-Luc Mélenchon, désormais en position, selon les configurations, de se hisser au second tour.
Les deux candidats les plus radicaux ont incité leur public -- et donc l'opinion -- à ne pas se fier aux "caricatures" de leur programme (Mélenchon) ou "ce que vous pouvez entendre de-ci, de-là" (Le Pen).
En terrain patronal loin d'être conquis, le leader de La France insoumise a néanmoins tenu l'engagement de dire leurs "quatre vérités" aux chefs d'entreprise, exhortés d'emblée à "augmenter les salaires" pour éviter de "tomber en récession".
Et a défendu le "retour de l'Etat", "le social", fustigeant les "cadeaux fiscaux" aux entreprises du double quinquennat d'Emmanuel Macron.
Un ton virulent moqué par Edouard Philippe. "Après une éruption vocale sur ma gauche, un déluge qui vient du ciel", a glissé le candidat du parti Horizons, alors que tombait la pluie.
Edouard Philippe et Gabriel Attal, en concurrence pour représenter le bloc central au printemps mais menacés par la dynamique de Jean-Luc Mélenchon, se sont attaqués au chantre de la gauche radicale et à Marine Le Pen.
"Vous expliquez qu'on va brûler la dette et vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire", a raillé le premier à l'égard de l'insoumis, tandis que le candidat du parti présidentiel Renaissance s'en est pris "aux grands classiques de Mme Le Pen: c'est sujet, verbe, immigration".
Mais ce duo s'est fait critiquer en retour pour le bilan de dix ans de macronisme, Marine Le Pen invoquant notamment "1.000 milliards d'euros de dette supplémentaires".
"C'est quand même assez étonnant de se prendre des leçons sur la dette de la part de deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron", a aussi ironisé le social-démocrate Raphaël Glucksmann.
"Etat bureaucratique"
En hausse dans le sondage Ifop, après l'annonce dimanche de sa candidature à la primaire organisée avec le PS, il a mis en garde contre la concurrence de la Chine. "L'enjeu, pour le prochain président de la République, ce sera d'aller à Bruxelles et de taper du poing sur la table" pour "réorienter" les politiques commerciales et industrielles, a-t-il martelé.
Hormis Jean-Luc Mélenchon, les candidats ont globalement tenté de séduire les chefs d'entreprise, y compris Marine Tondelier, qui leur a assuré que, comme eux, "les Ecologistes aussi veulent la liberté", car "l'écologie est la condition de la liberté".
Elle a en revanche accusé "la droite et l’extrême droite" d'être "dans le déni climatique, nous rendant plus vulnérables".
Bruno Retailleau, candidat du parti Les Républicains, est allé largement dans le sens patronal en promettant de s'attaquer à "l'État bureaucratique", "vorace", qualifié de "premier problème".
Gabriel Attal s'est lui engagé de "revenir sur les hausses du coût du travail" intervenues depuis 2024, après son départ de Matignon. Si la plupart des candidats ont défendu une hausse du salaire net, Raphaël Glucksmann a assuré qu'il ne la financerait pas, lui, "par la casse du modèle social".
Edouard Philippe avait donné le ton en dégainant, dans un entretien à l'AFP jeudi matin, des mesures qui devraient séduire les patrons : la réduction à 12 mois (18 aujourd'hui) de l'indemnisation chômage pour les moins de 50 ans mais aussi "mettre fin à l'open bar des arrêts de travail".
Les principaux thèmes du débat
- Dette
La proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette publique a suscité les attaques des autres candidats.
"Vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire", lui a lancé Edouard Philippe. "La France, elle a une parole, elle la tient et elle remet en ordre ses comptes, comme tous les autres pays l'ont fait."
"Si vous considérez, Monsieur Mélenchon, qu'il suffit d'annuler la dette, pourquoi vous proposez en même temps d'augmenter les impôts? C'est par pur sadisme?", a aussi attaqué Gabriel Attal.
"C'est quand même assez étonnant de se prendre des leçons sur la dette de la part de deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron", a pour sa part jugé Raphaël Glucksmann. "Pour défendre ce bilan, vaut mieux être deux", a-t-il ironisé.
"Oui, je suis très inquiète par la situation de la dette. Donc clairement, nous la rembourserons", a quant à elle déclaré Marine Le Pen.
"Nous présenterons juste avant le débat budgétaire" au Parlement "notre trajectoire de rétablissement des finances publiques avec 125 milliards d'euros d'économies", a-t-elle annoncé.
- Retraites
Sur les retraites, Bruno Retailleau a proposé de lier l'âge de départ "à l'espérance de vie", précisant qu'il détaillerait son projet "dans quelques jours". "On ne va pas se faire un psychodrame tous les dix ans. Ce sera une réforme équilibrée" et "qui sauvera le régime", a-t-il assuré.
Marine Le Pen a elle développé sa propre réforme: ceux qui ont commencé à travailler "avant 20 ans (...) partiront à 60 ans" pour ensuite "progressivement" parvenir "à 42 ans de cotisations et un âge légal de 62 ans".
Face au coût critiqué de 9 milliards de cette réforme, elle a estimé qu'il s'agissait d'un "choix de société".
Jean-Luc Mélenchon a lui prôné la retraite "dans un premier temps à 62 ans" puis, "le plus vite possible", à 60 ans.
Marine Tondelier a rappelé qu'elle souhaitait "abroger" la dernière réforme des retraites.
Gabriel Attal a lui défendu la nécessité d'"un nouveau système universel" fondé "sur la durée de cotisation".
- Normes
Les candidats ont largement critiqué le poids des normes sur les entreprises.
"Le premier problème, c'est l'État bureaucratique", a déclaré Bruno Retailleau. Il a promis de supprimer "quelques semaines" après son éventuelle arrivée à l'Elysée, "sur ordonnance", "une centaine de normes, les plus stupides".
Edouard Philippe s'est dit "assez d'accord" avec le principe de cette ordonnance.
"Il faut arrêter la folie normative", a embrayé Marine Le Pen, Gabriel Attal estimant aussi: "l'échec principal des dernières années en matière économique, c'est notamment cette question de la simplification".
Mais Raphaël Glucksmann a nuancé: "La norme, c'est comme le cholestérol, il y a de la bonne norme, il y a de la mauvaise norme". Les normes protègent "la santé" ou "l'environnement", a-t-il rappelé.
- Coût du travail
Sur le thème du coût du travail, Edouard Philippe a estimé nécessaire de "rapprocher le brut du net" des salaires, notamment en faisant en sorte que "la protection sociale" ne repose plus autant "sur des prélèvements sur le travail".
Et a averti: "il n'y a pas d'exemple de démocratie qui résiste à l'affaiblissement durable des classes moyennes populaires."
Gabriel Attal, disant vouloir "revenir sur les hausses du coût du travail qui sont intervenues depuis 2024", les a qualifiées de "boulet pour nos entreprises".
Dans la même lignée, Bruno Retailleau a promis d'alléger "dès la première heure (...) les charges de travail".
Raphaël Glucksmann a lui martelé ne pas vouloir financer la hausse des salaires "par la casse du modèle social", mais en taxant davantage les successions.
Marine Tondelier a de son côté promis "un SMIC à 2.000 euros brut" en échange d'un "grand plan d'aide pour les TPE et les PME", défendant une présidence "des petites et moyennes entreprises".
- Fiscalité
Les candidats ont notamment débattu du pacte Dutreil, qui facilite la transmission des entreprises familiales. Gabriel Attal, Edouard Philippe, Marine Le Pen ont promis de ne pas y toucher. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier ont eux dénoncé sont détournement à des fins d'optimisation fiscale, disant vouloir le réformer.