Vers la fin de l'accord d'échange de migrants entre France et Royaume-Uni
L'accord franco-britannique d'échange de migrants dit du "un pour un" conclu à l'été 2025 est sur le point d'être enterré faute d'avoir atteint ses objectifs, alors que 22 personnes sont mortes en tentant de traverser la Manche depuis le début de l'année.
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"Nous discutons avec les Britanniques sur les modalités de sortie de l’accord", a indiqué à l'AFP le ministère de l'Intérieur français confirmant une information du Monde.
Conclu en juillet 2025, cet accord "expérimental" d'un an qui prévoit le renvoi en France de personnes migrantes arrivées irrégulièrement au Royaume-Uni sur une embarcation, en échange de l'accueil légal par ce pays d'autres migrants se trouvant en France, sur le principe du "un pour un", avait été prolongé jusqu'au 1er octobre.
Lors de son audition par une commission d'enquête à l'Assemblée nationale le 15 juin, le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez avait dit avoir "clairement annoncé à (son) homologue que cet accord pilote (...), n’avait pas vocation à être reconduit au-delà du 1er octobre 2026".
Qualifié de "révolutionnaire" par le Premier ministre anglais de l'époque Keir Starmer, cet accord conclu sous la pression de l'extrême droite, visait à "exercer un effet très dissuasif sur le modèle des passeurs et sur les traversées", selon le président français Emmanuel Macron, avec un objectif de 2.600 échanges.
Quelque 1.400 migrants ayant rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni avaient été renvoyés en France dans le cadre de cet accord, avait indiqué la ministre britannique Shabana Mahmood devant le Parlement le 15 septembre.
En échange, Londres avait admis légalement 1.117 autres migrants ayant fait une demande en France, selon les dernières données disponibles fin juin, soit moins de la moitié du but fixé.
Reconnaissant des chiffres "relativement faibles", la ministre britannique avait indiqué à cette occasion que "le plus difficile" avait été "de gérer chaque semaine un très grand nombre d'expulsions".
"C'est difficile sur le plan opérationnel tant pour eux que pour nous. Il existe des contraintes de part et d'autre, notamment en matière de capacité d'accueil en centre de rétention", avait précisé Mme Mahmood.
"Marchandage honteux"
Cet accord a été régulièrement critiqué par les associations qui dénoncent "un marchandage migratoire honteux" allant à l'encontre des textes internationaux sur les droits des réfugiés.
Selon la Convention de Genève ratifiée par les deux Etats, il est illégal d'empêcher le dépôt d'une demande de protection internationale d'un demandeur d'asile qui aurait fui son pays en raison de persécutions.
Une demande, une fois déposée, a de vraies chances d'aboutir: les dix principales nationalités ayant demandé l'asile au Royaume-Uni ont obtenu le statut de réfugié à 72% en 2024 et 56% en 2025.
Les politiques de plus en plus dures contre les migrants poussent ces derniers à prendre de plus en plus de risque, font également remarquer les associations.
Lundi 28 septembre, trois personnes, dont un enfant, sont mortes dans une tentative de traversée clandestine de la Manche, portant à 22 le nombre de personnes décédées depuis le début de l'année en tentant de traverser clandestinement la Manche, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles.
En 2025, 31 personnes sont mortes en mer et 78 en 2024, selon le rapport de la commission d'enquête chargée d'évaluer les conséquences d'un autre accord, celui du Touquet qui externalise la frontière britannique sur les côtes françaises.
Depuis le début de l'année, le nombre d'arrivées a reculé nettement, avec 19.196 personnes arrivées clandestinement au Royaume-Uni au 29 septembre, soit une baisse de plus de 42% par rapport à la même période en 2025, selon les derniers chiffres officiels britanniques.
Le 25 septembre, le Premier ministre britannique Andy Burnham a reconnu que les passeurs organisant des traversées clandestines de la Manche "changent de tactiques". Des départs depuis la Belgique, allongeant la durée de traversée, ont notamment été observés et les bateaux sont de plus en plus chargés selon les associations.
Les rassemblements anti-migrants, parfois violents, sont réguliers au Royaume-Uni où les arrivées depuis la France sont un sujet central dans le débat politique, qui a notamment alimenté la montée du parti anti-immigration Reform UK.