Scandale de corruption en Ukraine: les ministres de l'Energie et de la Justice démissionnent

Les ministres ukrainiens de l'Energie et de la Justice ont annoncé leur démission mercredi à la demande du président Volodymyr Zelensky, sur fond d'un des pires scandales de corruption de ces dernières années dans ce pays qui lutte depuis près de quatre ans contre l'invasion russe.

Cette annonce intervient peu après que les instances anticorruption ukrainiennes ont annoncé avoir démantelé un vaste système de corruption dans le secteur énergétique portant sur 100 millions de dollars de pots-de-vin. 

Orchestrée selon les enquêteurs par un proche du président, cette affaire est l'un des pires scandales de corruption depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. 

"Il est absolument inacceptable que, dans ces circonstances, certains stratagèmes continuent d'exister dans le secteur de l'énergie", alors que l'Ukraine subit "des coupures d'électricité, des frappes russes et des pertes" humaines, a jugé Volodymyr Zelensky sur les réseaux sociaux, en exhortant les ministres à partir. 

"J'ai rédigé une lettre de démission", a indiqué dans la foulée la ministre de l'Energie Svitlana Gryntchouk sur Facebook, tout en affirmant n'être à l'origine d'"aucune violation de la loi". 

Peu après, la cheffe du gouvernement Ioulia Svyrydenko a déclaré avoir soumis au Parlement les demandes de démission de Mme Gryntchouk et de son prédécesseur Guerman Galouchtchenko, actuellement ministre de la Justice. 

Un vote parlementaire entérinant leur renvoi est attendu vendredi, selon des députés. 

"Ecoeurant"

Cette affaire a suscité une vague d'indignation en Ukraine où des habitants sont confrontés quotidiennement à des coupures de courant et de chauffage en raison de frappes russes sur le réseau énergétique. 

"C'est écœurant", a déclaré à l'AFP à Kiev Davyd, un créateur de contenu de 24 ans, refusant de donner son nom de famille. 

"Ils nous détruisent, détruisent notre réputation et notre avenir", a-t-il lancé, en s'inquiétant de l'impact de ce scandale sur les soutiens européens de Kiev.

Le scandale prend une dimension particulière compte tenu de l'extrême dépendance de l'Ukraine à l'aide militaire et financière occidentale depuis le début de l'invasion russe. 

Olena Boïkova, une habitante de Kiev âgée de 57 ans, s'est déclaré "indignée". "Une guerre est en cours et nous avons ces ennemis intérieurs qui volent de l'argent", s'est-elle insurgée.

Le parquet national anticorruption (SAP) avait accusé mardi le ministre Galouchtchenko d'avoir perçu des "avantages personnels" dans cette affaire en échange du contrôle sur les flux financiers du secteur énergétique donné à un proche du président, Timour Minditch.

Svitlana Gryntchouk, qui a succédé à M. Galouchtchenko en juillet, n'a à ce stade pas été directement visée par des accusations de corruption. 

Selon des médias ukrainiens, elle est considérée comme une personne de confiance de son prédécesseur.

Hauts responsables

Les structures anticorruption ukrainiennes ont également accusé un proche du président, Timour Minditch, d'avoir orchestré ce vaste système de corruption, notamment autour de l'opérateur nucléaire national Energoatom. 

Minditch est copropriétaire de la société de production Kvartal 95, fondée par Volodymyr Zelensky lorsque ce dernier était un comédien vedette, avant de se lancer en politique et devenir président en 2019. 

Timour Minditch, qui a quitté l'Ukraine peu avant que n'éclate ce scandale, est également soupçonné d'avoir influencé des décisions de hauts responsables du gouvernement dont l'ex-ministre de la Défense Roustem Oumerov, aujourd'hui secrétaire du Conseil de sécurité national. 

Un ex-vice-Premier ministre, Oleksiï Tchernychov, figure lui aussi sur la liste de personnes inculpées dans le cadre de cette affaire, selon les structures anticorruption. 

M. Zelensky n'a pas commenté les accusations visant M. Minditch. 

La Première ministre Ioulia Svyrydenko a en revanche annoncé que son gouvernement a préparé des propositions de sanctions visant ce dernier ainsi qu'un autre homme d'affaires cité dans ce scandale, Oleksandre Tsoukerman. 

Cette affaire représente l'une des plus graves crises politiques pour le président Zelensky, qui commence à s'attirer de plus en plus de critiques après bientôt quatre ans d'invasion. 

Cet été, la présidence avait tenté de priver les deux principales instances anticorruption, le NABU et le SAP, de leur indépendance avant de faire marche arrière face à la levée de boucliers au sein de la société civile et chez les alliés occidentaux de Kiev.

Par Victoria Lukovenko et Andrii Kalchenko