Un an après les européennes, un parlement droitisé mais pas encore fracturé
Jusqu'ici la majorité de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen tient : un an après les élections, le Parlement européen s'est droitisé, à coup de reports de lois environnementales, mais sans provoquer de rupture avec la gauche sociale-démocrate à ce stade.
La droite en force
Confortée aux élections, la droite (PPE) est en position de force à Strasbourg.
Si les centristes et les sociaux-démocrates ne vont pas dans son sens, elle peut se tourner vers l'extrême droite pour former une majorité alternative, comme cette semaine pour rejeter un rapport sur l'aide au développement.
Ce scénario ne s'est produit qu'en de rares occasions jusqu'ici.
Mais le PPE a souvent fait monter la pression, notamment cet automne, en menaçant de détricoter une loi contre la déforestation, avant de se contenter d'un report d'un an.
Compétitivité, défense, tour de vis migratoire et "simplification" en série de textes environnementaux : l'agenda européen penche nettement à droite.
"C'est très difficile, c'est un autre vent qui souffle, un vent plus froid et plus dur. Il y a une alliance conservatrice qui ne veut pas protéger la nature", estime l'écologiste Tilly Metz.
Cette Luxembourgeoise n'a pas digéré le report à 2028 de l'entrée en vigueur d'une loi sur le "devoir de vigilance" environnementale et sociale des multinationales.
Objet de près de cinq ans de négociations et adopté juste avant les dernières élections, ce texte faisait la fierté de la gauche et du centre.
Mais son avenir est menacé depuis que le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont appelé à le supprimer, au nom de la compétitivité.
Rendez-vous à l'automne
Malgré cela, centristes, sociaux-démocrates et une partie des Verts ont jusqu'ici accompagné le mouvement, sans claquer la porte. Face aux difficultés économiques et à l'arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, le pragmatisme a prévalu.
"Les majorités constructives que nous continuons de former reposent sur des forces pro-européennes au centre. Je ne vois pas cela changer", revendique la présidente du Parlement Roberta Metsola (PPE) auprès de l'AFP.
Selon la cheffe des centristes Valérie Hayer, il est encore trop tôt pour évaluer la solidité de cette majorité.
"On n'est pas encore rentré dans le dur. Ce sera en septembre et octobre, quand on sera sur le fond des textes, et pas sur des reports" de lois, considère la Française.
Car le Parlement ne s'est pas emparé de lois majeures à ce stade. Les "grandes décisions" sont "devant nous", abonde le chef du groupe PPE, Manfred Weber.
Beaucoup y voient la marque d'un second mandat d'Ursula von der Leyen (PPE) davantage centralisé que le précédent.
La présidente de la Commission européenne "pilote tout", mais "son équipe ne peut pas tout faire. Il y a une forme d'embouteillage avec moins de textes qui arrivent au Parlement", explique Valérie Hayer.
L'influence de l'extrême droite
Grâce à sa percée aux élections, l'extrême droite pèse de plus en plus, même si elle est toujours pénalisée par sa division en trois groupes: Conservateurs et réformistes (ECR), Patriotes et Souverainistes.
Le groupe ECR, où siègent les élus de Fratelli d'Italia - le parti de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni - est de plus en plus intégré au jeu européen.
Certains ont obtenu des postes stratégiques comme la Tchèque Veronika Vrecionova, à la tête de l'influente commission en charge de l'agriculture.
"L'Europe va dans notre sens. C'est une période intéressante pour ECR", savoure le chef du groupe, Nicola Procaccini. "Nous sommes des partenaires naturels du PPE pour toute une série de politiques", lance l'élu italien.
A l'inverse, droite et gauche opposent encore un "cordon sanitaire" aux groupes Patriotes et Souverainistes, privés de postes et de dossiers clés.
Ce "cordon sanitaire" est "antidémocratique", a de nouveau fustigé le patron des Patriotes Jordan Bardella, tout en égratignant ECR, "soutien de la Commission européenne".
Critiquées pour leur maigre bilan durant le précédent mandat, les troupes de M. Bardella déposent davantage d'amendements et s'efforcent de gagner en respectabilité. En claironnant qu'une majorité alternative est possible.
"Mais ce n'est vrai que pour certains sujets comme la compétitivité" ou le détricotage des textes environnementaux, nuance une fonctionnaire européenne.
Sur la défense de l'Etat de droit, les critiques envers la Hongrie de Viktor Orban ou le soutien à l'Ukraine, "la majorité pro-européenne reste très soudée", assure-t-elle.
Par Adrien de Calan