Trump et l'Europe, des secousses à n'en plus finir

Une année écoulée, encore trois à encaisser. Rudoyés par Donald Trump depuis son retour fracassant à la Maison Blanche, les Européens peinent encore à tracer des lignes rouges face au président américain.

Que faire quand votre allié de toujours, censé assurer votre sécurité, se met à la menacer?

Les projets d'annexion du Groenland, agités à répétition par le tempétueux républicain, constituent la caricature ultime du rapport de force qui s'est installé au cours des 12 derniers mois.

"Chaque matin, vous vous réveillez et vous vous dites: est-ce que je regarde, est-ce que je regarde? Bon, que s'est-il passé?", confiait la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, à l'AFP.

Face à ces questions vertigineuses, comme à tous les coups de boutoir que l'Europe a jusqu'ici encaissés les dirigeants se sont accordés sur une même stratégie: faire le dos rond.

Seule exception à la règle? La tech. 

Les Vingt-Sept n'ont pas eu peur d'infliger des amendes salées aux géants du numérique, comme X et Google, quitte à être accusés par la Maison Blanche d'"attaquer" le "peuple américain".

"Le plus difficile est encore à venir"

Au cours de la dernière année, Paris, Bruxelles, Londres ou Berlin ont avalé nombre de couleuvres -- des réprimandes de JD Vance à Munich au tapis rouge déroulé pour Vladimir Poutine en Alaska, de la stratégie de sécurité nationale de Washington, qui décrit l'Europe au bord de l'"effacement civilisationnel", aux droits de douane de 15% imposés au continent en août.

A les écouter, il s'agit du prix à payer pour que les États-Unis, dont l'Europe peine à se sevrer, ne tournent pas complètement le dos au Vieux continent.

Ils en veulent pour preuve ce qui reste incontestablement une des réussites de l'année écoulée: ne pas avoir été complètement écartés des tractations sur l'Ukraine, grâce à la mise sur pied d'une coalition dite des volontaires et du déplacement de sept leaders européens à la Maison Blanche à l'été -- une réunion unique en son genre.

Mais il reste encore trois ans de Trump. Et "de nombreuses raisons de penser que le plus difficile est encore à venir", comme le résumait la Première ministre danoise Mette Frederiksen qui surveille, plus que tout autre responsable européen, chaque nouvelle déclaration du président américain avec angoisse -- à tel point que ses équipes ont établi un système dédié pour veiller jour et nuit sur son réseau social, Truth Social.

"Bazooka"

A quel moment faudra-t-il considérer que le milliardaire républicain a franchi les bornes, que la relation transatlantique est réellement dissoute?

Si Donald Trump met ses menaces d'annexion du Groenland à exécution? S'il contraint le continent à abandonner ses très ambitieuses règles sur le numérique, critiquées quotidiennement par Elon Musk? Ou s'il s'ingère dans une des nombreuses élections prévues sur le continent (France, Hongrie, Danemark, Italie...)?

Autre question, encore plus périlleuse: comment riposter? 

Ici, les avis divergent.

Les responsables européens évoquent pêle-mêle la suspension de l'accord commercial avec Washington ou de nouvelles amendes contre le milieu de la tech, très proche de la galaxie Trump. Mais avec toujours les mêmes hésitations, tâtonnements.

Dans ces discussions revient aussi l'idée de dégainer un outil commercial puissant, dont l'UE s'est dotée en 2023 mais jamais encore utilisé: l'instrument anti-coercition. 

Comparé par certains à un "bazooka", il est pensé pour être activé après épuisement des voies diplomatiques, et permet de limiter les importations provenant d'un pays ou son accès à certains marchés publics. Mais cette option ne paraît, là encore, pas très crédible tant les Européens sont réticents à froisser leur allié historique et premier partenaire commercial.

"L'Europe a un grand nombre de cartes qu'elle peut utiliser" face à Donald Trump, assure Tara Varma, du cercle de réflexion German Marshall Fund à l'AFP. Mais pour l'experte, elle "a consciemment, ou inconsciemment, choisi de ne pas les utiliser". 

Jusqu'ici.

Par Emma Charlton et Camille Camdessus