Si l'extrême droite prorusse gagne une élection régionale en Allemagne, quelles en seront les conséquences ?

Si le parti d''extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) arrive au pouvoir dans le land de Saxe-Anhalt,  dans l'ex-Allemagne de l'est, à l'issue d'un scrutin régional dimanche 6 septembre, l'impact sur la politique de  sécurité et de défense de Berlin pourrait être réel, selon des experts, qui pointent la radicalité du parti et sa ligne prorusse.

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La victoire de l'AfD est-elle certaine ?

Ulrich Siegmund, un tribun de 35 ans, tête de liste de l'AfD, part favori. Sa formation prorusse, pro-Trump et anti-immigration capitalise  aussi sur l'"Ostalgie", cette forme de nostalgie en ex-RDA, parfois nourrie d'un ressentiment à l'égard des Allemands de l'Ouest, accusés de mépriser ceux de l'Est.

Son parti qui devance depuis des mois dans les sondages - de près de 20 points actuellement -, les conservateurs du chancelier Friedrich Merz et de l'actuel dirigeant de la Saxe-Anhalt, Sven Schulze, et semble en position de remporter dimanche une victoire historique : s'il obtient la majorité absolue au parlement de Saxe-Anhalt, il pourra former le premier gouvernement régional d'extrême droite de l'après-guerre.

Des figurent centrales de l'AfD minimisent les crimes nazis, tandis que d'autres membres du parti entretiennent des liens avec des groupes extrémistes de droite interdits.

Doit-on craindre le partage de renseignements sensibles avec la Russie ?

Le député Konstantin von Notz, vice-président de la commission de contrôle parlementaire des services de renseignement, met en garde depuis des mois contre des fuites présumées d'informations vers Moscou imputées à l'AfD, et cela dans un contexte de sabotages à répétition en Allemagne attribués au Kremlin.

Un gouvernement régionale prorusse dans une région de l'ex-Allemagne communiste pourrait démultiplier le problème.

"Des extrémistes de droite entretenant des liens étroits avec les régimes dictatoriaux de ce monde, au premier rang desquels la Russie, pourraient se retrouver à des postes de responsabilité avec un accès à des informations et bases de données hautement sensibles en matière de sécurité", a déclaré à l'AFP l'élu écologiste.

Wolfgang Merkel, analyste au Centre des sciences sociales de Berlin (WZB), juge improbable que l'AfD partage des informations classifiées avec Moscou, un tel acte qui s'apparenterait à de la "trahison". 

La Saxe-Anhalt abrite des bases et des zones d'entraînement de l'armée allemande, et le ministre de la Défense Boris Pistorius a exprimé ses craintes si l'AfD mettait la main sur des informations concernant ces sites au moment où le pays muscle ses défenses pour palier au retrait américain et répondre au danger russe. 

Il a donc appelé à juguler les accès d'éventuels ministres régionaux de l'AfD. "Nous examinons de très près à qui nous pouvons accorder l’accès à des informations classifiées", a-t-il déclaré au tabloïd Bild, "nous y sommes obligés, car il en va de la sécurité de notre pays".

M. Pistorius a jugé "indéniable" la "proximité avec Poutine" de certains responsables de l'AfD.

Le gouvernement fédéral pourrait-il bloquer des initiatives de l'AfD ?

Si un Etat régional refuse de se conformer au droit fédéral, l'article 37 de la Constitution allemande définit les mesures que Berlin peut prendre. 

Le gouvernement fédéral peut, avec l'accord de la chambre haute, le Bundesrat, qui représente les Länder, intimer à une région de "remplir ses obligations". 

Si un Land refusait à plusieurs reprises de se conformer au droit fédéral, Berlin pourrait, en théorie, nommer un commissaire chargé de faire respecter la loi, en reprenant certaines prérogatives et mettant de facto les ministres régionaux sur la touche.

Cependant, Luca Manns de l'université de Cologne prédit plutôt, qu'en cas de conflit sérieux, la Saxe-Anhalt et le gouvernement allemand finissent devant la Cour constitutionnelle, notamment si l'AfD voulait supprimer la branche locale des renseignements intérieurs (BfV).

L'extrême droite pourrait-elle réorienter à son profit le renseignement intérieur ?

L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) de Saxe-Anhalt a prévu, en cas de victoire, de réformer en profondeur la branche régionale de l'Office fédéral de protection de la constitution (BfV), le renseignement intérieur, envisageant même sa suppression.

Le BfV compte parmi ses attributions la surveillance des extrémismes (droite, gauche, islamisme etc.) et en 2023, il a classé la section locale de l'AfD organisation d’extrême droite, une qualification étendue ensuite à tout le parti au niveau national et que l'AfD conteste en justice.

Le parti accuse le renseignement intérieur d'ingérence politique avec pour objectif de l'affaiblir face aux grands partis traditionnels qui se partagent le pouvoir depuis 1945.

Si elle prenait le pouvoir, l'AfD disposerait en Saxe-Anhalt, du fait du fédéralisme allemand, d'une marge de manœuvre considérable pour influer sur le travail de l'agence régionale du BfV, notamment en remplaçant les hauts responsables et en refondant sa structure. 

Il pourrait également lui ordonner de se focaliser sur ses rivaux à l'extrême gauche.

Qu'est-ce que l'AfD prévoit en matière d'immigration et d'éducation ?

Le parti  pourrait modifier les priorités de la police pour accroître les contrôles visant les populations étrangères.

"Dès la première minute" de son entrée dans ses fonctions, Ulrich Siegmund veut ainsi expulser de Saxe-Anhalt les immigrés en situation irrégulière.

Il souhaite aussi dénoncer le contrat régissant les médias audiovisuels publics allemands qu'il accuse d'être biaisés, leur préférant les réseaux sociaux et leurs algorithmes. 

Chantre de la famille traditionnelle, il promet d'"interdire l'affichage officiel du drapeau arc-en-ciel (symbole des personnes LGBT+) dans les écoles et veiller en revanche à ce que le drapeau national flotte tous les jours d'école dans les établissements publics".

Comme l'éducation est du ressort des Etats régionaux en Allemagne, il compte aussi supprimer l'obligation de fréquentation de l'école, qui ouvrirait en particulier la voie à l'enseignement à domicile. 

Il pense également modifier les programmes d'histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich. Selon der Spiegel, certains de ses collaborateurs ont d'ailleurs été très proches de la mouvance d'extrême droite radicale et néonazie.

Il fait également partie des membres de l'AfD qui ont participé à une réunion en novembre 2023 à Potsdam au cours de laquelle a été évoqué un projet d'expulsion massive d'étrangers et d'Allemands d'origine étrangère