Qui est le Monsieur Climat de l'UE ?

Wopke Hoekstra portera la voix de l'Union européenne lors de la prochaine conférence de l'ONU sur le climat. Mais s'il a réussi à se faire un nom dans la diplomatie climatique, il doit composer avec les divisions d'une Europe qui appuie sur le frein sur les enjeux environnementaux.

Ambitieux et pressé, le Néerlandais de 49 ans est chargé du climat depuis deux ans à la Commission européenne.

Avec sa taille imposante de près de deux mètres et une communication bien huilée, il est parvenu à émerger, dans une équipe de la Commission européenne en manque de figures charismatiques.

Les défenseurs de l'environnement et la gauche de l'hémicycle avaient pourtant très mal accueilli sa nomination en octobre 2023, dénonçant notamment ses fonctions passées chez la compagnie pétrolière Shell, jusqu'en 2004.

"C'était il y a longtemps" et "franchement, je pense avoir montré" depuis que "j'essaie de faire avancer les choses dans le domaine de l'action climatique", répond-il.

Dès sa première COP fin 2023 à Dubaï, l'Union européenne avait joué un rôle de pivot remarqué pour pousser l'ensemble des pays à sortir progressivement des énergies fossiles.

Quelle voix portera-t-il à la COP ?

En novembre, Wopke Hoekstra portera de nouveau la voix de l'UE à la COP30 qui aura lieu à Belem, au Brésil.

Mais quelle voix alors que les négociations patinent entre les pays européens sur leur objectif de réduction des émissions pour 2040 ? Les 27 ne parviennent pas en effet à surmonter leurs divergences sur la proposition de Bruxelles de réduire de 90% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990.

Bousculée par la poussée de l'extrême droite aux élections européennes de juin 2024, l'UE est beaucoup moins allante sur les enjeux environnementaux que lors du précédent mandat de la Commission marqué par les grandes ambitions du pacte vert. L'écologie peine à trouver une place dans l'agenda européen, dans un contexte géopolitique tendu.

Wopke Hoekstra affirme que l'ambition européenne demeure mais explique s'adapter à cette nouvelle configuration du Parlement, fort de son expérience des tractations au sein des coalitions politiques aux Pays-Bas.

L'UE "continuera à jouer son rôle de leader" sur les enjeux climatiques, a-t-il assuré le 18 septembre, juste avant une réunion de négociations sur le sujet entre les 27. "Au bout du compte, nous continuerons d'être soit les plus ambitieux, soit parmi les plus ambitieux", a-t-il martelé.

Issu du centre droit, le commissaire, marié et père de quatre enfants, revendique personnellement une écologie "pragmatique" qui tente d'allier compétitivité et climat.

"Son approche est très libérale, il essaye de parler aux marchés" et s'engage sur "la négociation climatique", mais moins sur la protection de la biodiversité, estime un ancien interlocuteur de la Commission.

Un compromis a minima

Afin de ne pas arriver les mains vides à la COP, les membres de l'UE ont approuvé le 18 septembre un compromis a minima sur la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

A défaut de trancher sur leur objectif pour 2040, ils ont validé, après d'âpres négociations, une fourchette de baisse de leurs émissions d'ici 2035, comprise entre -66,25% et -72,5% par rapport à 1990, et qui sera affinée s'ils trouvent un accord définitif dans les semaines ou les mois qui viennent.

Le Danemark, qui occupe la présidence tournante de l'UE, a mis ce compromis sur la table pour montrer que l'Europe reste ambitieuse malgré les divergences entre ses membres sur la proposition de Bruxelles pour 2040.

Mais le document approuvé n'est qu'une simple "déclaration d'intention" et pas un engagement ferme. C'est une "non décision", a notamment critiqué l'eurodéputé centriste Pascal Canfin.

Wopke Hoekstra a lui jugé qu'il s'agissait d'"un grand pas en avant", se disant "convaincu" que les Européens parviendront "à régler la question de 2040 avant Belem".

Le Danemark et l'Espagne sont favorables à l'objectif fixé par Bruxelles mais des pays comme la Hongrie et la République tchèque sont contre au nom de la défense de leur industrie, et la France reste prudente.

Pour tenter d'arracher un compromis, Wopke Hoekstra a fait un tour des capitales ces dernières semaines. Sans obtenir de feu vert jusqu'ici, notamment de la France.

Face aux divergences, la Commission avait fait un geste début juillet, en proposant des flexibilités dans le mode de calcul: la possibilité d'acquérir des crédits carbone internationaux, à hauteur de 3% du total, qui financeraient des projets en dehors de l'Europe.

Mais cette concession n'a pas suffi et certains reprochent au commissaire d'avoir tardé à lancer les discussions. "Wopke Hoekstra a un peu joué la montre là où il aurait dû engager des négociations beaucoup plus rapidement avec Paris", considère Neil Makaroff, expert du think tank Strategic Perspectives.