Que prévoit l'accord commercial entre l'UE et l'Inde ?
L'Union européenne a conclu un vaste accord commercial avec l'Inde qui va entraîner une réduction des droits de douane sur des produits européens emblématiques. Décryptage de cet accord donnant naissance à une zone de libre-échange de 2 milliards de personnes.
Moins de taxes sur les voitures ou les pâtes
Cet accord, négocié depuis vingt ans, a été officialisé le 27 janvier à New Delhi après la levée des derniers obstacles lors d'ultimes tractations entre négociateurs.
Selon l'UE, cet accord prévoit une baisse drastique des droits de douane indiens sur des produits emblématiques. Ceux pesant actuellement sur les véhicules "made in Europe" importés par l'Inde doivent ainsi passer 110 à 10%, ceux sur les vins de 150 à 20% et ceux sur les pâtes ou le chocolat, actuellement à 50%, être totalement supprimés.
Au total, la réduction des taxes indiennes sur les importations européennes devrait permettre à l'UE d'économiser jusqu'à 4 milliards d'euros chaque année.
De son côté, l'Inde attend une hausse de ses exportations notamment dans le textile, les pierres précieuses, la joaillerie, le cuir et les services, a souligné son Premier ministre Narendra Modi. Le pays considère par ailleurs l'Europe comme une source indispensable des technologies et investissements dont elle a un cruel besoin pour accélérer sa modernisation et créer des millions d'emplois pour sa population.
"L'accord de tous les accords"
"L'Europe et l'Inde ont fait l'histoire aujourd'hui", a déclaré, sur son compte X, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. "Nous avons conclu l'accord de tous les accords. Nous avons créé une zone de libre-échange de 2 milliards de personnes qui va bénéficier aux deux parties", a-t-elle poursuivi.
"L'UE compte bénéficier du niveau d'accès le plus élevé jamais accordé à un partenaire commercial sur le marché indien traditionnellement protégé", avait-elle indiqué à son arrivée en Inde, pariant sur un doublement des exportations européennes.
Bruxelles mise beaucoup sur l'immense marché représenté par le pays le plus peuplé de la planète, avec ses 1,5 milliard d'habitants et sa très forte croissance. Selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), l'Inde devrait rafler en 2026 au Japon le titre de quatrième économie mondiale, derrière les Etats-Unis, la Chine et l'Allemagne. Et elle pourrait monter sur le podium avant 2030, selon New Delhi.
En 2024, l'Inde et l'UE ont échangé 120 milliards d'euros de marchandises - un chiffre qui a bondi de près de 90% en dix ans - et 60 milliards d'euros de services, selon Bruxelles.
Se protéger face à la guerre commerciale
Dans un contexte géopolitique mondial incertain, cet accord doit permettre à l'UE et à l'Inde de mieux se protéger de la concurrence chinoise et des effets de la guerre des droits de douane engagée par les Etats-Unis.
"Nous ne nous contentons pas de renforcer nos économies, mais aussi la sécurité de nos concitoyens dans un monde de moins en moins sûr", a expliqué Ursula von der Leyen. "En combinant ces atouts, nous réduisons notre dépendance stratégique à un moment où l'arme commerciale est de plus en plus utilisée".
L'UE a signé un autre grand accord commercial avec les pays sud-américains du Mercosur mi-janvier, malgré l'opposition de plusieurs pays comme la France et la gronde des agriculteurs. Mais le Parlement européen a porté le 21 janvier un coup d'arrêt à ce traité créant une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, en saisissant la Cour de justice de l'Union européenne.
Défense et sécurité
Outre le seul domaine commercial, l'UE et l'Inde ont étendu leur partenariat en matière de défense et de sécurité. Les deux parties ont également paraphé un accord sur les mouvements de travailleurs saisonniers, les échanges d'étudiants, de chercheurs ou de certains professionnels à forte qualification.