Pourquoi la colère agricole refait surface en France ?

Gestion de la dermatose nodulaire contagieuse, perspective d'une adoption imminente de l'accord entre l'UE et le Mercosur ou encore baisse du budget de la PAC: la colère gronde dans le monde agricole en France, faisant ressurgir le spectre d'un mouvement d'ampleur comme en 2024.

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Dermatose 

La gestion gouvernementale de cette maladie bovine incurable a attisé la colère : actions contre des abattages de troupeaux à travers le pays, blocages de routes, rassemblements devant les préfectures... La mobilisation est particulièrement importante dans le sud-ouest du pays, où était née la mobilisation agricole de janvier 2024.

Depuis l'apparition d'un premier foyer en juin en Savoie, la stratégie de l'Etat implique l'abattage de toutes les bêtes des foyers affectés, des restrictions de mouvements des troupeaux et une "vaccination d'urgence" de tous les bovins dans un rayon de 50 km autour de la zone concernée. Face à la progression de la maladie, la zone vaccinale vient d'être étendue le 12 décembre à tout le sud du pays.
 

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Des agriculteurs bloquent l'autoroute A64 à Carbonne, dans le sud-ouest de la France, le 12 décembre 2025. Valentine Chapuis/AFP

Défendue par l'alliance syndicale majoritaire FNSEA-Jeunes Agriculteurs, cette stratégie est au contraire dénoncée par deux autres organisations, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, qui convergent, de façon inhabituelle, pour réclamer la fin de l'abattage systématique et l'extension générale de la vaccination.

"Nous sommes en guerre. Tant que l'Etat ne renoncera pas à l'abattage massif, on sera là", assure Cédric Nespoulos, producteur de bovins viande, dans le Tarn.

La solution de la vaccination généralisée est rejetée par la FNSEA qui redoute qu'elle ne prive la France de son statut de pays "indemne" et donc de sa capacité d'export de bovins vivants pendant de longs mois.

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Manifestation contre la gestion par les autorités de la dermatose nodulaire bovine à Quimper, dans l'ouest de la France, le 13 décembre 2025. Fred Tanneau/AFP

Accord avec le Mercosur 

C'est l'autre ferment de la colère agricole.

La Commission européenne a martelé le 15 décembre son intention de signer l'accord de libre-échange dans les jours qui viennent. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, voudrait en effet parapher ce traité commercial avec l'Amérique latine le 20 décembre lors du sommet du Mercosur à Foz do Iguaçu au Brésil.

Mais elle a d'abord besoin de l'aval des Etats européens. Et la France, toujours opposée à l'accord en l'état, durcit le ton et plaide pour un report du vote en 2026.

"A ce stade, le compte n'y est pas pour protéger les agriculteurs français. Les exigences françaises n'ont pas été remplies", a tonné l'entourage d'Emmanuel Macron le 14 décembre.

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Manifestation d'agriculteurs français contre l'accord avec le Mercosur devant le Parlement européen à Strasbourg, le 24 novembre 2025. Frederick Florin/AFP

Les agriculteurs français et européens restent vent debout contre cet accord avec l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay et prévoient de manifester le 18 décembre à Bruxelles.

Cet accord faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel ou soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées. En retour, il favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de spiritueux. 

Une PAC incertaine

Au-delà de la gestion de la dermatose et de l'accord avec le Mercosur, la réforme de la Politique agricole commune (PAC) suscite également les craintes du monde agricole en France.

Pivot de la construction européenne et de l'agriculture du continent, elle constituait jusqu'ici le premier poste de dépenses de l'UE. Les propositions de réforme de la Commission attisent la colère: non seulement le budget de la prochaine PAC (2028-34) pourrait être réduit de 20% mais il pourrait être "dilué" dans un grand fonds.

La France redoute une coupe particulièrement douloureuse pour ses agriculteurs, premiers bénéficiaires de la PAC avec environ 9 milliards d'euros d'aides par an, soit les deux tiers de leurs revenus.

Ces subventions sont un amortisseur vital pour de nombreuses exploitations fragilisées depuis la guerre en Ukraine. 

Une puissance agricole en crise

Premier pays agricole européen, la France est une puissance en crise. Illustration frappante, la balance commerciale alimentaire pourrait être négative en 2025, pour la première fois depuis près de 50 ans.

Premier poste d'exportation de la France (14% du total), le secteur agri/agro a rapporté l'an dernier plus de 82 milliards d'euros au pays, devant l'aéronautique, les véhicules et équipements, et la chimie. Mais cet excédent se réduit depuis plusieurs années.

Deuxième puissance exportatrice européenne en 2000, la France n'est plus qu'à la 6e place, loin derrière les Pays-Bas (45 milliards d'euros d'excédent), la Pologne et l'Espagne (en pointe sur le porc, le vin, les fruits et légumes).