Que prévoit le plan américain pour l'Ukraine ?
Le plan américain visant à mettre fin à l'invasion russe lancée il y a bientôt quatre ans, et perçu à Kiev comme très favorable aux exigences du Kremlin, prévoit en particulier la cession à Moscou des régions de Donetsk et Lougansk dans l'est.
Cession de régions stratégiques
Ce projet de texte examiné et traduit par l'AFP, prévoit 28 points et reprend plusieurs demandes formulées par le Kremlin de longue date et rejetées par Kiev auparavant.
L'un des points principaux est la reconnaissance "de facto comme russes, y compris par les Etats-Unis", des deux régions stratégiques du bassin minier et industriel du Donbass, Donetsk et Lougansk (est), ainsi que de la Crimée annexée par la Russie en 2014.
Deux autres régions dans le sud, celles de Kherson et de Zaporijjia, seraient partagées selon le tracé de l'actuelle ligne de front.
OTAN
L'Ukraine devrait également renoncer à adhérer à l'Otan et inscrirait cet engagement dans sa Constitution. L'Otan devrait accepter pour sa part d'inclure dans ses statuts une disposition spécifiant que l'Ukraine ne sera pas intégrée à l'avenir et ne pas stationner de troupes en Ukraine.
Kiev, qui demandait des garanties de sécurité via notamment la présence de troupes européennes, devrait limiter son armée à 600.000 militaires et se contenter d'une protection par des avions de combats européens basés en Pologne.
Kiev serait en revanche "éligible" à l'adhésion à l'Union européenne, selon ce plan.
Levée progressive des sanctions contre la Russie
Selon ce projet de plan, la Russie verrait par ailleurs son isolement de l'Occident prendre fin avec sa réintégration au G8, la levée progressive des sanctions, ainsi que la conclusion d'un accord de coopération économique à long terme avec les Etats-Unis.
Kiev devrait organiser des élections sous 100 jours, un point qui fait encore écho aux revendications de Moscou qui insiste sur la destitution du président Volodymyr Zelensky.
Le plan soutenu par les Américains prévoit également la signature d'un "accord de non agression" entre la Russie, l'Ukraine et l'Europe. Si la Russie envahissait à nouveau l'Ukraine, elle ferait face, toujours selon ce projet de plan, à une réponse militaire "coordonnée" et se verrait à nouveau imposer des sanctions internationales.
Il prévoit aussi que les efforts de reconstruction engagés par les Etats-Unis soient financés à hauteur de 100 milliards de dollars par des avoirs russes aujourd'hui gelés.
"C'est un bon plan à la fois pour la Russie et pour l'Ukraine et nous pensons qu'il est acceptable pour les deux parties", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt. Elle a martelé que Washington avait autant discuté avec les Ukrainiens que les Russes, alors que des voix se sont élevées côté ukrainien pour déplorer des propositions alignées sur les revendications de Moscou.
Comment a réagi l'Ukraine ?
Dans une adresse vidéo à la nation, Volodymyr Zelensky a affirmé le 21 novembre qu'il proposerait des "alternatives" au plan des Etats-Unis pour mettre fin au conflit avec la Russie, promettant de ne pas "trahir" les intérêts ukrainiens.
"L'Ukraine pourrait être confrontée à un choix très difficile: la perte de dignité ou le risque de perdre un partenaire clé", a-t-il encore déclaré.
Un peu plus tôt, un négociateur ukrainien clé avait indiqué que l'Ukraine n'accepterait aucun plan franchissant ses lignes rouges. Il ne peut y avoir de "décisions en dehors du cadre de notre souveraineté, de la sécurité de notre peuple ou de nos lignes rouges", a martelé sur Facebook Roustem Oumerov, secrétaire du Conseil de la sécurité nationale ukrainien.
Selon la présidence ukrainienne, M. Zelensky prévoit de discuter "dans les prochains jours" avec Donald Trump.
Et les Européens ?
Tenus à l'écart, les dirigeants de l'UE ont eux martelé que la paix en Ukraine ne pouvait se faire sans eux.
"Pour qu'un plan fonctionne, il faut que les Ukrainiens et les Européens soient impliqués, c'est très clair", a déclaré jeudi 20 novembre Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne. "Nous devons comprendre que dans cette guerre, il y a un agresseur et une victime. Et, nous n'avons pas entendu parler de concessions de la part de la Russie", a -t-elle ajouté.
"La paix ne peut pas être la capitulation", a renchéri le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Après un entretien avec Volodymyr Zelensky, les dirigeants allemand Friedrich Merz, français Emmanuel Macron et britannique Keir Starmer ont salué vendredi 21 novembre les "efforts américains" mais assuré Kiev de "leur soutien total et inchangé sur le chemin vers une paix durable et juste".
Appelant à ce que le front soit "le point de départ d'un accord", ils ont acté leur volonté de "préserver à long terme les intérêts vitaux européens et ukrainiens" et indiqué souhaiter que les forces armées ukrainiennes soient capables de défendre efficacement la souveraineté" du pays, selon un communiqué de Berlin.