Manifestations et grèves pour le pouvoir d’achat, alors que la dette publique progresse encore
A quelques mois de l’élection présidentielle, le climat social en France est alourdi par les manifestations de fonctionnaires, et notamment d’enseignants et de pompiers, alors que la dette publique progresse encore et atteint désormais 119% du produit intérieur brut, soit presque le double de la limite européenne de 60%.
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Pour les agents publics, il s’agit d’abord de défendre leur pouvoir d’achat qui n’a cessé de reculer ces dernières années. Depuis 2017, ils n'ont vu leur point d'indice revalorisé qu'en 2022 (3,5%) et 2023 (1,5%), soit une revalorisation totale légèrement supérieure à 5%. Entre-temps, selon les chiffres officiels de l'Insee, l'inflation cumulée depuis 2017 aura atteint 24,17% à la fin 2026.
Plus de 170 manifestations étaient annoncées à travers le pays le mardi 29 septrembre, à l'appel d'une large intersyndicale (CGT, FO, la CFDT, UNSA, la FSU, Solidaires, CFE-CGC et la FA-FP) pour réclamer une revalorisation des salaires des fonctionnaires et des "moyens budgétaires à la hauteur" des missions des services publics.
Le prochain budget de l'Etat doit être présenté le jeudi 1er octobre, et les agents publics sont furieux de l'annonce par le gouvernement d'un nouveau gel du point d'indice, une des mesures destinées à limiter le déficit public en 2027.
A sept mois de l'élection présidentielle, à laquelle Emmanuel Macron ne peut pas se représenter puisqu'il a déjà effectué deux mandats de cinq ans, l'enjeu du pouvoir d'achat, entamé en particulier par l'explosion des prix de l'énergie liée aux conflits au Moyen-Orient, est un sujet politique brûlant.
« Vivre moins bien que les parents »
Du côté des enseignants, il s’agit aussi de réagir à une « impression d’être déclassés », selon l’expression d’Emmanuelle, professeure d'espagnol dans l'est de la France, qui roule 35 km par jour pour aller enseigner, contrainte par les coûts de l'immobilier de se loger loin de son collège. Ce sentiment est largement partagé au sein de la profession, appelée à la grève mardi.
Parmi les agents publics, les enseignants ont le sentiment "de vivre moins bien que (leurs) parents", résume Emmanuelle, 55 ans, gréviste mardi. "Ils ont une maison, pour nous, ce serait impossible", estime cette professeure qui se situe pourtant tout en haut de la grille salariale.
Les statistiques internationales le confirment. "Dans certains pays, on progresse très rapidement, alors qu'en France, on stagne. Après 15 ans, en Angleterre, vous êtes déjà à votre échelon maximal. En France, il faut attendre 34 ans" de carrière, rappelle auprès de l'AFP Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE.
Lundi déjà, des centaines de pompiers ont manifesté à Paris, traînant une carcasse d'avion repeinte aux couleurs rouge et jaune de la Sécurité civile, symbole d'un système en fin de vie selon eux, pour protester contre le "manque de moyens".
Des pompiers poussent un avion hors service, lors d'une manifestation. Xavier Galiana / AFP
Blocages de lycées
Mardi, des blocages de lycées ont continué avec des tensions dans plusieurs villes. Le mouvement est parti d'établissements de banlieue parisienne où depuis une semaine, des lycéens se mobilisent contre des classes et des emplois du temps surchargés ou des absences de professeurs.
Paris, Lyon, Lille, Bordeaux... Les blocages se poursuivaient à travers la France, avec le soutien affiché de La France insoumise (gauche radicale), un mouvement qui s'étend également à l'enseignement supérieur.
En Île-de-France, "75 établissements sont perturbés, dont 20 ont été le théâtre d'affrontements, de violences ou de dégradations", ont indiqué à l'AFP les autorités régionales.
L'Union syndicale lycéenne (USL), principale organisation représentative des lycéens, a appelé mardi à des blocages dans toute la France afin de faire converger la mobilisation des élèves avec celle des agents de la fonction publique.
En Seine-Saint-Denis (département limitrophe de Paris), plusieurs centaines de lycéens se sont réunis devant le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis. Les pompiers sont intervenus pour éteindre un feu allumé au pied du portail. "Nous, enfants de la banlieue, on est abandonnés et délaissés", a estimé Victoire, 16 ans, dénonçant des conditions d'étude qu'elle juge "insalubres".
Ces tensions interviennent dans le contexte de la crise des carburants, provoquée par la guerre au Moyen-Orient et l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, et de l’inquiétude pour le climat.
« J’ai peur pour mes enfants »
Après un été record de chaleur et d'incendies, des milliers de personnes ont défilé samedi à travers la France pour demander des mesures d'urgence face au réchauffement climatique.
"J'ai peur pour mes enfants, j'ai honte quand on parle du futur, quand ils me disent +pourquoi ton travail c'est pas sauver la planète ?+", a dit Marion Eynius, 38 ans, venue avec ses deux enfants, âgés de quatre et six ans, et plusieurs amis, au rassemblement à Paris.
La dette publique qui monte
S’y ajoute la progression de la dette publique. Celle-ci a encore progressé au deuxième trimestre, atteignant 3.595,5 milliards d'euros, soit 119% du produit intérieur brut (PIB), a annoncé mardi l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
La dette a ainsi augmenté de 59,6 milliards d'euros entre la fin du premier trimestre et la fin du deuxième, détaille l'Insee, après déjà +75,8 milliards au premier trimestre, où elle représentait 117,5% du PIB.
A l'intérieur de cet ensemble, la dette de l'État et celle de la Sécurité sociale ont augmenté au deuxième trimestre, mais celle des administrations publiques locales a diminué.
Le gouvernement français a prévenu ce mois-ci que la dette publique du pays atteindrait 121,7% du PIB en 2027, soit plus du double de la limite européenne fixée à 60%, du jamais-vu depuis le début de cette statistique de l'Insee en 1978.