L’interdiction de louer des passoires thermiques en France fait polémique

La Commission européenne a présenté mi-décembre son “Plan pour un logement abordable”, soulignant la nécessité d'un accès à des habitations de qualité en Europe. En France, une mesure fait débat : l'interdiction de louer des logements mal isolés. ChatEurope explore les arguments des partisans et des opposants à cette mesure, entre enjeux de santé, économiques et environnementaux.

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Condensation sur les vitres, perte de chaleur par les toitures ou les fenêtres, taches marron sur les murs ou plafonds... Aujourd'hui, près d’un Européen sur dix est incapable de se chauffer correctement, selon Eurostat. Derrière ce chiffre alarmant se cache une réalité pour de nombreux logements : une mauvaise isolation. On les appelle des passoires thermiques car ils consomment beaucoup d’énergie pour atteindre une température confortable.

La crise du logement est bien réelle en Europe et la Commission européenne semble en avoir pris conscience : elle a présenté le 16 décembre son “Plan pour un logement abordable”. Elle souhaite ainsi s’attaquer à “l'un des besoins les plus urgents des citoyens européens”, à savoir “l'accès à un logement abordable, durable et de bonne qualité”.

La France est particulièrement concernée. Toujours selon Eurostat, l'Hexagone est le pays d’Europe où la précarité énergétique a le plus augmenté en l'espace de trois ans. Or, des études ont montré que vivre dans un logement froid et humide augmente considérablement le risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires comme l’asthme, sans parler de l’impact sur la santé mentale.

Il y a également un coût financier concernant la facture énergétique : les scientifiques estiment qu’une bonne isolation peut réduire les coûts de 15 % à 60 %

Et enfin, il y a un coût écologique : plus on chauffe, plus on pollue.

Une mesure controversée

Face à ce constat, la France a décidé d'interdire progressivement la location des passoires thermiques – les logements dont le DPE est classé F ou G –, à moins que les travaux de rénovation nécessaires soient entrepris. Cela concerne un peu plus d’un million de logements.

Mais cette mesure ne plaît pas à tout le monde. Certains craignent que cette interdiction ne fasse qu’aggraver la crise du logement en retirant un grand nombre de biens du marché locatif. C’est en tout cas l’avis de la Fédération nationale de l’immobilier, de plusieurs députés de droite ou encore d’un adjoint communiste de la Ville de Paris.

Mais pour ses défenseurs, la mesure était urgente face à l'échec des incitations financières à la rénovation, comme MaPrimeRénov’, pour pousser les propriétaires à faire les travaux. “Les incitations ne suffisent absolument pas quand il y a des rapports de force si déséquilibrés entre propriétaires et locataires”, explique Maïder Olivier, chargée de plaidoyer climat et logement à la Fondation pour le Logement.

“Les propriétaires n’avaient finalement que très peu d’intérêts à faire des travaux qui coûtent cher alors qu’ils n’occupent pas l’espace et ne voient donc pas de gain sur leurs propres factures, confort ou santé”, ajoute-t-elle.

Entre instrumentalisation et craintes légitimes

ChatEurope a contacté plusieurs experts et épluché des rapports pour comprendre l'effet de cette interdiction sur le marché locatif. Premier constat : il n’y a aucune donnée officielle sur ce phénomène.

La plupart des critiques à cette mesure se basent sur des sondages de propriétaires. Par exemple, selon un panel du site immobilier Pap publié en janvier 2025, face à cette interdiction, seule la moitié des propriétaires comptaient réaliser des travaux, contre 17 % qui envisageaient de vendre, et un tiers de tout simplement ne rien faire, c’est-à-dire laisser leur logement vacant ou continuer à louer en se mettant hors-la-loi.

“Avant, on avait des locataires de passoires thermiques. Là, on risque de passer à des propriétaires qui occupent des passoires thermiques”, analyse de son côté David Rodrigues, responsable juridique à l’association de défense des consommateurs CLCV. Mais ces sondages d’opinion ne remplacent pas une vraie étude d’impact et prêtent facilement aux biais et à l’instrumentalisation. 

Tous ces logements n’ont d’ailleurs pas disparu du marché locatif du jour au lendemain : la mesure ne concerne que les nouveaux contrats de location conclus ou renouvelés à partir de 2025.

Pour autant, cela ne veut pas dire que toutes les craintes sont infondées. Car, selon les experts contactés par ChatEurope, les aides à la rénovation énergétique “sont complexes à obtenir”. Sans compter que leur budget devrait fortement diminuer. Et ce, alors même que l’interdiction de location des passoires thermiques va être étendue aux logements classés F en 2028.

Pour en savoir plus sur ce sujet, regardez notre vidéo en début d’article.

Justine Hagard