Les comédiens de doublage appellent à mieux réguler l'IA pour éviter un "pillage de leur travail"
Face à l’essor des intelligences artificielles génératives, les professionnels du doublage, confrontés à des géants américains du secteur, craignent de voir leur travail réduit à une simple base de données exploitée sans consentement ni rémunération. Alors que l’Union européenne tente de poser un cadre légal pour encadrer le développement de l’IA, est-elle en mesure de sauver leur savoir-faire ?
L’intelligence artificielle va-t-elle faire taire les voix qui ont bercé notre enfance ? En Europe, les comédiens de doublage sonnent l’alarme : Brigitte Lecordier, illustre nom du doublage français à qui l’on doit notamment les voix de Son Goku (Dragon Ball) et Oui-Oui, ainsi que Patrick Kuban, comédien voix off qu’on entend notamment sur Canal+ sport cherchent à défendre leur savoir-faire, mais aussi leurs droits font partie des principales lanceuses d’alerte en France avec l’initiative “Touche pas ma VF”.
Au cœur du problème : les IA génératives qui s’alimentent massivement dans des bases de données artistiques, souvent sans autorisation ni compensation pour les créateurs. Le règlement sur l’IA de 2024 qui tente de poser un cadre à l’utilisation des technologies d’intelligence artificielle est accusé de maintenir ce flou, tandis que les lois sur les droits d’auteur r, conçues avant l’explosion de l’IA (notamment depuis le lancement de ChatGPT en 2022), peinent à protéger les artistes.
Au-delà de ces questions juridiques, les comédiens de doublage, avec qui Chateurope a pu échanger, s’inquiètent de voir leur art disparaître au profit de technologies, et de perdre ce qui fait la richesse de leur métier : “Incarner un personnage, ses émotions, ses sensibilités” énumère Brigitte Lecordier, ou encore - pour les adaptations depuis une langue étrangère “la richesse, le ton et la prosodie de la langue”.
Tout celà pourrait à terme menacer “la diversité linguistique européenne” s’inquiète Patrick Kuban.
La régulation de l’IA en Europe pourrait jouer un rôle clé pour protéger les métiers du doublage. Mais entre les intérêts des studios, souvent basés aux États-Unis, et la nécessité de préserver un patrimoine culturel et artistique, est-ce vraiment possible ? Chateurope vous en dit plus dans la vidéo.
La semaine dernière, ChatEurope vous parlait déjà du traduction en instantané et des défis de la régulation de l’IA pour l’Union européenne autour d'une des nouvelle fonctionnalité des Airpods d'Apple, suspendue dans l'UE.
Thaïs Chaigne