Les 90 milliards d'euros de l'UE, une aide vitale pour Kiev

Grâce à la levée du veto de la Hongrie, l'Union européenne va prêter un total de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, une aide vitale pour Kiev dont les finances sont à sec.

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L'Union européenne a définitivement approuvé ce prêt le 23 avril, et donné parallèlement son feu vert à de nouvelles sanctions contre la Russie. "L'impasse est levée", s'est félicitée la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas sur X. "L'économie de guerre de la Russie est sous une pression croissante, tandis que l'Ukraine bénéficie d'un soutien majeur", a-t-elle ajouté.


Pourquoi un tel prêt ?

L'UE, qui a déjà fourni près de 200 milliards d'euros à l'Ukraine sous diverses formes depuis le début de l'invasion russe en 2022, s'est engagée fin 2025 à fournir ce prêt pour éviter la faillite à ce pays épuisé financièrement par la guerre et par la fermeture du robinet américain.

Les Etats-Unis ont mis fin à leur aide budgétaire à Kiev début 2025, après le retour au pouvoir de Donald Trump.

L'UE espère que cette somme sera complétée par d'autres pays alliés de l'Ukraine, comme le Japon, le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège, permettant de couvrir l'ensemble des besoins de l'Ukraine pour cette année et la suivante, évalués en tout à 135 milliards d'euros. L'UE assurera donc à elle seule les deux tiers de ce financement.

"Nos discussions nous permettent d'être confiants dans le fait que ce tiers restant sera fourni par d'autres partenaires non membres de l'UE en 2026", a dit un responsable de la Commission européenne.

A quoi servira-t-il concrètement?

Les 90 milliards seront versés pour moitié en 2026 et le reste en 2027. Bruxelles prévoit d'effectuer les premiers paiements au plus tard en juin 2026 et, si possible, dès le mois de mai, à temps pour éviter à l'Ukraine de se retrouver à court d'argent.

La manne sera répartie en deux enveloppes : 60 milliards pour financer l'effort de guerre ukrainien (essentiellement l'achat d'équipements militaires et le développement de la production d'armement) et 30 milliards pour couvrir les autres besoins budgétaires de l'Ukraine (hôpitaux, écoles, relogement des personnes déplacées, etc.)

Kiev n'aura pas à verser d'intérêts à l'UE.

Mais il ne s'agira pas d'un chèque en blanc, a prévenu Bruxelles : le prêt sera soumis à des conditions, en particulier en matière de transparence sur l'utilisation des fonds, de respect de l'Etat de droit et de lutte contre la corruption. Et les achats de matériel militaire bénéficieront en partie aux industriels européens.

Ces conditions seront détaillées dans un accord de prêt que Kiev devra signer avant tout versement.

D'où vient l'argent?

Faute d'avoir pu mobiliser les avoirs russes gelés en Europe, du fait de l'opposition de la Belgique, l'UE avancera elle-même l'argent.

Pour ce faire, elle va emprunter les 90 milliards en plusieurs fois sur le marché obligataire.

Afin de bénéficier de taux d'intérêt plus avantageux, ces emprunts seront garantis par le budget européen.

L'Ukraine remboursera-t-elle un jour?

Pour l'UE, il n'est pas question que le prêt pèse sur les finances de l'Ukraine et ce sera à Moscou de le rembourser indirectement, au titre de la réparation des dommages de guerre subis par l'Ukraine.

Concrètement, "cela veut dire que l'Ukraine n'aura à rembourser qu'après avoir été dédommagée par la Russie", a précisé un responsable de la Commission européenne.

Pour faire pression sur le Kremlin, l'Union européenne assure que les avoirs russes déposés sur son sol resteront gelés tant que la Russie n'aura pas payé.

En attendant cet hypothétique remboursement, l'UE prendra à sa charge les intérêts annuels des emprunts contractés sur les marchés.

Leur montant précis n'est pas connu : il dépendra des taux d'intérêt accordés aux investisseurs qui souscriront à ces emprunts. Cela devrait représenter en vitesse de croisière au moins trois milliards d'euros par an.

Cette facture sera partagée entre les Etats membres, à l'exception de trois pays (Hongrie, Slovaquie et République tchèque), qui avaient refusé de participer à l'opération.

Par Frédéric Pouchot