Le retour des oiseaux en Europe ?
Bonne nouvelle pour les amoureux des oiseaux en Europe : depuis que l'Union européenne a interdit les pesticides néonicotinoïdes, les populations d'oiseaux insectivores déclinent moins qu'avant, selon plusieurs résultats publiés récemment.
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En 2018, l’UE interdit les néonicotinoides, des insecticides ultra utilisés depuis leur introduction dans les années quatre-vingt-dix. En cause : leurs effets nefastes sur la biodiversité, notamment pour les abeilles et autres insectes polélisateurs.
Une étude pubiée en novembre 2025 montre que cette interdiction a aussi profité à certaines populations d’oiseaux insectivores.
Des résultats encourageants
Cette étude publiée dans la revue scientifique Environmental Pollution suggère que l’interdiction des néonicotinoïdes a eu un impact positif sur les espèces d'oiseaux insectivores, comme le merle et la fauvette à tête noire.
C’est la première étude qui examine de près le lien entre les néonicotinoïdes et les populations d'oiseaux depuis l'interdiction de 2018. Elle a été dirigée par un chercheur français, Thomas Perrot, qui travaille à la Fondation pour la recherche sur la biodiversité.
Ses travaux s'appuient sur des données collectées entre 2013 et 2022 plus de 1 900 parcelles agricoles et 57 espèces d'oiseaux. Et on observe un véritable effet positif sur les oiseaux dans les parcelles où on a arrêté d’utiliser des néonicotinoïdes. Plus précisément, avant l’interdiction, entre 2013 et 2018, les populations diminuaient d'environ 13 %. Entre 2019 et 2022, après l'interdiction, le déclin s'est ralenti pour s'établir à environ 9 %. En d'autres termes, les populations d'oiseaux continuent de diminuer, mais à un rythme plus lent.

Crédits: Thaïs Chaigne / ChatEurope
Deux observations principales à en tirer selon Thomas Perrot : “ déjà, une persistance de l'effet de la molécule dans le temps, ce qui peut s'expliquer par sa persistance dans l'environnement ou par le fait que les populations d'oiseaux ou d'insectes aient besoin de plus de temps pour se rétablir, puisque l’étude n’a eu lieu que quatre ans après l’interdiction. Et deuxième chose: un faible rétablissement de ces populations, autour de 2 ou 3 %”.

Thomas Perrot - Crédits: Thaïs Chaigne / ChatEurope
Un travail d'équipe entre scientifiques et ornithologues
Si Thomas Perrot peut obtenir de tels résultats, c'est grâce au minutieux travail de terrain des ornithologues, et leur recensements standardisés qui fournissent des données détaillées sur les populations d’oiseaux en France.
En avril dernier, ChatEurope a suivi l'un d'entre eux, Grégoire Loïs, à l'occasion d'un recensement dans la forêt de Rambouillet, en région parisienne. Il résume : “les points sont pré-positionnés à l'avance sur une carte, en fonction des habitats et de l'accès. Ensuite j'arrive sur le point à une date précise, la même tous les ans, répétée trois fois au printemps. Et pendant cinq minutes, je note tout ce que j'entends, et ce que je vois éventuellement, selon des classes de distance.”

Grégoire Loïs - Crédits: Thaïs Chaigne / ChatEurope
La perspective que ses données puissent servir pour des études scientifiques comme celles de Thomas Perrot est une véritable source de motivation pour Grégoire Loïs : "Voir qu'il y a des gens qui vont beaucoup plus loin, qui essaient d'isoler les facteurs qui font bouger les espèces, et en l'occurrence avec Thomas, les pesticides, c'est vraiment un des moteurs de la participation pour moi."
"Ça ne suffira pas"
Pour Thomas Perrot, ces résultats montrent que des réglementations environnementales strictes peuvent véritablement avoir un impact positif sur la biodiversité. Il souligne toutefois que l’interdiction des néonicotinoïdes ne suffira pas à elle seule à enrayer le déclin des populations d’oiseaux.
"Ça ne suffira pas. Il reste encore pas mal d'autres insecticides qui peuvent avoir des impacts sur ces populations-là et qu'il faudrait interdire." Mais cela ne règlera pas pour autant le problème selon Thomas Perrot, qui souligne la nécessité de “mettre en place un système agricole qui permette aux agriculteurs de se passer de ces pesticides.” Ce dernier plaide en faveur d’un "système qui rémunère mieux les agriculteurs". “Je pense qu’une fois que les agriculteurs seront mieux rémunérés, la transition vers des systèmes à faibles apports, tant en pesticides qu’en engrais, sera possible”, affirme-t-il.

Crédits: Thaïs Chaigne / ChatEurope
Thomas Perrot pointe également la nécessité de réaménager les terres agricoles. « Dans certaines régions, il faut aussi réintroduire des éléments semi-naturels, tels que des haies et des bosquets, pour favoriser cette biodiversité», souligne-t-il.
S'il plaide autant pour ce changement de système, c'est bien parce que les oiseaux jouent un rôle crucial dans nos écosystèmes. "La présence d'oiseaux est importante par plusieurs aspects. pour lesquelles les oiseaux sont importants.On pourrait déjà parler d'un point de vue pécunier pour les agriculteurs. Ce sont des formidables agents de régulation de ravageurs. Ensuite, pour beaucoup de citoyens, ils sont source d'émerveillement. Et enfin, les oiseaux disent aussi quelque chose sur la santé globale de l'environnement. Ils dépendent beaucoup des ressources qui se situent en dessous d'eux : les insectes, les graines. Et un déclin de ces oiseaux traduit généralement qu'un environnement va plutôt mal."
Finalement, les travaux de Thomas Perrot mènent à une question bien plus large tant pour les décideurs politiques que pour les citoyens : l’UE en fait-elle assez pour restaurer la biodiversité ? Ou faut-il des mesures bien plus ambitieuses dans les années à venir ?
Justine Hagard & Thaïs Chaigne