Le cadmium, préoccupation de santé publique : un test bientôt remboursé en France

Il sera bientôt possible en France de connaître son imprégnation au cadmium, métal toxique largement dû aux pratiques agricoles, auquel la population est fortement exposée en Europe, notamment en Belgique et en Irlande.

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En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l'agence de sécurité sanitaire (Anses), qui juge cette "imprégnation préoccupante". 

Selon une analyse publiée par le centre de recherche européen sur les sols (étude Ballabio), la moyenne européenne est de 0,20 mg de cadmium par kg de terre. Et la France se situe à 0,25 mg.

La teneur est supérieure en Pologne (0,37 mg), en Belgique (0,49 mg) et surtout en Irlande (1,04 mg), mais inférieure en Allemagne (0,19 mg), en Finlande (0,18 mg) ou en Hongrie (0,07 mg).

Dans un rapport publié en mars, l'Anses confirme que, hors tabac, l'alimentation est en France la principale source d'exposition au cadmium, classé comme "cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction".

L'agence recommande d'abaisser immédiatement les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg, contre 90 mg/kg actuellement en France et 60 mg/kg en Europe.

Le cadmium est un élément chimique présent naturellement dans le sol. La concentration est plus forte dans la roche sédimentaire, notamment en Afrique du Nord. Elle est moins élevée dans les roches magmatiques de Sibérie ou d'Afrique du Sud.

En France, elle est plus forte dans les zones de roches calcaires comme la Champagne.

Mais "aujourd'hui, la quantité de cadmium qui entre dans les sols provient pour 50 à 70% des engrais phosphatés", relève Thibault Sterckeman, ingénieur agronome.

Le dépistage proposé en France sera réalisé par des laboratoires de ville et remboursé à 60% par l'Assurance maladie et complété par les mutuelles.

Il ne sera pas "systématique" mais "ciblé sur les personnes exposées en raison de leur lieu de résidence", et suit les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS).

Selon le ministère de la Santé, les modalités seront définies par un décret, attendu "cet été".

Une "exposition répétée à de faibles doses peut être à l'origine de multiples effets sanitaires: rénaux, osseux, respiratoires, neurologiques, cardiovasculaires, sur la reproduction et cancérogènes", détaillait la HAS en 2024. 

Ces analyses consisteront en un "dosage dans les urines et éventuellement dans le sang en complément" pour déterminer "si la personne a, du fait de sa résidence, une intoxication chronique importante", selon le Dr François Blanchecotte, président de la Fédération de la biologie médicale. 

"Il fallait vraiment agir: le cadmium s'accumule silencieusement dans le corps et peut finir par poser des problèmes graves", insiste-t-il.

Protéger les jeunes enfants

Auteur du rapport de la Haute autorité de santé, le Dr Robert Garnier explique à l'AFP qu'une fois accumulé "le cadmium diminue très lentement". 

"La situation est préoccupante, mais peut-être pas aussi dramatique que le décrit l'Anses dans son rapport", ajoute le Dr Garnier. 

En effet, cette évaluation de l'exposition globale des Français, tout au long de la vie, se base en partie sur l'étude Esteban menée par Santé publique France (SpF), à partir d'analyses en laboratoire qui auraient pu surestimer les concentrations urinaires de cadmium mesurées, comme le pointait la HAS dès 2024.

Une communication du ministère de la Santé doit rappeler aux médecins les recommandations visant à diminuer l'exposition, notamment pour les enfants de 6 mois à 4 ans: ne pas les laisser jouer sur le sol, couper leurs ongles court, laver souvent leur visage, leurs mains (et vêtements, jouets, doudous), nettoyer les sols avec un linge humide.

En dehors des sites pollués, "98% de la contamination de la population est d'origine alimentaire", rappelle le Dr Pierre Souvet, président de l'Association Santé environnement France (ASEF).

Si "sensibiliser les populations est indispensable", réduire la contamination en amont l'est aussi, estime ce cardiologue, qui soutient une proposition de loi de députés du groupe Ecologiste et Social déjà adoptée en commission, pour interdire dès 2027 les engrais phosphatés contenant du cadmium.

Par Rébecca Frasquet