La sécheresse qui sévit en Europe prend des formes multiples

La sécheresse en France et en Europe continue de s'accentuer, atteignant dans certaines régions des niveaux critiques, à mesure que les mois sans pluie ou presque et que les vagues de chaleur se succèdent, accentués par le réchauffement climatique causé par les activités humaines.

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La sécheresse en France et en Europe continue de s'accentuer, atteignant dans certaines régions des niveaux critiques, à mesure que les mois sans pluie ou presque et que les vagues de chaleur se succèdent, accentués par le réchauffement climatique causé par les activités humaines.

Mais ses manifestations sont diverses et plus ou moins avancées selon l'indicateur observé, car il existe plusieurs types de sécheresses, qui peuvent parfois se cumuler.

- La sécheresse météorologique

C'est celle dont on parle le plus communément et qui apparaît souvent en premier. 

Elle se caractérise par un manque de pluies sur une période de plusieurs mois, selon Météo-France. Sa cause: "un temps anticyclonique prolongé qui repousse les perturbations et le temps pluvieux".

Elle peut jouer sur le rechargement des nappes phréatiques, notamment lorsqu'elle intervient en automne et en hiver, sur le niveau des cours d'eau ou sur l'humidité des sols.

En France métropolitaine, les précipitations apportent en moyenne 512 milliards de m3 d’eau par an, dont 60% s'évaporent. Les 200 milliards de m3 restants alimentent les eaux de surface et souterraines.

- La sécheresse des sols

Elle est appelée sécheresse édaphique ou sécheresse agricole. Elle se caractérise selon l'institut de recherche français pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) par "un manque d’eau disponible dans le sol pour les plantes, ce qui impacte toute la production végétale et indirectement la production animale". 

Elle se traduit par un déficit hydrique en surface et sur un à deux mètres de profondeur. 

Cette situation résulte principalement d'un manque de précipitations, mais aussi d'autres facteurs, comme des températures élevées qui favorisent l'évaporation - passage de l'eau des sols de l'état liquide à l'état gazeux notamment sous l'effet de la chaleur - ou l'évapotranspiration - combinaison de l'évaporation et de la transpiration des plantes par les feuilles, les tiges et les fleurs qui dépend à la fois de leur taille et de divers éléments extérieurs comme les températures, l'humidité, le vent. 

Cette sécheresse, qui affecte les sols, dépend également de l'état de ces derniers (réserve d'eau utile, capacité d'absorption, porosité).

Ses conséquences sont importantes pour l'agriculture avec une baisse des rendements des cultures - moindre croissance des semis ou des fruits et légumes par exemple -, un manque de fourrages pour nourrir les bêtes et une augmentation des besoins en irrigation, avec à la clé des pertes de chiffres d'affaires couplées à une hausse des charges fixes.

- La sécheresse hydrologique et hydrogéologique

La première correspond à un déficit hydrologique dans les eaux de surface (cours d'eau, lacs et plans d'eau, barrages, réservoirs), la seconde concerne les eaux souterraines et se caractérise notamment par une baisse des niveaux des nappes phréatiques.

Elle provient de la combinaison de faibles précipitations et de températures élevées, qui favorisent l'évaporation et donc les pertes en eau. D'autres facteurs peuvent influencer son intensité, comme les caractéristiques des sols, leur capacité d'infiltration et de stockage, ou encore les prélèvements pour les activités humaines.  

Sa première manifestation est la baisse de débits des cours d'eau, voire leur assèchement.

Les cours d'eau réagissent rapidement aux variations météorologiques car une partie importante de leurs apports provient des écoulements de surface et des sols, qui répondent en quelques jours ou semaines aux déficits de pluie. Leur débit peut donc diminuer rapidement lorsque les précipitations cessent, même si certaines rivières bénéficient encore du soutien des nappes.

Les nappes phréatiques, situées plus en profondeur, ont un temps de réponse hydrologique plus lent, qui dépend aussi de la nature de la roche qui permet à l'eau de s'infiltrer ou de ressortir plus ou moins rapidement. Une nappe très réactive peut réagir en quelques semaines aux pluies, tandis que d'autres plus inertielles peuvent mettre des mois voire des années à évoluer dans un sens ou un autre. Cela explique pourquoi une nappe peut rester à un niveau correct alors que les rivières aux alentours sont mal en point. 

Mais dans certaines régions, ces deux sécheresses - des cours d'eau et des nappes - peuvent se cumuler. 

Elles affectent directement la ressource en eau, notamment pour la consommation humaine, mais aussi l'irrigation des cultures, l'industrie et les écosystèmes aquatiques. 

Mais où coule la rivière ?

La vaste majorité du Rhin et de la Tamise, quelque deux tiers du Danube et de longs tronçons du Rhône et du Pô ont atteint des débits d'une faiblesse inédite en moyenne pour un mois de juillet en 34 ans de mesures, selon une analyse des données publiées lundi par l'observatoire européen du changement climatique Copernicus.

Dans le détail, autour de 95% des segments surveillés de la Tamise, 85% de ceux du Rhin et 65% de ceux du Danube, le deuxième plus long fleuve d'Europe, ont enregistré des débits au plus bas pour un mois de juillet depuis au moins 1992, date du début des estimations du système européen d'alerte des inondations (Efas) relayées par Copernicus et que l'AFP a analysées pour en tirer ces estimations. Pour les fleuves cités, les données débutent à partir de quelques dizaines de kilomètres en aval de la source.  

Le Rhône a également battu des records pour juillet sur quelque 30% de son parcours. Et le Pô, principal fleuve d'Italie, sur environ 40%.

Ces niveaux exceptionnellement bas s'inscrivent dans un contexte de sécheresse persistante alimentée par le changement climatique. L'Europe occidentale a connu son début d'été le plus chaud jamais enregistré, marqué par des vagues de chaleur à répétition, un déficit de précipitations et des incendies de forêt.

Produites à partir de modèles météorologiques et hydrologiques, les données d'Efas permettent de suivre l'évolution des cours d'eau quand ils sont assez larges, y compris dans les secteurs dépourvus de stations de mesure. 

Des débits "extrêmement faibles"

Un autre indice sur la sécheresse hydrologique, publié tous les dix jours par l'Observatoire européen de la sécheresse (EDO), atteste du niveau inquiétant des cours d'eau européens cet été. L'EDO compare les débits observés aux données passées pour les classer ensuite en fonction de la sévérité de l'assèchement, du déficit modéré à la sécheresse hydrologique la plus sévère.

L'AFP a identifié les tronçons de fleuves et rivières qui ont souffert des déficits d'eau les plus extrêmes pour ensuite vérifier s'ils sont dans cet état depuis longtemps sur la période juin, juillet.  

Le Rhin a ainsi connu un état de sécheresse hydrologique maximal quasiment sans interruption depuis début juin sur une grande partie de son parcours, des montagnes suisses jusqu'à l'ouest de l'Allemagne. Le Danube a également été touché de façon durable, notamment sur son tronçon hongrois. Là-bas, la mise à l'arrêt de la seule centrale nucléaire du pays, qui utilise les eaux du Danube pour refroidir son réacteur, a été envisagée.

En France, plusieurs centaines de kilomètres de la Loire, d'Orléans à l'Atlantique, ont affiché des débits "extrêmement bas" entre la deuxième moitié de juin et fin juillet. Le Rhône a lui aussi subi une sécheresse hydrologique extrême sur une large partie de son cours, de la Suisse jusqu'à la Méditerranée.