La révision européenne du marché du carbone va "ralentir" la décarbonation de l'industrie (expert)

La Commission européenne propose d'assouplir son marché du carbone pour aider certains industriels mais cela provoque l'ire des organisations environnementales. Marijn van Diessen, directeur général de STX Group, une entreprise néerlandaise active sur le marché du carbone et dans les solutions de décarbonation pour les entreprises estime  que  cela va ralentir la décarbonation mais peut créer davantage de capital à investir.

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"Certaines entreprises" industrielles "ressentiront moins l'urgence de changer" avec l'assouplissement prévu par la Commission européenne du marché du carbone, estime ce spécialiste du trading de produits environnementaux, tout en espérant que davantage de capital sera investi dans la décarbonation.

"D'un côté, cela va ralentir les choses, mais de l'autre côté, on peut espérer que cela crée davantage de capital à investir", a expliqué à l'AFP Marijn van Diessen, directeur général de STX Group, entreprise néerlandaise active sur le marché du carbone et dans les solutions de décarbonation pour les entreprises, qui revendique environ 4,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel.

Selon le plan de la commission, l'industrie européenne serait  autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

De plus, les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Le commissaire européen en charge du climat, Wopke Hoekstra, a revendiqué une approche plus "favorable aux entreprises" et "astucieuse", afin d'atteindre collectivement la neutralité carbone en 2050.

Question: Quelle est votre analyse de la proposition de la Commission européenne d'assouplir son marché du carbone ?

Marijn van Diessen : "Si la volonté de la Commission d'émettre davantage de quotas d'émission européens est pleinement ratifiée, cela aura un impact baissier sur le marché."

"Dans le même temps, cela ferait davantage d'argent levé qui pourrait être investi dans la transition énergétique. Aujourd'hui, tous les pays européens n'utilisent pas les recettes perçues au titre du marché carbone pour investir dans les énergies renouvelables ou la transition."

Q: C'est donc un pas en arrière concernant la politique climatique de l'Union européenne ?

R: "Le fait que le collectif reste engagé en faveur du système d'échange de quotas d'émission (ETS) est évidemment une bonne chose".

"En revanche, il subsiste toujours cette tension entre décarbonation et compétitivité de l'industrie, et cette question: à quelle vitesse faut-il avancer? Clairement, pour certaines entreprises, le sentiment d'urgence à évoluer s'atténue. Cela dit, si les recettes générées — qui sont considérables — sont réinvesties [dans la décarbonation], c'est une évolution positive". 

"Les quotas de l'ETS s'échangent actuellement autour de 70 à 80 euros (par tonne de CO2), ce qui représenterait près de 30 milliards d'euros de recettes supplémentaires avec l'augmentation du volume de quotas mis sur le marché" prévus dans la proposition de la Commission vendredi. 

"Si cet argent, ou du moins une part importante, est investi dans la transition énergétique, c'est évidemment une bonne chose".

Q: Quelles conséquences pour les activités de votre entreprise et le marché des produits environnementaux, si la proposition est adoptée en l'état ?

R: "Par l'intermédiaire de Vertis, notre société sœur, nous achetons déjà des quotas ETS pour un grand nombre d'entreprises industrielles en Europe et cette activité ne changera pas. En revanche, si les prix baissent et que le marché devient moins volatil — ce qui est généralement ce qui se produit lorsqu'il y a davantage d'offre —, les prix resteront simplement à un niveau plus faible plus longtemps".

Concernant l'offre de services environnementaux aux entreprises, "si les prix baissent, les entreprises accorderont moins d'attention aux investissements dans l'efficacité énergétique. Elles seront par exemple moins enclines à remplacer certains combustibles fossiles par des carburants renouvelables".

"Cela étant, plusieurs autres textes législatifs ont été adoptés au cours de l'année écoulée, notamment autour de la directive sur les énergies renouvelables. Sur ce sujet, la Commission européenne a fait preuve d'une très grande ambition. À mon avis, l'impact positif de cette directive sur notre activité sera nettement plus important que l'impact négatif que pourrait avoir cette évolution de l'ETS."