La BCE relève ses taux face aux risques inflationnistes liés à l'énergie

Confrontée à l'envolée des prix de l'énergie alimentée par la guerre au Moyen-Orient, la Banque centrale européenne a relevé ses taux jeudi, avertissant que les perspectives restaient incertaines, maintenant la possibilité d'un resserrement supplémentaire.

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Face à ces risques à la hausse, la BCE garde de la marge pour davantage resserrer les conditions de crédit si nécessaire.

Les gardiens de l'euro, réunis à Berlin, ont décidé "à l'unanimité" de relever d'un quart de point les taux directeurs de l'institut monétaire, a souligné la présidente de l'institution, Christine Lagarde. Le principal d'entre eux, sur les dépôts, étant porté à 2,5%, son plus haut niveau depuis mars 2025. 

Il s'agit de la deuxième hausse cette année, qui n'a jamais fait de doute, et Mme Lagarde a laissé entendre que la BCE n'en a pas fini avec le cycle de hausse de taux, même si elle a martelé devant la presse qu'aucun débat en ce sens a été mené lors de la réunion de politique monétaire. 

"Le conflit au Moyen-Orient continue de générer des pressions inflationnistes et l'inflation devrait rester nettement supérieure à notre objectif pendant une période prolongée", a-t-elle expliqué.

Ce faisant, elle "n'a pas exclu une nouvelle hausse (des taux), tout en évitant de déclarer que la bataille contre l'inflation était gagnée", a commenté Ann-Katrin Petersen, du BlackRock Investment Institute.

Plus d'inflation

Le discours s'est voulu rassurant sur le seul court terme, alors que les perspectives de croissance "se sont améliorées", a souligné Mme Lagarde, après un premier semestre meilleur qu'attendu, notamment en Allemagne.

Les nouvelles prévisions économiques publiées jeudi montrent pourquoi l'institution estime disposer encore d'une marge de manoeuvre pour agir malgré un contexte géopolitique tendu.

La prévision de croissance a été révisée à 0,9% cette année, contre 0,8% auparavant. Le PIB grimperait ensuite de 1,4% en 2027, puis de 1,5% en 2028.

Côté inflation, elle devrait atteindre 3,0%, comme indiqué en juin, puis 2,5% en 2027, davantage que 2,3% attendu auparavant, en raison de l'envolée des prix du pétrole. Elles sont en ce moment alimentées par les tensions entre Washington et Téhéran ainsi que par le conflit opposant les rebelles houthis du Yémen à l'Arabie saoudite.

Le Brent a franchi mercredi les 100 dollars le baril pour la première fois depuis fin juillet, sur fond de menaces persistantes sur les flux énergétiques transitant par les détroits de Bab el-Mandeb et d'Ormuz.

Par voie de conséquence, les effets sur les autres prix et sur les salaires "pourraient être plus importants qu'anticipé", prévient la BCE. 

Ces effets dits de "second tour" sont redoutés car ils peuvent installer l'inflation dans la durée.

En relevant ses taux, la BCE renchérit le crédit immobilier, les prêts aux entreprises et le coût du financement public. Cela peut freiner progressivement la demande et limiter la capacité des entreprises à augmenter leurs prix.

La Fed la semaine prochaine

La réserve fédérale américaine (Fed) se réunit quant à elle la semaine prochaine et une hausse des taux apparaît comme "l'option la plus simple" en raison d'un marché du travail solide et une consommation résistante, note Stephan Bales, économiste à la KfW. 

D'autant que les appels de Donald Trump à un assouplissement "renforcent la nécessité pour la Fed de démontrer son indépendance", ajoute-t-il.

Interrogée par ailleurs sur les spéculations entourant un éventuel départ anticipé de la BCE, ravivées par la publication prochaine de son autobiographie début 2027, Christine Lagarde a assuré qu'il n'y avait "rien à annoncer" concernant son avenir.

Quant aux appels du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à geler ou annuler la dette française détenue par l'Eurosystème, la présidente de la BCE a rejeté cette idée.

Une telle mesure constituerait "une violation pure et simple" du traité de l'Union européenne, a-t-elle déclaré.

Le patron de la Banque de France a renchéri le lendemain. 

Il a jugé  qu'une annulation partielle de la dette comme proposée par Jean-Luc Mélenchon, serait une mesure "illégale, dangereuse et inutile".

"Elle est illégale parce qu'elle est contraire aux traités", "dangereuse parce qu'elle crée de l'inflation" et "inutile" car elle "ne réduit pas le déficit budgétaire", a déclaré Emmanuel Moulin sur la radio RTL.

Une telle mesure, qui n'a "reçu aucun écho en Europe", conduirait selon lui à sortir la France de la zone euro. "La zone euro, c'est une copropriété. Donc si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire, les amis, vous allez sortir", a-t-il imagé.

Pour le gouverneur de la banque de France, une annulation de la dette est "dangereuse parce qu'elle crée évidemment de l'inflation" et "va augmenter" les taux d'intérêt. "On va avoir beaucoup plus de mal à emprunter sur les marchés" et "ça va être préjudiciable pour les Français", a-t-il expliqué.

Enfin, la mesure est, selon Emmanuel Moulin, "inutile" car "ça ne libère pas des marges de manœuvre, ça ne réduit pas le déficit budgétaire."

"Vous réduisez de 500 milliards la dette de l'État mais vous faites un trou à la Banque de France de 500 milliards. Est-ce que franchement on a beaucoup avancé ?", a-t-il questionné. 

Des prévisions ajustées

Voici les prévisions macroéconomiques ajustées par la BCE jeudi face au conflit au Moyen-Orient qui s'éternise et fait grimper l'inflation, à l'issue de sa réunion 

L'institution de Francfort a confirmé sa prévision  d'une inflation globale de 3% en 2026, mais a réhaussé ses prévisions pour 2027 et 2028, tablant sur une hausse des prix de 2,5% puis 2,1%.

La prévision de croissance a été révisée à 0,9% cette année, contre 0,8% auparavant. Le PIB grimperait ensuite de 1,4% en 2027, puis de 1,5% en 2028.

En plus du "scénario de base", la BCE envisage trois scénarios alternatifs quant aux effets macroéconomiques de la guerre.

Dans le pire scénario, dit "sévère", elle prévoit une croissance à 0,8% et une hausse de l'inflation à 3,3% cette année. 

Le scénario "adverse", légèrement moins pessimiste, prévoit une hausse du PIB de 0,9% et une augmentation des prix de 3,1%.

Enfin, dans le scénario le plus optimiste, la croissance s'établirait à 0,9% en 2026 et l'inflation à 2,9%. 

Les prévisions du "scénario de base" sont toutes données en pourcentages. Les précédentes, publiées en juin, sont indiquées entre parenthèses.

     2026     2027     2028
CROISSANCE   0,9 (0,8)  1,4 (1,2)  1,5 (1,5) 
INFLATION  3,0 (3,0)  2,5 (2,3) 2,1 (2,0)  
INFLATION HORS ÉNERGIE ET BIENS ALIMENTAIRES  2,5 (2,5)  2,6 (2,5)  2,3 (2,2) 
CONSOMMATION PRIVÉE  1,0 (0,8)  1,0 (1,0)  1,3 (1,4) 
CONSOMMATION PUBLIQUE  1,9 (1,6)  1,1 (1,0)  1,3 (1,3) 
INVESTISSEMENTS  1,8 (1,8)  2,0 (1,7)  2,0 (2,1) 
EXPORTATIONS  2,1 (1,1)  3,2 (2,6)  2,9 (2,9) 
IMPORTATIONS  2,6 (1,6)  3,0 (2,4)  2,9 (3,0)

Les prévisions sont disponibles à https://www.ecb.europa.eu/pub/projections/html/index.en.html