L'Ukraine fait un pas important vers son adhésion à l'UE, mais rien n'est joué

Après des années de blocage, l'Ukraine a franchi lundi un pas important sur la voie de son adhésion à l'Union européenne, mais le chemin restera long et ardu pour ce pays en guerre avant de rejoindre les Vingt-Sept

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Les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis à Luxembourg, ont officiellement donné en début de soirée le coup d'envoi d'une première série de négociations avec l'Ukraine et la Moldavie, après la levée d'un veto hongrois qui bloquait tout le processus depuis 2024.

Les 27 ont ouvert un premier groupe de chapitres de négociations, un "cluster" en langage bruxellois, avant les cinq autres "avant le début de l'été", a espéré la commissaire européenne à l'élargissement Marta Kos, après le lancement officiel de ces discussions.

"Nous avons travaillé dur pour parvenir à ce moment", s'est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur X, en associant la Moldavie à ce succès.

Ensemble, ces "clusters" couvrent la totalité des sujets devant être bouclés pour qu'un pays puisse intégrer sans heurts l'Union européenne.

Mais avant cela, les obstacles sur la route des Ukrainiens ne manquent pas. 

Kiev doit encore accomplir un énorme travail pour reprendre "l'acquis communautaire". Autrement dit, les très nombreuses règles et normes en vigueur dans l'UE, de l'environnement à l'agriculture en passant par le marché intérieur.

Il y a au total pas moins de 35 chapitres de négociation à boucler impérativement avant une décision, unanime, des Vingt-Sept, et une ratification par chaque Etat membre, par le parlement ou via un référendum.

Et, "il ne s'agit pas simplement d'un rattrapage économique et social", mais aussi d'un changement profond des règles "pour se conformer à ce qu'est l'idéal européen, un idéal de démocratie, de liberté tel qu'il n'en existe plus ailleurs dans le monde", a expliqué à Luxembourg le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.

Divisions politiques

Or, "en matière de lutte anti-corruption les choses ne vont pas assez vite", fait valoir un responsable européen.

Le problème a été pris à bras le corps, a cependant assuré lundi devant la presse le vice-Premier ministre ukrainien Taras Kachka.

"Depuis le 1er janvier 2025, le Nabu (bureau national ukrainien anti-corruption) a ouvert plus de 1.000 affaires, ce qui a déjà abouti à plus de 100 condamnations", a-t-il affirmé.

Autre obstacle, les réticences des Etats membres une fois que les discussions se concrétisent.

Elles s'annoncent par exemple très serrées sur l'agriculture, particulièrement avec des pays comme la France, qui redoutent l'arrivée dans l'UE de cette puissance agricole de 40 millions d'habitants.

L'Ukraine, qui a longtemps réclamé une adhésion dès l'an prochain, insiste désormais sur une adhésion "pleine et entière", comme l'a rappelé son président Volodymyr Zelensky. Le vice-Premier ministre ukrainien a jugé lundi possible que son pays adopte toutes les réformes requises d'ici 2028.

Les Vingt-Sept se sont montrés plus prudents.

"Il est évident que nous ne serons pas en mesure de mener à bien le processus d'adhésion dans un avenir proche, compte tenu des innombrables obstacles ainsi que des complexités politiques des procédures de ratification", a ainsi écrit fin mai le chancelier allemand Friedrich Merz, dans une lettre adressée à ses homologues.

Ce ne sera pas possible avant 10 ou 15 ans, a renchéri le nouveau Premier ministre hongrois Peter Magyar - dont le prédécesseur Viktor Orban bloquait toute poursuite des négociations avec Kiev.

Berlin a donc proposé d'"associer" l'Ukraine à l'UE en attendant qu'elle puisse devenir un membre à part entière. De quoi inquiéter Kiev et ses alliés en Europe, qui redoutent que cette solution d'attente ne s'éternise.

La Commission européenne et la plupart des Etats membres insistent sur un processus "au mérite", dont chaque étape doit être sanctionnée par un accord formel des Vingt-Sept, ce qui prendra encore plusieurs années, selon un responsable européen.

Les chefs de la diplomatie de l'UE ont également conclu lundi deux autres chapitres de négociation avec le Monténégro, au cours de ce "super lundi" pour l'élargissement de l'Union, selon l'expression de Marta Kos. Le Monténégro, petit Etat des Balkans, est l'un des pays candidats les plus avancés sur la voie de son adhésion à l'UE.

par Olivier Baube