L'UE protège ses producteurs d'acier, tout en soignant ses partenaires

Un exercice d'équilibriste : l'Union européenne double à partir du 1er juillet ses droits de douane sur les importations d'acier pour protéger ses producteurs contre des pratiques jugées déloyales de la Chine, tout en accordant un traitement de faveur à ses partenaires commerciaux privilégiés, comme le Royaume-Uni.

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Quelles sont les mesures prises par l'UE ?

Comme l'avait proposé Bruxelles l'an dernier, les droits de douane européens sur l'acier sont portés à 50%.

Parallèlement, les quotas d'aciers importés dans l'UE sans droits de douane seront réduits de près de moitié (47%), chutant à 18,3 millions de tonnes par an.

"Un jour historique" pour les sidérurgistes, s'est félicité auprès de l'AFP Axel Eggert, le directeur général de l'organisation professionnelle Eurofer, rappelant que la production européenne d'acier avait chuté de 30 millions de tonnes en 7 ans.

Elle est ainsi tombée à 125,8 millions de tonnes l'an dernier, un plus bas historique, très loin derrière la Chine (960 millions).

Quels sont les effets attendus ?

Le nouveau dispositif de protection adopté par l'UE va permettre d'arrêter cette hémorragie, au moins à court terme.

"Ces mesures vont préserver jusqu'à 15 millions de tonnes de capacité de production d'acier en Europe, et nous allons pouvoir sauver plus de 200.000 emplois, directs et indirects", souligne M. Eggert.

Il y avait péril en la demeure, rappelle-t-il : les industriels européens, incapables de rivaliser en termes de prix face à des concurrents chinois massivement subventionnés, "auraient été rayés de la carte" sans ce plan de sauvetage de l'UE.

Est-ce la fin des problèmes ?

"Cela aurait été impensable il y a encore cinq ans", note-t-il, saluant le soutien quasi-unanime des 27 pays de l'UE et des eurodéputés à ces mesures sans précédent.

Même s'il va pouvoir se remplumer, le secteur est cependant loin d'être tiré de l'ornière, préviennent les industriels : ils se débattent toujours avec des coûts élevés, liés en partie aux taxes environnementales de l'UE, et une demande affaiblie, pendant qu'ils doivent effectuer une décarbonation à marche forcée.

Dans son rapport annuel sur l'acier publié le 5 juin, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) anticipe une demande mondiale en faible croissance de 0,9% par an d'ici 2030. "Le conflit au Moyen-Orient, la hausse des prix de l'énergie et les perturbations des chaînes d'approvisionnement" viennent "ajouter des pressions supplémentaires" sur cette demande.

Dans le même temps, les capacités de production continuent de croître. "Les excédents de capacité, estimés à 640 millions de tonnes (Mt) en 2025, devraient atteindre 745 Mt d'ici 2028", estime l'OCDE, qui pointe notamment en direction de la Chine, qui produit près de 52% de l'acier dans le monde.

Début juin, Aperam, producteur d'acier inox implanté notamment en France et en Belgique, a estimé auprès de l'AFP que les diverses mesures prises par l'Union européenne pour protéger les aciéristes européens pouvaient "contribuer à rétablir des conditions de concurrence équitables", mais estime que leur efficacité "dépendra de leur mise en œuvre et de leur application effectives".

Que fait-on pour les partenaires privilégiés ?

Tout en défendant ses producteurs, l'UE a veillé à préserver ses relations avec ses partenaires commerciaux les plus proches, dont le Royaume-Uni, la Suisse ou la Turquie, avec qui le processus d'allocation des quotas avait généré des tensions ces derniers mois.

Elle va leur réserver la moitié des nouveaux quotas d'acier détaxés, et l'autre moitié sera accessible à l'ensemble des pays exportateurs, quel que soit leur statut, y compris ces mêmes pays partenaires, qui devraient donc se tailler la part du lion, principalement au détriment de la Chine.

Ce dispositif, annoncé par Bruxelles en octobre, vise à sauver les industriels européens, profondément déstabilisés depuis des années par les surcapacités de production de leurs concurrents chinois massivement subventionnés.

Comment éviter des litiges ?

L'UE assure avoir mis en place ce système dans le plein respect des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), pour éviter des litiges.

Elle continue par ailleurs de discuter avec les Etats-Unis - qui taxent depuis l'an dernier l'acier européen à 50% et ont en plus imposé des surtaxes douanières sur des centaines de produits qui en contiennent -, dans l'espoir de parvenir à une trêve avec Washington, et s'épauler face à la concurrence chinoise.

"Nous ne craignons pas de représailles des Etats-Unis", a estimé un responsable européen, soulignant que "l'Europe agit exactement comme le font les Etats-Unis, face à un problème mondial".