L’UE reste-t-elle les bras croisés face à la déforestation ?
Toutes les trois secondes, une étendue de forêt de la taille d'un terrain de football est détruite, et l'UE a sa part de responsabilité. Mais elle a aussi peut-être trouvé une solution pour que cela s’arrête. Alors pourquoi retarde-t-elle sa mise en œuvre ?
À cause de sa consommation de bois, de viande, de soja, d'huile de palme, de café, de caoutchouc, de maïs ou encore de cacao, l'UE est responsable d'environ 10 % de la déforestation mondiale, selon la Commission européenne.
En 2024, un record a été atteint : 6,7 millions d'hectares de forêts tropicales vierges ont été détruits dans le monde, près de deux fois plus qu’en 2023. Cette perte ne nuit pas seulement à la biodiversité et aux communautés indigènes, elle compromet également l'une des seules armes de l'humanité contre le changement climatique.
En effet, les forêts sont des puits de carbone, ce qui signifie qu'elles retirent le CO₂ de l'atmosphère. Sans elles, notre lutte contre le changement climatique serait perdue, selon l’ONG WWF. Cependant, au rythme actuel de destruction des forêts, l'humanité pourrait atteindre un "point de basculement" sans retour dès 2050, d’après la revue Nature.
La loi contre la déforestation comme solution
Pour faire face à cette urgence, en 2023, l'UE a approuvé une législation révolutionnaire, la loi européenne contre la déforestation. Son objectif : interdire l’entrée sur le marché européen de tout produit ayant contribué à la déforestation ou à la dégradation des forêts dans le monde.
En obligeant les importateurs européens à faire plus attention à leurs chaînes d'approvisionnement et les producteurs du monde entier à investir dans la durabilité afin de maintenir leur accès au marché de l'UE, la loi a le potentiel de permettre des progrès significatifs vers un avenir sans déforestation.
Des reports et de possibles révisions
Après un premier report d'un an, la loi devait enfin entrer en vigueur le 30 décembre 2025. Sauf que, au mois de novembre, la Commission et le Parlement européen ont approuvé un nouveau report d’un an, donc à décembre 2026, ainsi qu’une clause de revoyure prévue en avril 2026, c’est-à-dire la possibilité de se pencher à nouveau sur le texte.
La Commission européenne a ainsi fait des propositions pour réviser la loi, avec pour objectif de “garantir une mise en œuvre harmonieuse du règlement”. Mais selon Anke Schulmeister-Oldenhove, responsable des Forêts au Bureau européen de WWF, ces révisions pourraient avoir pour conséquence d’affaiblir la loi. D’après elle, la loi telle qu’elle est arrêtée aujourd’hui est “essentielle pour notre survie à long terme”.
Des partenaires commerciaux frustrés
Par ailleurs, de nombreux partenaires commerciaux de l’UE ont, depuis que la loi a été approuvée, investi et travaillé pour se préparer à sa mise en œuvre. C’est le cas de la Thaïlande, comme nous l’a expliqué Ajaree Tavornmas, cofondatrice du cabinet de conseil Access Europe. Elle a travaillé en étroite collaboration avec le ministère de l'Agriculture thaïlandais pour assurer la préparation des producteurs de ce pays à la loi contre la déforestation.
Elle raconte qu’aujourd’hui, face à ces reports répétés et probables changements, la Thaïlande ressent une forme de frustration. “Quoi qu'il arrive, les changements doivent être équitables pour ceux qui ont déjà investi dans le système, qui se sont déjà engagés dès le début”, explique-t-elle.
En attendant, chaque minute qui passe signifie de nouvelles terres déboisées. Alors, la loi sera-t-elle réellement mise en œuvre fin 2026, et sera-t-elle affaiblie comme le craignent les organisations environnementales ? À ChatEurope, nous suivrons ce sujet de près.
Pour mieux comprendre où en est l’application de la loi contre la déforestation, n’hésitez pas à regarder la vidéo en début d’article.
Justine Hagard