L’Europe freine-t-elle les ambitions d’Apple ?
Les nouveaux écouteurs d’Apple, les AirPods Pro 3, sont sortis le 19 septembre dernier, mais ont été privés en Europe de leur fonctionnalité phare : la traduction des conversations alentour en temps réel, grâce à l’intelligence artificielle. Ce traitement particulier de l’Union européenne a fait grincer des dents de nombre d'utilisateurs, et illustre la réglementation parfois jugée stricte de Bruxelles.
“C’est une fonctionnalité que j’attendais, et là vous me dites qu’apparemment c’est interdit, alors j’aimerais comprendre pourquoi.” Comme Moïse, 68 ans et fan d’Apple, de nombreux clients réguliers de la marque à la pomme sont dans l’incompréhension. Le 9 septembre dernier, lors de sa traditionnelle conférence de rentrée, Tim Cook, PDG de l’entreprise, dévoilait de nouveaux écouteurs, les AirPods Pro 3. Boostés à l’intelligence artificielle, ces derniers permettent de traduire les conversations autour de nous, directement dans nos oreilles. Une innovation qui promettait donc d’assouplir les barrières de la langue, mais qui, contre toute attente, n’est pas accessible dans l’Union européenne comme l’indique le site d’Apple.
La faute de Bruxelles ?
Apple n’a pas communiqué directement sur les raisons de ce traitement différencié de l’Europe. Cependant, la marque américaine s’est écharpée plusieurs fois avec les institutions européennes à cause de sa réglementation, jugée parfois comme un fardeau à l’innovation. Le constructeur a notamment été contraint de changer ses chargeurs, abandonnant ainsi son port lightning, pour passer à l’USB type C. Un texte est principalement dans le viseur d’Apple, mais aussi dans celui de beaucoup d’autres géants américains : le Digital Markets Act (DMA). Il s’agit de la législation phare de l’Europe contre les abus de position dominante des géants du numérique, et qui a par exemple déjà retardé le lancement en Europe d’Apple Intelligence, le système d’intelligence artificielle de la marque.
Cette législation est jugée si restrictive par la marque à la pomme que le 25 septembre, le groupe est allé jusqu’à demander "le retrait du DMA et son remplacement par un texte plus adapté". Une demande qui a été balayée par la Commission. "Nous ne sommes pas étonnés par l'argumentaire de lobbying d'Apple nous demandant d'abroger le DMA", parce que le groupe américain "n'a eu de cesse de contester le moindre bout du DMA depuis son entrée en vigueur". Au DMA s'ajoute aussi une réglementation sur l’intelligence artificielle particulière en Europe, notamment depuis la mise en place de l'IA Act à l’été 2024. Mais alors, est-ce que l’Europe sur-régule et freine l’innovation ? Aurore Bonavia, avocate en droit du numérique, nous aide à mieux comprendre.
Bruno ESTEBAN GARAY