L'Europe face à sa dépendance aux terres rares chinoises
L'UE cherche à accélérer le développement des projets de production de terres rares pour réduire sa dépendance à la Chine. Elle s'est fixé pour objectif de subvenir à au moins 10% de ses besoins à l'horizon 2030 mais aucun gisement n'est aujourd'hui encore en exploitation sur le continent européen.
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A deux heures de route au sud-ouest d'Oslo, le village norvégien d'Ulefoss, ancienne bourgade minière de quelque 2.000 habitants, repose sur un trésor, le Fensfeltet: 8,8 millions de tonnes de terres rares, des métaux indispensables à la transition énergétique et numérique, et définis comme critiques par l'Union européenne.
Mais les plans de développement de ce gisement de terres rares, le plus grand du continent, se heurtent aux craintes suscitées par l'impact de son exploitation sur des coléoptères, mousses, champignons et autres espèces menacées.
Rare Earths Norway, la société disposant des droits d'extraction, a déjà dû repousser son calendrier et envisage désormais d'entamer la production dans la première moitié de la décennie 2030.
Pour accélerer le développement de projets de production de terres rares, alors qu'aucun gisement n'est aujourd'hui exploité sur le continent, la Commission européenne a annoncé en décembre 2025 qu'elle allait débloquer près de 3 milliards d'euros pour financer des projets stratégiques dans l'extraction, le raffinage et le recyclage de ces minerais et métaux indispensables à de nombreux secteurs.
Elle mobilisera pour ce faire des fonds issus de programmes européens et de la Banque européenne d'investissement.
Elle va en outre créer début 2026 un Centre européen des matières premières critiques.
Autre action concrète, Bruxelles veut restreindre en début d'année prochaine les exportations des rebuts et déchets d'aimants permanents (qui sont fabriqués à partir de terres rares et servent à de nombreux usages industriels), pour favoriser leur recyclage en Europe. L'UE prévoit aussi des restrictions plus ciblées aux exportations de déchets d'aluminium et pourrait faire de même pour le cuivre.
Les terres rares sont des éléments métalliques devenus essentiels pour des pans entiers de l'économie, en particulier l'industrie automobile, les énergies renouvelables, le numérique ou la défense.
Ils servent à la fabrication d'aimants puissants, de catalyseurs ou de composants électroniques.
La Chine, qui concentre la majorité des réserves mondiales de terres rares, domine non seulement l'extraction des minerais, mais a développé en plus un quasi-monopole sur le raffinage.
Elle exerce une mainmise similaire sur certains métaux stratégiques, comme le gallium utilisé dans les semi-conducteurs.
Dans ce contexte, la PME allemande Tradium, experte du négoce de ces matériaux, détient la plus grande réserve de terres rares d'Allemagne dans un ancien bunker, derrière une porte blindée de plus de 4 tonnes.
Elle y stocke des milliers de fûts de dysprosium, terbium et autre néodyme, des matières indispensables à nos smartphones, voitures électriques et éoliennes. Presque toutes les étiquettes affichent la même origine : la Chine.