IA : pour rester dans la course, l'UE lance un appel d'offres géant
L'Union européenne a lancé un appel d'offres géant pour tenter de rattraper son retard dans l'intelligence artificielle, qui vise à mobiliser 30 milliards d'euros d'investissements pour construire ses premières "giga-usines d'IA", des infrastructures informatiques offrant une puissance de calcul massive.
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Cette initiative, annoncée le 30 juillet, "constitue une étape majeure dans notre ambition" visant à faire de l'Europe un "continent de l'IA", a affirmé Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission en charge du Numérique, voyant dans l'accès à cette énorme capacité de traitement informatique une "nécessité stratégique".
L'appel d'offres, qui sera cofinancé par 18 Etats membres de l'UE (dont la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne), vise à créer sept "gigafactories" d'IA, et sera clos en novembre.
Il se compose de deux lots: le premier portera sur quatre projets, doté chacun d'un total de 500 millions d'euros de fonds européens. Le deuxième lot visera à développer trois autres giga-usines, encore plus puissantes, qui bénéficieront chacune d'un milliard d'euros de fonds de l'UE.
Les pays participants verseront des financements comparables à ceux de l'UE. Au total, l'appel d'offres devrait donc mobiliser autour de 10 milliards d'euros d'argent public, auxquels s'ajouteront 20 milliards issus du secteur privé.
Les lauréats seront choisis en début d'année prochaine, avec une mise en chantier espérée au premier trimestre 2027, et de premières mises en service l'année suivante.
Ces giga-usines devront être installées dans l'UE et respecter des critères de souveraineté. Néanmoins, Bruxelles a signé des accords avec les fabricants américains AMD, Nvidia et Qualcomm pour se fournir en processeurs, même si elle espère à terme pouvoir aussi s'équiper de puces européennes.
Leur énorme puissance de calcul (équivalente à au moins 75.000 processeurs à haute performance par projet du lot 1, et 100.000 pour le lot 2) sera alors mise à la disposition des entreprises, chercheurs, universités et autres organismes européens. Pour amorcer la pompe, l'UE et les pays financeurs vont s'engager à acquérir une partie de ces capacités de traitement.
La France a salué cette annonce, confirmant son souhaitait d'accueillir une giga-usine d'IA sur son sol.
"La France s'engage aux côtés de l'Union européenne à commander un volume de capacité de calcul de 100 millions d'euros au projet qui sera retenu sur le sol français pour satisfaire les besoins futurs de ses administrations publiques, y compris ceux de la recherche et du secteur hospitalier", a précisé le gouvernement français dans un communiqué.
Cet engagement "est distinct des investissements que l'État conduit par ailleurs dans ses propres infrastructures de calcul", a rappelé Paris.
L'initiative de l'UE s'inscrit dans le cadre de la stratégie de Bruxelles visant à faire de l'Europe, jusqu'ici largement à la traîne par rapport aux Etats-Unis ou à la Chine, l'un des continents en pointe en matière d'IA, grâce à un plan dévoilé l'an dernier visant à mobiliser 200 milliards d'euros au total.
L'UE s'est déjà dotée ces deux dernières années de 19 "usines" d'IA en développement ou en activité, de taille plus modeste. Cet appel d'offres vise à changer d'échelle.
Agir contre la nudification
Par ailleurs, toujours dans le domaine de l'IA, la Commission européenne s'est dite déterminée à agir contre la plateforme Hugging face, accusée par l'ONG AI Forensics d'héberger plusieurs modèles d'intelligence artificielle capables de générer des images de personnes dénudées sans leur consentement.
"Nous sommes au courant de cette enquête et nous examinons ces conclusions", a indiqué à la presse Thomas Regnier, porte-parole de l'UE en matière de Numérique, rappelant que créer des images de personnes dénudées sans leur consentement était prohibé dans l'UE.
"Nous travaillons pleinement sur ce dossier et nous sommes prêts à prendre des mesures nécessaires et appropriés", a-t-il ajouté.
La Haute-commissaire à l'enfance en France, Sarah El-Haïryn a annoncé mercredi saisir la Commission européenne, après les révélations de l'ONG.
AI Forensics affirme que sept des neuf modèles d'IA de retouche d'images les plus mis en avant par la plateforme "permettent aux utilisateurs de déshabiller des personnes à l'aide de simples +prompts+", ces lignes de commandes exprimées en langage courant.
Les systèmes de nudification sont dans le collimateur des autorités en Europe après l'ajout il y a plusieurs mois d'une fonctionnalité dans Grok, l'assistant d'intelligence artificielle d'Elon Musk, qui permettait aux utilisateurs de lui demander de créer des montages hyperréalistes (ou "deepfakes") d'adultes et d'enfants dénudés.
Cette affaire avait soulevé un tollé dans de nombreux pays et entraîné l'ouverture d'une enquête par la Commission européenne.
Dans la foulée, l'UE a adopté une loi qui interdit explicitement les services d'intelligence artificielle (IA) permettant de "dénuder" des personnes sans leur consentement, une mesure qui entrera en vigueur début décembre.
Mais Bruxelles dispose déjà de moyens d'action, notamment dans le cadre de la loi européenne sur l'Intelligence artificielle (l'AI Act), dont plusieurs dispositions vont entrer en vigueur le 2 août 2026, lui conférant de nouveaux pouvoirs pour réguler les fournisseurs de modèles d'IA.