Grèce: des centaines de migrants secourus

L'ONG SOS Méditerranée a déploré lundi une "intensification des menaces" en Méditerranée centrale, pointant du doigt des interceptions "de plus en plus violentes" d'embarcations de migrants et des poursuites des navires de sauvetage, imputées à des "acteurs libyens" et des "groupes armés", tandis qu'en Grèce près de 200 de migrants ont été secourus ces trois derniers jours par la police grecque au large de la Crète.

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Selon l'agence de presse ANA, ce sont au moins 131 personnes qui ont été secourues pour la seule journée vendredi au cours de deux opérations de sauvetage, près de l'île de Gadvos, à environ 40 km au sud de la Crète, sur le chemin de la Libye.

Lors d'une première opération, "un véhicule aérien sans pilote de Frontex a repéré une embarcation transportant 43 ressortissants étrangers à environ 20 milles nautiques au sud de Gavdos. Les personnes à bord ont été secourues par un navire de Frontex et acheminées vers le port de Paleochora", en Crète.

Une deuxième opération a suivi peu après dans la même zone,  avec deux autres embarcations transportant au total quelque 88 étrangers. "Un navire de la force européenne a été là aussi mobilisé et les migrants secourus et acheminés vers Paleochora", a détaillé l'ANA. 

Samedi, c'est "un pétrolier de passage, sous la coordination du Centre conjoint de coordination de sauvetage (JRCC), qui a localisé et secouru environ 33 étrangers à bord d'une petite embarcation", toujours au sud de l'île de Gavdos, vers où ils sont en cours de transfert, selon l'ANA.

Ces migrants seront transférés "de manière strictement proportionnée" de la Crète vers des centres d'accueil sur les îles de Lesbos et Samos, en mer Egée, avant leur possible transfert vers d'autres structures en Grèce continentale, a souligné le ministère des Migrations.

Inquiétudes des autorités locales

"Il n'y aura aucune charge supplémentaire pour les îles concernées", a voulu rassurer le ministère, face aux inquiétudes des autorités locales des deux îles.

Malgré ces assurances, une réunion à huis clos s'est tenue dimanche à Mytilène, chef-lieu de Lesbos, sous l'égide du maire de l'île, a rapporté le site d'information local Sto Nissi.

Au total, près de 200 demandeurs d'asile sont attendus dimanche à Lesbos, et 200 sur l'île voisine de Samos, selon ce média local.

Depuis plus d'un an, la Crète et l'îlot proche de Gavdos, en face des côtes libyennes, sont devenues la principale porte d'entrée des demandeurs d'asile en Grèce.

La Crète ne dispose que d'une structure d'hébergement provisoire pour les demandeurs d'asile mais le ministère a promis la création d'un centre d'accueil prochainement.

De "graves incidents" ont par ailleurs éclaté dans la nuit de samedi à dimanche dans le centre d'accueil temporaire pour demandeurs d'asile de Sintiki, fermé et gardé, situé à Serres (nord), "lorsqu'un groupe d'étrangers a attaqué des policiers à coups de pierres et a tenté de s'enfuir", a rapporté dimanche la télévision publique.

Quatorze personnes ont été arrêtées et 5 étrangers ont été blessés, a indiqué le ministère de la Protection du citoyen, dans un communiqué cité par les médias. 

"Un groupe d'individus a jeté des pierres sur les forces de police, causant des dégâts dans l’établissement. Ils ont également coupé la clôture en grillage et 41 personnes se sont échappées", dont 17 ont pu être ensuite arrêtées, a expliqué le ministère.

"D'importants dégâts ont été constatés" et "une aile entière du bâtiment a été détruite", selon ERT, qui a évoqué des incidents à "l'intensité inédite" ayant nécessité l'envoi en renfort d'un peloton de police anti-émeute depuis Thessalonique.

Fervent défenseur d'une stricte politique migratoire, le ministre Thanos Plevris s'est félicité récemment de la baisse de plus de 35% du nombre de demandeurs d'asile en Grèce au cours des sept premiers mois de 2026. 

Le ministre grec oeuvre actuellement avec ses homologues en Allemagne, en Autriche, au Danemark et aux Pays-Bas pour la création dans un pays hors de l'UE des centres de retour (hub returns) destinés au renvoi des demandeurs d'asile déboutés.

Harcèlement et menaces

Impliquée depuis une décennie dans les sauvetages en mer, SOS Méditerranée estime que "cet environnement opérationnel, de plus en plus hostile en Méditerranée centrale, n'aurait pas pu perdurer sans l'élargissement de la coopération européenne avec les acteurs libyens en matière de dissuasion migratoire."

Evoquant "un phénomène nouveau et préoccupant", SOS Méditerranée a recensé entre juin et juillet, à sept reprises au moins, des navires "liés à des acteurs libyens", certains "non-identifiés", qui se sont approchés "à grande vitesse" de bateaux de sauvetage, ou les ont suivis des heures durant - des "poursuites" jusque dans les eaux internationales, accuse l'ONG.

Il y a aussi, note l'ONG, une "augmentation significative de la présence de vedettes rapides non identifiées, liées à différents groupes armés en Libye."

"Ces embarcations ont été observées procédant à des interceptions violentes, notamment en percutant délibérément des embarcations transportant des personnes en détresse et en effectuant des manœuvres mettant leur vie en danger", poursuit SOS Méditerranée.

Il y a un an, dans les eaux internationales, son navire l'Ocean Viking était la cible d'une attaque imputée aux garde-côtes libyens - qui n'avait pas fait de blessés. Deux hommes à bord d'un patrouilleur avaient ouvert le feu, exposant l'équipage et 87 rescapés "à des tirs incessants pendant au moins vingt minutes", avec "plus de 100 balles" tirées, avait rapporté l'ONG.

Un an plus tard, malgré des procédures judiciaires en Italie, en France et en Allemagne, "les autorités européennes et nationales sont restées silencieuses", "les responsables de l'attaque n'ont pas été identifiés", déplore SOS Méditerranée, réitérant un appel pour "une enquête complète et indépendante afin d'établir les responsabilités autour de cette attaque."

En août, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) annonçait que le nombre de décès de migrants en Méditerranée centrale avait fortement augmenté, alors que le nombre de migrants est en baisse en raison de politiques européennes plus strictes.

Selon l'OIM, 821 personnes sont mortes ou ont disparu au cours des quatre premiers mois de 2026, soit une augmentation de 111% par rapport à 2025.

Au cours de la même période, les arrivées de migrants sur le même itinéraire ont chuté de 46%, atteignant le nombre de 8.577.

Protéger plus

Début juillet,  le pape Léon XIV a exhorté l'Europe à agir davantage pour protéger les migrants lors d'une visite sur la petite île italienne de Lampedusa, devenue le symbole du drame des traversées mortelles de la Méditerranée.

Sur les traces de son prédécesseur argentin François, qui avait choisi Lampedusa en 2013 pour son premier déplacement, le pontife de 70 ans a envoyé un message clair aux dirigeants européens et américains, dans un contexte d'intolérance et d'indifférence croissantes face aux crises migratoires.

Cette visite d'une demi-journée sur cette île de 20km², située entre la Tunisie et Malte, intervient quelques semaines après l'adoption par l'Union européenne (UE) de nouvelles mesures migratoires prévoyant notamment un recours accru à la détention et la création de centres de rétention hors des frontières de l'UE, et le jour même du 250e anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis, son pays natal.

"L'Europe est en mesure (...) d'aborder la crise de manière organique, en inscrivant les premiers secours dans un plan stratégique à long terme, capable d'accueillir, de protéger, de promouvoir et d'intégrer les migrants tout en œuvrant pour le développement, afin que personne ne soit contraint d'émigrer", a lancé le pape américain dans son homélie.

Il a également fustigé "le désintérêt pour le bien commun et la corruption dans les pays d'origine, un système économique mondial qui engendre pauvreté et exclusion, la peur qui alimente les préjugés et le mépris (...) les calculs criminels de ceux qui tirent profit du drame d'autrui".

Quelques minutes plus tôt, Léon XIV avait déposé une gerbe de fleurs au cimetière abritant des tombes numérotées de migrants non identifiés et s'était rendu à la "Porte de l'Europe", un monument dédié aux victimes, où il s'est recueilli seul sur un rocher face à la mer, sa soutane battue par le vent.