Gaza: quelles mesures propose l'UE ?
La Commission européenne a mis sur la table des 27 des sanctions inédites contre Israël face à la situation "intenable" à Gaza. Mais ces mesures ont-elle une chance d'être approuvées par les Etats membres, très divisés sur ce dossier ?
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Droits de douane
La Commission européenne a proposé mercredi, pour la première fois depuis le début de la guerre à Gaza, d'annuler toutes les exemptions ou réductions de droits de douane dont bénéficie une partie des importations israéliennes dans l'UE. Si cette mesure était adoptée par les Etats membres, quelque 37% des importations israéliennes vers le bloc (15,9 milliards d'euros), seraient à nouveau taxées.
Le surcoût serait toutefois limité à 227 millions d'euros pour les importateurs de produits israéliens. Les produits les plus pénalisés seraient les importations agro-alimentaires. Les fruits et les produits à base de fruits seraient par exemple soumis à des droits de douane compris entre 8 et 40%.
L'Union européenne est le premier partenaire commercial d'Israël.
Sanctions contre deux ministres
Bruxelles a proposé en outre de sanctionner deux ministres israéliens d'extrême droite, Itamar Ben-Gvir, chargé de la Sécurité nationale, et Bezalel Smotrich chargé des Finances, ainsi que des colons "extrémistes" en Cisjordanie. Une dizaine de responsables du Hamas, mouvement palestinien responsable de l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 contre Israël, sont également sur la liste des sanctions proposées.
"Tous les États membres conviennent que la situation à Gaza est intenable. La guerre doit cesser", a plaidé mercredi la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas. "Je veux être très claire, le but n'est pas de punir Israël. Le but est d'améliorer la situation humanitaire à Gaza".
La Commission a également décidé d'interrompre son aide bilatérale à Israël, soit une vingtaine de millions d'euros, sans toutefois remettre en cause son soutien aux Palestiniens ou à la société civile israélienne.
Les 27 se mettront-ils d'acord ?
C'est là que tout se complique. Des sanctions contre Ben-Gvir et Smotrich avaient déjà été mises sur la table en août 2024 par Bruxelles. En vain, faute d'accord au sein des 27 car ces sanctions requièrent l'unanimité des pays de l'UE pour être adoptées.
Même constat en ce qui concerne les sanctions contre les colons israéliens extrémistes, également proposées il y a des mois. Rien ne dit en effet que la Hongrie reviendra sur son veto, même si elle est aujourd'hui le seul Etat membre à s'y opposer, selon un haut responsable de l'UE.
A première vue, les sanctions commerciales semblent plus accessibles car elles ne requièrent que la majorité qualifiée des Etats membres. Mais il est toutefois peu probable que le rapport de forces au sein des 27 change radicalement. Plusieurs pays, dont l'Allemagne ou l'Italie, se sont déjà opposés il y a quelques semaines à des sanctions, pourtant très limitées de l'aveu même de la Commission. Et rien ne dit qu'ils soient prêts aujourd'hui à donner leur feu vert à des mesures bien plus ambitieuses.
Paralysie
Les Vingt-Sept se sont montrés particulièrement divisés sur l'attitude à adopter vis-à-vis d'Israël depuis le début de la guerre dévastatrice menée depuis près de deux ans dans le territoire palestinien, en réponse à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas sur le sol israélien.
Plusieurs pays, dont l'Allemagne, insistent sur le droit d'Israël à se défendre dans le respect du droit international, tandis que d'autres, comme l'Espagne, dénoncent depuis plusieurs mois un "génocide" à l'encontre des Palestiniens de Gaza.
Ces divisions paralysent toute action européenne sur le dossier et certains pays ont décidé d'agir de leur côté comme la Belgique qui a décidé de prendre unilatéralement une série de sanctions (économiques, consulaires) contre Israël ou certains ministres du gouvernement de Benjamin Netanyahu.
L'UE n'est "pas au rendez-vous de ses responsabilités" face à la guerre à Gaza, et sa crédibilité en politique étrangère "est en train de s'effondrer", a ainsi estimé il y a peu le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, dans un entretien avec l'AFP.