Future PAC: que demande la France ?
La Commission européenne propose une vaste réforme de la politique agricole commune (PAC) dans le futur budget de l'UE. Mais la France, inquiète d'une réduction des montants alloués à ses agriculteurs, hausse le ton avant des mois d'âpres négociations et exige une "clarification rapide" à Bruxelles.
Quels montants prévoit la réforme de la PAC proposée par la Commission ?
Cette proposition, détaillée en juillet par l'exécutif européen, prévoit de "sécuriser" 300 milliards d'euros d'aides au revenu destinées aux agriculteurs dans le futur budget 2028-2034 de l'Union.
Dans le cadre du budget actuel (2021-2027), la PAC, qui constitue le premier poste de dépenses de l'UE, représente 387 milliards sur sept ans, dont 270 milliards d'aides directes aux exploitations.
D'où la colère des agriculteurs européens qui dénoncent une baisse de 20% de l'enveloppe globale.
Bruxelles conteste cette analyse et présente les 300 milliards comme un "minimum", que les Etats pourront compléter avec d'autres fonds européens. Car la Commission propose une vaste refonte de l'architecture budgétaire avec l'intégration de la PAC à un grand fonds de "partenariat régional et national" et le transfert de certaines sommes - soutien aux régions rurales défavorisées, innovation agricole - vers la politique de cohésion.
Et dans le détail pour la France ?
Cette réforme promet aux agriculteurs français un "minimum" d'aides au revenu de 51 milliards d'euros sur sept ans, un montant pouvant être complété par d'autres fonds européens.
Avec ce montant, "la France reste le plus gros bénéficiaire des fonds de la politique agricole commune", a insisté mi-septembre le commissaire européen Christophe Hansen, en charge de l'agriculture. "Ce soutien sera complété par d'autres fonds européens, et nationaux, lors de la programmation des priorités et des actions agricoles par chaque pays, notamment en ce qui concerne le développement rural", ajoute-t-il.
Dans la PAC actuelle, la France reçoit quelque 9,3 milliards d'euros par an, soit un total de 65 milliards de 2021 à 2027.
"Profonde incompréhension" à Paris
Le 22 septembre 2025, la ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, a fait part à Bruxelles de sa "profonde incompréhension" sur les montants prévus pour les agriculteurs français.
"Les montants annoncés apparaissent en décalage avec les déclarations de la Commission sur l'importance stratégique du secteur agricole pour notre souveraineté", a-t-elle ajouté lors d'une réunion avec ses homologues européens. "La France sera d'une vigilance absolue (...) Nous avons besoin d'une clarification rapide des évolutions budgétaires proposées pour la PAC", a réclamé la ministre.
Le gouvernement français est également farouchement opposé à l'idée d'une fusion de la PAC avec d'autres fonds.
Si c'est le cas, le budget sera "raboté de mois en mois au gré des diverses priorités du moment", avait estimé en juillet Annie Genevard dans un entretien accordé au magazine La France agricole.
Selon elle, le commissaire européen à l'Agriculture Christophe Hansen subit de "fortes pressions" budgétaires, car la liste des dépenses de l'UE s'allonge - remboursement de l'emprunt commun pendant le Covid, financement de la défense -, tandis que des Etats membres sont réticents à aller chercher des ressources supplémentaires pour l'Union.
Deux ans de négociations
La refonte de la PAC va être au coeur de deux ans d'âpres négociations entre Européens et risque de provoquer de nouvelles mobilisations agricoles, après les manifestations massives à travers le continent il y a un an et demi.
"Personne n'a intérêt à défier les agriculteurs européens. Si ce message n'a pas été entendu, nous reviendrons", a prévenu Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA - le premier syndicat agricole français - lors d'un rassemblement à Bruxelles en juillet.