Une rare tornade dévaste un village du sud-ouest de la France et fait 39 blessés

Au lendemain du passage d'une tornade d'une violence rare, le village de Pomas, dans le sud-ouest de la France, dresse le bilan des dégâts mardi : il y a 39 blessés, dont deux en urgence absolue, et 300 habitations touchées, selon les autorités locales. 

spinner.loading

spinner.loading

En France, en moyenne, on dénombre quelques dizaines de tornades chaque année, d'intensité variable, selon Météo-France. Mais l'effet du réchauffement climatique sur leur fréquence, leur intensité et leur répartition géographique reste incertain, souligne l'établissement public.

Sous le soleil matinal, les toitures dévastées ont déjà été recouvertes de bâches plastifiées de couleur bleue ou verte, maintenues par des tuiles, a constaté un journaliste de l'AFP. 

En contrebas de la bourgade, les champs témoignent de la violence des vents qui ont frappé l'endroit: ça et là, une chaise longue broyée, des déchets de laine de verre, des morceaux de grillage, de bois ou de tôle parsèment les alentours. 

"Je suis venu récupérer mes petits-enfants pour les emmener dans le Minervois", témoigne mardi matin Abdallah Wakkas, grand-père de deux enfants du village âgés de 13 et 17 ans. "Il n'y a pas eu de souci chez eux mais les petits sont un peu traumatisés parce que la maison de leur mamie a eu sa toiture arrachée".

Deux personnes "en urgence absolue"

"Ils sont chez eux, plus haut dans le village. Physiquement, personne n'a été touché dans la famille, c'est l'essentiel, j'attends les petits-enfants mais on ne peut pas traverser le village pour le moment, sinon on va juste déranger les secours, c'est pas la peine", raconte M. Wakkas à l'AFP. 

Quelques minutes après, le papa et la maman amènent les enfants qui embarquent dans la Citroën noire du grand-père. 

Les secours ont été à pied d'oeuvre toute la nuit dans ce village de 1.000 habitants, situé dans le massif des Corbières. 

"Les opérations de reconnaissance et de vérification sont toujours en cours par les 75 sapeurs-pompiers engagés, appuyés par des spécialistes venus en renforts", précise la préfecture du département dans un communiqué mardi matin. 

"Le bilan humain fait état à ce stade de 39 victimes, dont 2 en urgence absolue", ajoute-t-elle. 

Le précédent bilan, lundi soir, faisait état de "41 personnes prises en charge et ayant transité par le poste de regroupement des victimes, dont 15 personnes évacuées vers un centre hospitalier." 

"Cette nuit, les sinistrés ont été accueillis à la salle polyvalente de Pomas, avec l'aide de la Croix Rouge. Des relogements ont été effectués chez des proches, familles et au sein des communes voisines", détaille encore la préfecture. 

En ce qui concerne les dégâts, "le bilan matériel fait état de 300 habitations impactées."

"Bâchage" et sécurisation

"Un audit des bâtiments se poursuit afin de vérifier les fragilités structurelles et d'évaluer les risques d'effondrement. Des opérations de bâchage des habitations endommagées vont débuter", précise la préfecture, qui tiendra un point-presse dans la matinée.

"Parallèlement, les militaires de la gendarmerie continuent d'assurer la sécurisation de la zone et de ses abords." 

Plusieurs routes sont toujours interdites à la circulation et 1.400 foyers restaient privés d'électricité à 08h00 (06h00 GMT), selon la préfecture. 

La tornade a frappé Pomas lundi en milieu d'après-midi. De nombreuses toitures ont été arrachées et des maisons soufflées. 

Météo France avait placé plusieurs départements du sud-ouest de la France en vigilance orange aux orages, soulignant le risque de phénomènes localement violents.  

Le phénomène -qui reste exceptionnel en France-  a frappé vers 17H20 (15H20 GMT) la commune de Pomas, qui compte environ 1.000 habitants. 

Un nouveau bilan de la préfecture du département de l'Auda à 22H30 (20H30 GMT) a fait état de "41 personnes prises en charge et ayant transité par le poste de regroupement des victimes, dont 15 personnes évacuées vers un centre hospitalier". 

Une femme enceinte a été blessée dans l'effondrement de sa maison et transportée à l'hôpital, a expliqué son mari à un photographe de l'AFP sur place, sans donner son nom. Elle a été ensevelie dans la chute d'un mur mais protégée par son canapé, a précisé la gendarmerie. L'état de santé de son bébé n'était pas connu.

Deux centres d'hébergement ont été ouverts aux victimes pour la nuit, l'un à la salle polyvalente de Pomas et le deuxième dans une commune proche, Limoux.

Le bilan matériel fait état de 300 habitations impactées et "des opérations de mise en sécurité des bâtiments sont en cours, notamment au rez-de-chaussée des habitations les plus touchées, afin de prévenir tout risque d'effondrement", explique encore la préfecture. 

De nombreuses toitures ont été arrachées et des maisons soufflées.

"Les opérations de levée de doute se poursuivent sur la commune", a indiqué la préfecture, mais les secouristes ne recherchent aucun disparu, a-t-elle précisé à l'AFP. 

"A cette heure, plus de 120 sapeurs-pompiers sont sur place, appuyés par des spécialistes", détaille la préfecture, et des renforts des départements voisins sont attendus sur place.

De nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent la tornade se déplacer en tourbillonnant vers le ciel orageux dans plusieurs communes de l'Aude.

Un "désastre" et un "miracle"

"Ca s'est passé à vitesse grand V, à 17H00, on avait des enfants qui jouaient (...) qui préparaient la fête locale (initialement prévue pour la fin de semaine) et puis à 18H00 le village et la population étaient anéantis", a raconté le maire maire Hervé Giné à quelques journalistes, affirmant avoir le "sentiment" de vivre "une situation de guerre" près de la salle des fêtes où de nombreux habitants ont trouvé refuge.

On "n'a pas été bombardé par des missiles", raconte l'édile, avant d'ajouter: "on a été bombardé par la nature", alors que ses administrés, au milieu des gravats, sont en "état de choc".

Dans les petites rues de la bourgade d'un millier d'habitants située à mi-chemin entre Perpignan et Toulouse, les dégâts témoignent de la violence de l'évènement: partout des gravats, des arbres arrachés, des tuiles, des véhicules éventrés ou renversés, des maisons aux vitres soufflées ou aux volets dégondés.

"C'est la voiture de ma tante", témoigne Djibril Yazid, un jeune habitant, en montrant ce qu'il en reste: "une épave". C'est "comme si elle avait fait cinq ou six tonneaux mais elle est restée à sa place, elle a juste goûté à la tempête", décrit-il.

La Citroën gris métal est stationnée devant la maison d'angle du jeune homme. "J'étais au travail, c'est mon frère qui m'a appelé, il était en pleurs. J'ai essayé de faire au plus vite, en arrivant je n'ai pu que constater: c'était un désastre, des tuiles par terre, des vitres cassées, tout arraché, les velux, tout..."

"Ca fait mal au cœur, j'ai toujours habité là, c'est mon enfance, la voir comme ça... Je dirais pas que c'est fini mais on en prend un coup", dit-il encore.

A quelques mètres de là, l'école communale du "Petit Prince" a perdu un morceau de son clocher et les aiguilles de son horloge sont arrêtées sur le 5 des heures et le 4 des minutes, un horaire qui correspond à celui du passage de la tornade, lundi.       

Sous le soleil matinal, les pompiers s'affairent pour sécuriser ce qui reste des habitations, s'assurer que tout danger d'effondrement est écarté.

Ca et là, des villageois et des proches essaient de récupérer ce qui peut l'être. Un couple qui doit se marier raconte à un photographe de l'AFP rechercher leurs alliances alors que leur maison est entièrement détruite. 

De son côté, José Gomes est venu d'une commune voisine pour aider un bon copain blessé. Il était là tôt, attendant que les gendarmes libèrent les accès à la petite commune sinistrée, tout comme d'autres personnes apportant provisions ou souhaitant proposer leur aide.

Etat de choc

La maison de son ami "est complètement tombée, il était dedans, il est blessé à la tête, il a trois-quatre côtes cassées", raconte-t-il.  

Dans les rues, des habitants s'agacent aussi de voir des représentants d'entreprises démarcher pour s'occuper des futurs travaux.   

"Là, c'est l'état de choc", résume le maire, "il y a des gens qui ont tout perdu", souligne-t-il, évoquant "300 maisons qui sont impactées sur 476".

"Il y a des lotissements qui sont littéralement balayés, y a plus rien", explique-t-il encore. 

Le bas de la petite commune rurale, cernée par les champs et les vignes dans lesquels on devine des morceaux de toiture métallique, des restes de fauteuils de jardin ou encore des bouts de laine de verre isolante, est celui qui a été le plus touché.

Le petit château qui s'y trouve - un solide quadrilatère construit au XVIe siècle - y a par exemple perdu des éléments de toiture. 

Saluant la solidarité dont font preuve les uns et les autres, Hervé Giné, élu pour la première fois lors des dernières élections municipales, souhaite surtout retenir le "miracle" de l'absence de décès. 

"Je le dis à la population, c'est quand même le grand ouf de soulagement, parce qu'on aurait pu avoir 20-30 décès".