Que se passe-t-il en France avec Shein ?

Le gouvernement français a annoncé le 5 novembre vouloir suspendre Shein en raison de la commercialisation de "poupées sexuelles d'apparence enfantine" et a demandé à Bruxelles de "sévir" contre la plateforme asiatique. Retour sur les raisons de la colère de la France où Shein vient d'ouvrir son premier magasin physique au monde. 

Le chef du gouvernement Sébastien Lecornu veut que cette suspension en France reste en vigueur le temps que Shein "démontre aux pouvoirs publics que l'ensemble de ses contenus soient enfin en conformité avec nos lois et règlements", ont détaillé ses services. 

Au lendemain de cette annonce, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a indiqué vouloir "aller plus loin" en agissant sur le plan européen.

La Commission européenne "a diligenté certaines enquêtes" et "doit maintenant les assortir de sanctions" contre Shein qui est "de toute évidence en infraction avec les règles européennes", a exhorté le chef de la diplomatie française.

Bruxelles a classé en avril 2024 Shein comme une "très grande plateforme en ligne", lui permettant d'exercer un contrôle renforcé en vertu du règlement européen sur les services numérique (DSA). En février 2025, la Commission a ouvert une enquête contre la plateforme, la soupçonnant de ne pas lutter suffisamment contre la vente de produits illégaux.

L'UE a dit partager les inquiétudes de la France. "La vente de poupées à caractère pédopornographique est un motif extrêmement inquiétant. Nous ne voulons pas voir ces produits (proposés à la vente) pour nos concitoyens en Europe", a déclaré Thomas Régnier, porte-parole de la Commission sur le numérique.

Ouverture d'une enquête en France

Le scandale des poupées sexuelles vendues par Shein a éclaté le 1er novembre avec l'annonce d'un signalement à la justice par la direction générale de la Répression des fraudes française. La "description et (...) catégorisation (de ces poupées) sur le site permettent difficilement de douter du caractère pédopornographique des contenus", a souligné l'organisme.

Suite à ce signalement, le parquet de Paris a confié le 3 novembre une enquête à l'Office des mineurs (Ofmin) visant Shein et d'autres plateformes chinoises pour "diffusion de message violent, pornographique, ou contraire à la dignité accessible à un mineur".

Shein sera par ailleurs auditionnée sous quinze jours à l'Assemblée nationale par la mission d'information sur les contrôles des produits importés en France.

La plateforme a déjà écopé cette année en France de trois amendes pour un total de 191 millions d'euros, pour non-respect de la législation sur les cookies, fausses promotions, informations trompeuses et non-déclaration de microfibres plastiques.

Premier magasin au monde à Paris

L'ouverture de cette enquête est intervenue deux jours avant l'ouverture par Shein de son premier magasin physique au monde au sein du BHV, grand magasin historique de Paris.

Une installation fustigée depuis son annonce début octobre par le gouvernement français, la mairie de Paris, des associations et des acteurs du secteur textile français.

Le ministre français de la Ville, Vincent Jeanbrun, a notamment déploré "une erreur stratégique" et "un danger" tandis que celui de l'Industrie, Sébastien Martin, a dénoncé chez Shein "une stratégie (...) d'agressivité qui est aussi une politique d'attaque de nos valeurs".

Plusieurs marques françaises installées au BHV ont fui le grand magasin, dénonçant un partenariat en contradiction avec leurs valeurs et leurs intérêts.

Cinq autres magasins Shein doivent ouvrir prochainement dans le pays à Angers, Dijon, Grenoble, Limoges et Reims.

Fondée en 2012 en Chine et désormais basée à Singapour, Shein cristallise les tensions autour de la régulation du commerce en ligne et de la mode jetable ultra-éphémère. La plateforme est accusée d'avoir recours à des sous-traitants sous-payés, soumis à de mauvaises conditions de travail, et de manquer de transparence concernant sa chaîne d'approvisionnement et son modèle économique.

Lancée en France dès 2015, Shein y connaît une ascension fulgurante depuis quelques années. En 2024, la marque représentait 3% des dépenses d'habillement et de chaussures en valeur, une proportion énorme sur un marché très fragmenté. 

Selon le Financial Times, Shein a réalisé 38 milliards de dollars (24 milliards d'euros) de chiffre d'affaires dans le monde en 2024, soit un bond de 19% sur un an.