La France a enfin son budget 2026, après des mois de blocage

Après des mois d’âpres débats et de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 a été adopté définitivement le 2 février, sous l'œil des marchés financiers inquiets de l'ampleur des déficits.

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Il aura fallu quatre mois de discussions houleuses au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter d'un budget la France, pilier de l'Union européenne et deuxième économie de la zone euro.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche, menacer de convoquer de nouvelles législatives anticipées et renier sa promesse du mois d'octobre de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement.

Il a finalement dégainé trois 49.3 pour faire passer sans vote ce budget, resté un marqueur d'opposition ou de soutien au gouvernement.
 

Motions de censure rejetées

Les groupes parlementaires de gauche hors-PS et du bloc d'extrême droite (RN-UDR) avaient répondu par des motions de censure, finalement rejetées par l’Assemblée nationale, ce qui vaut adoption définitive du budget.

Décrit comme "socialiste" par une partie de la droite et l'extrême droite, "d'austérité" par la gauche radicale, ce budget reflète surtout le difficile compromis noué par le gouvernement avec le Parlement.

Le débat budgétaire était suivi à Bruxelles. Le Commissaire européen à l'Economie Valdis Dombrovskis avait indiqué le 15 octobre attendre de la France "des mesures pour respecter ses engagements" budgétaires après l'annonce de la suspension de la réforme des retraites dont les "implications budgétaires" sont "importantes".

Le coût de cette suspension est estimé à 100 millions d'euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027. 

"Nous savons que le gouvernement travaille pour s'assurer de respecter la trajectoire budgétaire" prévue pour 2026 "mais nous avons besoin de voir des propositions concrètes et de connaître l'ensemble des implications budgétaires", avait insisté le commissaire européen.
 

Désireux de tourner la page, Sébastien Lecornu a fustigé lors des débats une "grande déconnexion" entre ceux "qui refusent le désordre" et ceux qui veulent "bloquer" et "tout rejeter", ciblant le Rassemblement national (extrême droite) et la France insoumise (LFI, gauche radicale).

 "Ambiance politicienne"

"Il y a une ambiance politicienne" à l'Assemblée qui "sent bon la campagne" des élections municipales et présidentielle à venir, a-t-il déploré. Mais "la France a enfin un budget", s'est-il réjoui alors que pour la deuxième année consécutive, il a fallu attendre le mois de février pour que la loi de finances soit adoptée.

Selon lui, ce budget "contient la dépense publique" et "n'augmente pas les impôts pour les ménages et les entreprises".

Après cette séquence qui l'aura monopolisé pendant quatre mois, le Premier ministre, qui a assuré ne pas être candidat à la présidentielle, a expliqué vouloir se consacrer à des projets "réalistes", compte tenu d'un calendrier contraint et de l'absence de majorité.

Sont attendus notamment une actualisation de la loi de programmation militaire, un projet de loi "d'urgence" agricole et la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), ainsi que des textes sur la police municipale, la Nouvelle Calédonie (territoire français du Pacifique) ou encore la fin de vie.

Goût amer

Au sein de la coalition présidentielle, les choix budgétaires de M. Lecornu laissent un goût amer, alors que plusieurs de ses soutiens craignent que la promesse d'un déficit à 5% du PIB ne puisse pas être tenue.

La copie initiale du budget prévoyait de réduire le déficit public à 4,7% du PIB en 2026, contre 5,4% du PIB en 2025. Il s'établira finalement à 5,0%, en raison des concessions accordées notamment au Parti Socialiste.

Les dépenses publiques passeront de 56,8 à 56,7% du PIB, et le taux de prélèvement obligatoire de 43,6 à 43,9%, selon des prévisions actualisées du gouvernement.

La Bourse de Paris est "plus détendue après l'adoption du budget 2026, un signal de stabilité politique temporaire avant le rendez-vous des élections municipales", a relevé John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement à Cité Gestion Private Bank.