Feu vert de l'UE pour créer à l'étranger des centres où renvoyer les migrants
Les eurodéputés et les Etats européens ont trouvé un accord pour durcir la politique migratoire de l'UE, avec la possibilité de créer des centres à l'étranger où renvoyer les migrants illégaux.
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L'UE prévoit une batterie de mesures pour accélérer les expulsions de migrants et va permettre aux Etats qui le souhaitent d'installer des centres en dehors de l'Europe, pour y renvoyer des déboutés du droit d'asile.
Le compromis, trouvé dans la soirée du 1er juin, devra être voté une dernière fois par le Parlement européen et les Etats membres.
Certains pays européens comme le Danemark, l'Autriche ou l'Allemagne commencent déjà à imaginer où installer ces centres, par exemple au Rwanda, en Ouganda ou en Ouzbékistan.
Un projet italien de "hub de retour" a été contesté en justice
L'idée de créer ces "hubs de retour", sans lien avec le pays d'origine des migrants, n'est pas nouvelle.
Elle a été testée par l'Italie de Giorgia Meloni en Albanie, avant même l'examen de leur demande d'asile, contrairement à ce que prévoit la nouvelle loi européenne.
Mais le centre en Albanie est longtemps resté vide en raison d'une série de contestations judiciaires.
Et il faudra du temps aux Etats pour développer de tels projets, en accord avec les pays tiers qui les accueilleraient.
Paris et Madrid restent sceptiques
La France s'est montrée sceptique sur de tels centres et l'Espagne s'y est opposée, y voyant une menace pour le respect des droits humains.
Ces hubs seront des "arrangements pays par pays. On ne voit pas très bien comment ça marchera", met en garde une source diplomatique, qui considère que le coeur de la loi se trouve plutôt dans les "flexibilités" mises en place pour accélérer les expulsions.
Sanctions plus strictes pour ceux qui refusent de quitter l'Union
Le texte approuvé par le Parlement et les Etats membres prévoit en effet des sanctions plus strictes pour les migrants refusant de quitter le sol de l'UE, comme des saisies de documents d'identité ou une durée de détention prolongée jusqu'à 24 mois.
Le renvoi des migrants contre leur gré serait aussi accompagné d'une durée d'interdiction d'entrée dans l'UE allongée à 10 ans (contre 5 ans actuellement), voire 20 ans.
Aujourd'hui, environ 20% des décisions d'expulsion aboutissent réellement, une statistique très critiquée par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.
Avec ces nouvelles règles, l'UE disposera d'un "meilleur contrôle pour garantir que les retours soient effectués. C'est ce qu'attendent les citoyens – et c'est ce que nous leur offrons", a ainsi affirmé le commissaire européen en charge de l'immigration Magnus Brunner.
Durant les négociations à Bruxelles, le principal bras de fer concernait la date d'application des différentes mesures.
Les Etats auront la possibilité d'initier directement des centres de retour, mais d'autres mesures n'entreront en vigueur qu'un an après la publication de la loi, pour des raisons juridiques notamment.
La droite s'en félicite, la gauche et les ONG protestent
Le texte marque quoi qu'il en soit un net durcissement de la politique migratoire de l'Union européenne, seulement deux ans après l'adoption du Pacte asile et migration, qui entre tout juste en vigueur actuellement.
Ce pacte prévoit un "filtrage" renforcé aux frontières et un mécanisme de solidarité entre les Etats membres dans l'accueil des migrants.
Le nouveau texte vient le compléter et traduit la poussée de la droite et de l'extrême droite au Parlement européen.
L'eurodéputé de droite François-Xavier Bellamy, qui a milité pour le durcissement des règles, estime que le texte "va révolutionner la politique européenne face à l'immigration illégale".
La gauche et les ONG sont à l'inverse vent debout contre ces mesures, qu'elles jugent contraires au droit international.
Ce texte est le "fruit d'un accord honteux conclu entre les Etats membres et une majorité" de droite et d'extrême droite, accuse l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara, qui y voit un "recul historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées".
Le même jour, le gouvernement conservateur suédois a annoncé qu'il allait modifier les dispositions de la loi sur l'immigration qui ont conduit à l'expulsion d'adolescents.
Soutenu par un parti d'extrême droite et pourtant partisan d'un durcissement de la politique migratoire, il a reconnu que le système était défaillant et a présenté un aménagement du dispositif en relevant de 18 à 21 ans l'âge à partir duquel les enfants de migrants seront éventuellement expulsables.
Ces "expulsions d'adolescents" ont fait les gros titres en Suède ces derniers mois. Il s'agit de cas de jeunes gens arrivés mineurs en Suède avec leurs parents, qui ne remplissent plus les critères de résidence à leur majorité et reçoivent ainsi l'ordre de quitter le pays, bien que beaucoup d'entre eux travaillent ou étudient.
Coût humain
Sur le terrain, le coût humain de la crise migratoire reste lourd. Ainsi, selon un rapport de Frontex, l'agence européenne des frontières, publié à la mi-avril, "près de 1.000 personnes ont déjà perdu la vie en Méditerranée depuis le début de l'année" 2026, beaucoup de ces tragédies s'étant produites "dans de mauvaises conditions météorologiques". Quant aux migrants tentant de gagner la Grande-Bretagne en traversant la Manche, six personnes sont mortes en mer depuis le début de l'année, selon un décompte de l'AFP basé sur des sources officielles françaises et britanniques.