Quelle stratégie économique pluriannuelle pour l'UE face à la Chine ?
La France et l'Union européenne doivent se doter d'une "capacité de programmation stratégique pluriannuelle" pour affronter la concurrence de la Chine, engagée dans une "conquête industrielle mondiale" avec son nouveau plan quinquennal, plaide le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, un important centre d'analyse, de planification et de réflexion prospective de l'Etat français.
spinner.loading
spinner.loading
Quels sont les objectifs du plan chinois ?
"Face à une Chine capable d'inscrire son action dans le temps long, la France et l'Union européenne doivent retrouver une capacité de programmation stratégique pluriannuelle et de hiérarchisation claire de leurs priorités", souligne le Haut-commissariat dans une note cosignée par le Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).
La Chine a dévoilé en mars son quinzième plan quinquennal, qui fixe les grandes orientations nationales à l'horizon 2030.
Qualifié par le HCSP et le CEPII de "véritable feuille de route de conquête industrielle mondiale", ce document met l'accent sur la relance de la consommation, le développement technologique dans des secteurs comme l'intelligence artificielle (IA), les industries de pointe, ainsi que sur la sécurité énergétique et des ressources pour renforcer son autonomie stratégique, notamment face aux Etats-Unis et à l'Europe.
Le plan ambitionne aussi de doubler le produit intérieur brut par habitant d'ici 2035 par rapport à 2020, réduire le taux de chômage sous la barre des 5,5% et accélérer la transition écologique.
"En fixant un cadre sur cinq ans, articulé à des objectifs plus lointains, le pouvoir chinois réduit l’incertitude, facilite l'investissement productif et permet l'accumulation cohérente d’efforts publics et privés", décrypte la note.
Et les risques pour l'Union européenne ?
Malgré des "fragilités réelles" chinoises comme une consommation intérieure faible, une crise immobilière ou un endettement en forte hausse, l'UE risque de faire les frais de cette stratégie: "sans rééquilibrage plus net en faveur de la demande domestique, le renforcement de l'offre productive (en Chine, NDLR) continuera d’alimenter les excédents extérieurs chinois".
Outre l'importation de davantage de produits chinois, l'Europe pourrait aussi "perdre des parts de marché sur son propre territoire, être évincée sur les marchés tiers et voir plusieurs secteurs d’avenir structurés autour de standards fixés ailleurs. Au final, c’est le cœur de l'industrie européenne qui se trouve directement menacé", prévient la note.
Comment rééquilibrer la relation avec la Chine ?
Le Haut-commissariat préconise à la France et à l'UE de "renouer avec une véritable logique de plans quinquennaux: un ensemble de priorités claires, des moyens identifiés, un calendrier stable, une évaluation régulière". A débattre par exemple au début de chaque mandat présidentiel en France, où un nouveau président succédera à Emmanuel Macron en 2027.
Le 22 mai, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, avait appelé l'UE à rééquilibrer sa relation avec la Chine pour réduire son déficit commercial astronomique de plus de 360 milliards d'euros et diversifier ses approvisionnements.
Doit-on se méfier des géants chinois ?
En attendant, dans les relations commerciales au jour le jour, l'UE reste vigilante face aux grands groupes chinois. Ainsi, Bruxelles a-t-elle infligé le 28 mai une amende de 200 millions d'euros au géant du commerce en ligne Temu, pour avoir permis la vente aux consommateurs européens de produits illégaux, dont des jouets pour bébés dangereux ou des chargeurs défectueux.
"L'entreprise a échoué à identifier, analyser et évaluer avec diligence les risques systémiques liés à la vente de produits illégaux sur sa plateforme, tout comme les préjudices en résultant pour les consommateurs dans l'Union européenne", a conclu la Commission européenne, au terme d'une enquête ouverte en octobre 2024.
Pour prouver cette infraction, Bruxelles s'est notamment appuyée sur des achats réalisés par ses propres équipes, en se faisant passer pour des clients lambdas.
Temu a déclaré contester sa décision et estimé que l'amende était "disproportionnée".
Le même jour, l'UE a annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie sur le rachat par le géant chinois JD.com du distributeur allemand Ceconomy, maison mère des enseignes MediaMarkt et Saturn, et deuxième actionnaire du groupe français Fnac Darty.
JD.com, numéro trois du commerce en ligne en Chine derrière Alibaba et Temu, avait annoncé en juillet dernier son projet d'acquisition de Ceconomy, qui est l'un des plus grands distributeurs européens de produits électroniques, pour environ 2,2 milliards d'euros.
La Commission a justifié cette procédure par des soupçons "que JD.com ait pu bénéficier de subventions étrangères, susceptibles de fausser la concurrence sur le marché européen", selon un communiqué. Contacté par l'AFP, JD.com a assuré que ces craintes étaient infondées et qu'il collaborerait à l'enquête dans un esprit "constructif".