En Hongrie, une élection aux enjeux internationaux

Le résultat des élections législatives en Hongrie aura des conséquences bien au-delà des frontières de ce pays d'Europe centrale de 9,5 millions d'habitants, où le Premier ministre Viktor Orban a bâti ces 16 dernières années sa "démocratie illibérale".

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Depuis son retour à la tête du gouvernement en 2010, cet homme politique de 62 ans multiplie les passes d'armes avec la Commission européenne, qui lui reproche de ne plus respecter les traités signés par la Hongrie au moment de son adhésion en 2004.

Une dérive sapant les contre-pouvoirs et les libertés individuelles, qui a pris une nouvelle dimension depuis que Budapest bloque la politique commune pour aider l'Ukraine à la suite de son invasion par la Russie en 2022.

Qui sont les amis de la Hongrie de Viktor Orban?

La Hongrie cultive de bonnes relations avec des puissances qui veulent fragiliser le bloc, comme les Etats-Unis de Donald Trump, la Chine et la Russie, à laquelle elle continue d'acheter des hydrocarbures. 

Un cinquième mandat de Viktor Orban signifierait donc qu'elle continuerait de limiter "la capacité de l'UE à parler d'une seule voix", selon Zsuzsanna Vegh, chargée de programme au German Marshall Fund. 

Viktor Orban se sentirait même "enhardi", parce qu'il "bénéficie du soutien du président américain". 

Zoltan Kiszelly, du groupe de réflexion progouvernemental Szazadveg, n'est pas forcément de cet avis et pense qu'un compromis sera possible car l'UE a besoin du ralliement hongrois pour ses décisions à l'unanimité tandis que la Hongrie a besoin de débloquer les fonds européens pour remettre son économie sur les rails.

Quelque 19 milliards d'euros sont en effet gelés en raison de violations de l'Etat de droit et de la corruption. 

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Le chef de l'opposition hongroise, Peter Magyar, brandit le drapeau national lors d'une marche à Budapest, le 15 mars 2026. Ferenc Isza / AFP

 

Peut-on s'attendre à un tournant pro-européen, si l'opposition l'emporte?

En cas d'alternance, aucun de ces deux analystes ne s'attend à un tournant "inconditionnellement" pro‑européen et pro-ukrainien de la part de Peter Magyar, le chef du parti Tisza, qui fait actuellement la course en tête dans les sondages.

"Il mènerait une politique souverainiste même si elle serait constructive, à l'égard de l'UE, en continuant à s'opposer à l'immigration et au Pacte sur la migration", estime Mme Vegh. 

Cependant, le "veto hongrois disparaîtrait" et son opposition à Bruxelles ne serait plus aussi "spectaculaire", dit M. Kiszelly, jugeant que sa ligne ressemblerait plus à celle de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni ou du Premier ministre slovaque Robert Fico. 

Quelles seraient les conséquences à l'international?

Une défaite de Viktor Orban pourrait aussi affecter "le mouvement souverainiste‑nationaliste d'extrême droite, au niveau mondial", selon Andras Biro‑Nagy, le directeur du groupe de réflexion Policy Solutions.

De nombreux dirigeants le considèrent comme "une source d'inspiration" et "ce sont ses seize années au pouvoir qui, en définitive, lui confèrent sa crédibilité", rappelle-t-il.

Le locataire de la Maison Blanche "perdrait son plus grand avocat au sein de l'UE et personne ne serait présent à la table pour offrir le même type d'alternative, du moins pendant un certain temps", pense aussi M. Kiszelly. 

Et si Orban reste au pouvoir?

Sur le plan intérieur, une victoire de Viktor Orban maintiendrait la Hongrie sur une voie antidémocratique. 

"Il a clairement renoncé à mettre en œuvre les réformes nécessaires pour obtenir les fonds européens" et méprise "ouvertement les décisions de la Cour de justice de l'UE", constate Mme Vegh. 

S'il l'emporte, "on peut s'attendre à une radicalisation accrue et à une intensification des actions agressives contre les opposants politiques", prédit M. Biro‑Nagy, qui rappelle qu'il a menacé en février de continuer de sévir contre "les fausses organisations de la société civile, les journalistes vendus, les juges et les politiciens". 

Peter Magyar s’est, quant à lui, engagé à mettre en œuvre les réformes exigées de la Hongrie pour accéder aux fonds mais la possibilité d'un vrai changement dépend de l'ampleur de sa victoire, souligne M. Biro‑Nagy. 

"Si Tisza obtient la majorité des deux tiers, alors il pourra tenter de démanteler le système Orban", dit-il, car une majorité simple ne permet pas de faire passer de textes importants au Parlement depuis une réforme de 2011.

Une victoire serrée permettra un changement de gouvernement, pas le "changement de système" promis par Peter Magyar, selon l'expert.

Par Andras Rostovanyi