Elections aux Pays-Bas: et maintenant, que va-t-il se passer?

Le peuple s'est exprimé, le dépouillement des élections législatives anticipées est en cours: que va-t-il se passer maintenant aux Pays-Bas, après des mois de chaos politique sous la houlette du leader d'extrême droite Geert Wilders?

En bref: des mois et des mois de négociations. Les chefs de parti vont tenter de former une coalition avec un programme acceptable pour tous. Voici ce qu'il faut savoir.

Comment se déroulent les négociations?

Le chiffre magique est 76. C'est le nombre de sièges nécessaires à une coalition pour avoir une majorité au Parlement, qui en compte 150.

Dès la proclamation des résultats définitifs, les calculs seront faits pour déterminer quelle combinaison des nombreux partis en lice permettra d'atteindre ce nombre.

La nouvelle Chambre des représentants se réunit pour entamer la formation du gouvernement – un processus "complexe et passionnant", comme le décrit le site web du Parlement.

Dans un premier temps, les partis politiques désignent un "éclaireur" pour lancer les premières discussions. Cette personne se renseigne afin de déterminer quels partis sont disposés à collaborer ensemble.

Ensuite, le Parlement nomme un "informateur" chargé d'évaluer les contours possibles d'un accord de coalition. Jusqu'à 2012, cette personne était nommée par le roi.

Lorsqu'un groupe de partis qui peuvent travailler ensemble se dessine, un "formateur", presque toujours le leader du parti arrivé en tête, entre en scène.

Cette personne entame alors son travail: constituer un gouvernement.

Si tous les partis sont d'accord, ils signent un accord de coalition et le nouveau gouvernement présente son programme au Parlement, suivi d'un vote de confiance.

Combien de temps cela prend-il?

Une éternité. Les partis rivalisent pour faire figurer un maximum de points de leur programme dans l'accord de coalition, et ce, avant même la course aux postes ministériels.

Le dernier gouvernement du Premier ministre démissionnaire Dick Schoof a mis 223 jours à se former.

Tous les partis ont cependant déclaré vouloir que le processus soit bouclé au plus vite cette fois.

"On imagine aisément que parvenir à un compromis entre quatre partis aux idéologies différentes sera extrêmement difficile", observe Sarah de Lange, professeure de sciences politiques à l'université de Leyde.

"Il est donc fort probable que la formation d'une coalition prenne beaucoup de temps, entre six mois et un an, par exemple", ajoute-t-elle, interrogée par l'AFP.

Quelles sont les possibilités?

D'après la dernière projection de l'agence de presse ANP, publiée au petit matin jeudi et prenant en compte le dépouillement de près de 95% des voix, le parti d'extrême droite PVV et le centriste D66 étaient donnés au coude à coude, à 26 sièges chacun sur 150 au Parlement.

Derrière eux, selon cette projection, le parti libéral de centre-droit VVD devrait remporter 22 sièges et l'alliance de gauche Verts/Travaillistes 20 sièges.

Le parti D66 pourrait chercher à former une coalition quadripartite avec le VVD, l'alliance Verts/Travaillistes et le CDA de centre-droit en vue de former un gouvernement. D'autres partis plus petits pourraient également jouer un rôle crucial. 

Qui sera aux commandes ensuite?

Jusqu'à l'investiture officielle d'un nouveau gouvernement, le Premier ministre et ses ministres démissionnaires gèrent les affaires courantes.

M. Wilders a provoqué des élections législatives anticipées en se retirant de la coalition après une polémique sur l'immigration.

Généralement, la transition se déroule sans encombre. Le pays en a l'habitude, car jamais dans l'histoire des Pays-Bas un parti n'a obtenu plus de 50% des voix.

"Le gouvernement démissionnaire dispose de pouvoirs assez étendus pour gouverner les Pays-Bas, notamment celui de voter un budget et de modifier la législation", explique Mme De Lange.

"Les Pays-Bas ne sont donc pas totalement paralysés jusqu'à la formation d'une nouvelle coalition après ces élections", note-t-elle.

Les coalitions sont-elles stables?

Le problème de ce système réside dans le fait qu'avec des majorités aussi faibles au Parlement, une coalition est toujours à la merci du retrait du soutien d'un parti, même petit.

De plus, les coalitions doivent intégrer un large éventail de points de vue, provenant de partis souvent politiquement assez éloignés et qui se sont attaqués mutuellement pendant la campagne.