En France, des agriculteurs retirent les produits contenant de l'acétamipride des supermarchés

Dans un hypermarché proche de Strasbourg, dans l'est de la France, des agriculteurs du syndicat FNSEA n'en démordent pas : si la loi Duplomb n'a pas permis de réautoriser l'acétamipride, alors les produits importés contenant cet insecticide doivent être retirés des rayons.

Joignant le geste à la parole, ils sont une trentaine de producteurs à s'être donné rendez-vous dans un magasin à Mundolsheim, au nord de la capitale alsacienne, drapeaux du syndicat bien en vue, pour trier eux-même les produits qui ne sont pas soumis à la règlementation française.

L'acétamipride, toxique pour la biodiversité et potentiellement pour la santé humaine, est réclamé par les producteurs de betteraves ou de noisettes, qui estiment n'avoir aucune alternative contre les ravageurs et subir une concurrence déloyale des producteurs étrangers.

"Il faut une cohérence totale", réclame Laurent Fischer, éleveur de poules pondeuses et céréalier, secrétaire général de la FDSEA 67, l'antenne locale du puissant syndicat agricole FNSEA.

"Nous, on se retrouve dans une impasse par rapport à nos concurrents européens. Si des produits doivent être interdits, il faut les interdire pour tout le monde".

En France, le Conseil constitutionnel a retoqué le 7 août l'article 2 de la Loi Duplomb, qui prévoyait la réintroduction sous conditions de cet insecticide. L'acétamipride est interdit en France, mais autorisé ailleurs en Europe jusqu'en 2033. Ses effets sur l'humain sont source de préoccupations, même si les risques restent incertains, faute d'études d'ampleur.

"Précaution à outrance" 

Leurs imposants tracteurs garés sur le parking, les agriculteurs poussent chariots et porte-palettes à la recherche des articles pour lesquelles la molécule a pu être utilisée lors de la culture.

Et les références s'entassent au milieu du magasin : Nutella et la quasi-totalité des pâtes à tartiner, mais aussi des biscuits Lu ou Delacre, des friandises M&M's, Kinder ou Maltesers ou encore des tablettes de chocolat Nestlé ou Côte d'or.

"Aujourd'hui, on parle de l'acétamipride (et des) noisettes et betteraves, mais il y a une douzaine de filières concernées, tous les fruits et légumes", assure Thomas Lux, président des Jeunes agriculteurs du Bas-Rhin.

"On interdit une molécule qui est utilisée par tout le monde, considérée comme peu dangereuse quand elle est maîtrisée", explique-t-il. "Et nous, justement, on maîtrise cette solution, on respecte les doses, les délais (...) Aujourd'hui c'est l'acétamipride, mais demain qu'est-ce que ce sera?".

Producteur certifié "Haute valeur environnementale", Thomas Blum estime qu'il a perdu plus de 12% de ses rendements de betteraves depuis l'interdiction des néonicotinoïdes.

"J'étais à 80, je suis passé à 70 tonnes à l'hectare. Si vous on vous enlève 10% de votre salaire demain, vous allez dire quoi?", interroge-t-il. "Bien sûr, on essaie de s'en sortir autrement, mais on nous retire des choses et on ne nous offre pas de solution de remplacement derrière. J'ai des collègues qui ont arrêté la betterave".

L'action des agriculteurs, menée dans le calme et sous la surveillance des forces de l'ordre, est regardée avec bienveillance par les clients de l'hypermarché.

"Je les soutiens, ils ont totalement raison", juge Yves, 63 ans, retraité des industries gazières.

"On les matraque avec des règles qui sont imposées uniquement en France, et pas en Europe. Ils subissent trop de contraintes", estime celui qui "essaie" de n'acheter "que des produits français".

Par Antoine Pollez