“Dans ma rue, il y a déjà trois femmes qui ont des cancers du sein” : face aux polluants éternels, des riverains saisissent la justice

Plus de 250 habitants du sud de Lyon ont décidé de poursuivre en justice deux industriels français suspectés d’être à l’origine de la plus importante zone de pollution aux PFAS identifiée à ce jour en France. Certains pensent avoir développé de graves problèmes de santé après une exposition prolongée à ces polluants éternels.

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Ariane, 65 ans, lutte contre son cancer du sein depuis un an, et contre les PFAS depuis encore plus longtemps. En 2022, elle découvre grâce à l’émission “Vert de rage” que les industries chimiques à 700 mètres de chez elle, à Oullins Pierre-Bénite au sud de Lyon, sont responsables d’une forte contamination aux polluants éternels. Ces molécules, également appelées PFAS, sont très résistantes et peuvent être dangereuses pour la santé si elles sont présentes à haute dose dans le corps.

Pour Ariane, le choc est immédiat. Elle habite à côté de ces usines depuis plus de 35 ans. La retraitée pense à son potager, qui nourrissait allègrement son mari et ses enfants. Blettes, tomates, pommes de terres… Autant d’aliments contaminés qui ont été ingérés par toute la famille pendant des années : “Ca nous a vraiment heurté le fait de se dire qu’on cultive bio, sans engrais et pesticides, pour donner des légumes sains à nos enfants… Et en fait, ils n'étaient pas sains du tout, ils étaient pleins de PFAS”.

Début 2025, Ariane entend parler par les écologistes d’Oullins d’une action en justice intentée contre les industriels Arkema et Daikin pour qu’ils cessent de polluer. Elle rejoint l’action, et commence à tracter, sensibiliser autour d’elle sur la question des PFAS.

Un des plus grands procès civils d’Europe contre les PFAS

En avril 2025, la nouvelle tombe. Lors d’une mammographie de contrôle, Ariane apprend qu’elle a développé un cancer du sein: ”ça a fait tilt, je ne pensais pas du tout avoir un cancer de sein un jour, parce qu'il n'y en a jamais eu dans ma famille [...] Je me suis dit qu’il y avait peut-être bien un lien avec ce qu'on a respiré, ce qu'on a mangé[...] C'est un cancer hormonodépendant et les PFAS, ce sont des perturbateurs endocriniens”.

Comme Ariane, beaucoup de personnes qui ont vécu dans la “Vallée de la Chimie” ont développé des problèmes de santé qu’ils jugent anormaux. “Dans ma rue, il y a déjà trois femmes qui ont des cancers du sein. Il y a moi, et puis il y a mes deux voisines [...] Je trouve que ça fait beaucoup pour une petite rue”, déplore la retraitée.

En dehors de quelques études américaines, la littérature scientifique portant sur le lien entre une exposition aux PFAS et le développement de problèmes de santé est très mince. Cependant, plusieurs études pointent bien une corrélation entre l’apparition d’un cancer du sein et le fait d’avoir un taux élevé de PFAS dans le sang, ce qui est le cas d’Ariane. 

Début 2026, les associations Notre Affaire à Tous et PFAS contre Terre annoncent assigner en justice Arkema et Daikin avec 192 habitants de la vallée de chimie, afin de demander des réparations aux industriels et marquer une étape dans la lutte contre les PFAS. Depuis, la mobilisation a attiré encore plus de monde. A ce jour, selon des chiffres de Notre Affaire à Tous, plus de 250 citoyens ont rejoint l’action en justice contre les industriels, à qui ils demandent plus de 45 millions d’euros de réparations.

Contacté, Arkema n’a pas souhaité faire de commentaire sur l’affaire en cours. De son côté, Gaël Marseille, président de Daikin Chemical France, affirme mettre “tout en œuvre depuis plusieurs années pour produire de manière responsable et maîtriser son impact sur l’environnement, à travers des actions concrètes et continues”.

Les PFAS, un problème européen

Le problème des PFAS ne s’arrête pas aux frontières de la “Vallée de la chimie”. En Europe, 23 000 sites contaminés aux PFAS ont été recensés par l’enquête collaborative internationale « Forever Pollution Project », sortie en 2023. Selon une étude commandée par la Commission européenne et parue en janvier 2026, les PFAS pourraient fortement contaminer plus de 75 millions d’Européens et coûter jusqu’à 1 700 milliards d’euros à l’Union européenne. Mais face à ce danger, est-ce que l’Europe fait assez ?

Pour réduire la présence des PFAS dans notre quotidien, l’Europe a par exemple mis en place des réglementations dans les secteurs des jouets ou des emballages alimentaires.

Au delà de ça, en janvier 2023, un consortium de cinq pays (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suède et Norvège) a déposé un projet de restriction universel des PFAS auprès de l'Agence européenne des produits chimiques.

Les ONG et les associations déplorent cependant que ce projet soit souvent retardé, remis en question, et qu’il ne prenne pas en compte tous les secteurs industriels.

Bruno Esteban Garay