Coup de froid entre Pologne et Ukraine, puis efforts d’apaisement
Les relations entre la Pologne et l’Ukraine ont connu de sérieuses tensions, liées à l’histoire des deux pays voisins
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Le président Karol Nawrocki a retiré une prestigieuse distinction polonaise à son homologue Volodymyr Zelensky et ce dernier était absent lors d’une conférence sur la reconstruction de son pays, fin juin à Gdansk. Mais les responsables ukrainiens et polonais ont mis à profit cette réunion pour jouer l’apaisement, alors que la Pologne est l'un des principaux soutiens de Kiev face à la Russie et son territoire une voie indispensable pour acheminer l'aide occidentale.
Qu’est-ce qui a déclenché la crise ?
Les relations entre Varsovie et Kiev se sont refroidies fin mai, lorsque le chef de l'Etat ukrainien a décidé de baptiser une unité militaire du nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), une organisation nationaliste fondée en 1942 et tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100.000 Polonais.
En réaction, le président nationaliste polonais, Karol Nawrocki, qui cohabite avec le gouvernement libéral de Donald Tusk, a annoncé retirer à M. Zelensky la plus haute distinction du pays, l'Ordre de l'Aigle blanc.
Kiev a insisté sur le fait que le choix du nom de son unité militaire n'était pas dirigé contre la Pologne.
L'UPA était une organisation paramilitaire liée à un mouvement d'indépendance ukrainien qui a combattu l'Armée rouge, mais aussi la résistance polonaise.
Elle a tué des civils polonais, juifs et autres, collaborant parfois avec les nazis.
En Ukraine cependant, et surtout depuis le début de l'invasion russe en 2022, l'UPA est honorée comme une force ayant lutté pour l'indépendance du pays.
La Pologne a reconnu les massacres de civils perpétrés par l'UPA comme un génocide en 2016, alors que le Parlement était contrôlé par le parti conservateur Droit et Justice (PiS).
Quelle a été la réaction de l’Ukraine ?
Le président Zelensky a immédiatement renvoyé la décoration en Pologne. "Nous pensions que l'Ordre de l'Aigle blanc, décerné en 2023, était destiné au peuple ukrainien et à notre armée. C'est ce qui avait été déclaré à l'époque", a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.
Toutefois, il a assuré que "l'Ukraine restera[it] ouverte à tous les formats d'engagement significatifs avec la Pologne, afin de tenter d'éviter des interprétations contradictoires des chapitres difficiles et douloureux de notre passé commun".
Il ne s’est pas rendu à la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, organisée cette année en Pologne. La délégation de Kiev a été dirigée par la Première ministre Ioulia Svyrydenko.
Plusieurs responsables ukrainiens ont annoncé qu'ils rendraient leurs distinctions polonaises en signe de protestation.
Le ministre des Affaires étrangères, Andriï Sybiga et le chef de l'administration présidentielle ukrainienne et ancien chef du renseignement, Kyrylo Boudanov, ont dit qu'ils restitueraient leurs décorations de l'Ordre du mérite de la République de Pologne.
"Nous regrettons que les émotions aient pris le dessus à Varsovie et poussé les responsables politiques polonais à prendre des mesures injustifiées, impulsives et méprisantes", a écrit M. Sybiga sur Facebook, évoquant une "escalade inutile" entre les deux pays.
Et la réaction de Bruxelles ?
L'Union européenne a souligné que les vives tensions entre l'Ukraine et la Pologne autour de la mémoire de la Deuxième guerre mondiale risquaient de faire le jeu de la Russie.
Ce type de situation ne fait "qu'un heureux", c'est "l'agresseur de l'Ukraine, nous ne devrions donc pas lui faciliter la tâche", a insisté Paula Pinho, porte-parole de la Commission européenne.
"Nous avons confiance dans les discussions en cours entre la Pologne et l'Ukraine et nous sommes convaincu qu'une solution sera trouvée", a-t-elle ajouté.
Comment Polonais et Ukrainiens – et l’UE - ont-ils cherché à arrondir les angles ?
Les responsables politiques des deux parties ont joué l'apaisement, à la 5e conférence sur la reconstruction de l'Ukraine, malgré l'absence du président Volodymyr Zelensky.
En ouverture de cette réunion le 25 juin, le Premier ministre polonais Donald Tusk a lancé : "Nous ne pouvons bâtir l'avenir que sur la vérité, le respect mutuel et la compréhension de l'Histoire".
Et son homologue ukrainienne Ioulia Svyrydenko, envoyée à cette conférence pour remplacer le président qui y était pourtant annoncé avant les récentes frictions diplomatiques, de saluer la volonté des Polonais de "bâtir un avenir commun".
Les deux dirigeants, souriants, ont tenu à afficher leur proximité : "Vous êtes ici chez vous", a déclaré M. Tusk à Mme Svyrydenko.
Mais, dans des commentaires qui pourraient faire réagir Kiev, le chef du gouvernement polonais a également déclaré que l'Ukraine devait "comprendre sa propre histoire" et faire preuve d'une "capacité et d'une volonté authentique de réconciliation" si elle souhaitait rejoindre l'UE.
Assis côte à côte au centre de conférence Amberexpo de Gdansk, dévastée pendant la Deuxième Guerre mondiale, M. Tusk et Mme Svyrydenko ont discuté cordialement sous le regard de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Cette dernière a annoncé à la tribune qu'un premier versement de 3,2 milliards d'euros, dans le cadre du prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, avait été effectué.
De leur côté, les entreprises polonaises présentes à la conférence jeudi espèrent que les querelles politiques n'affecteront pas les affaires.
"Du point de vue des entreprises, nous ne voyons aucun problème", a assuré à l'AFP Michał Rzepnikowski, de la société Endolink SA, qui fournit des prothèses polonaises en Ukraine. "Les deux parties arrivent à la conclusion que ce n'est pas une priorité en temps de guerre", a-t-il martelé.
par Michel Viatteau