Cosmétiques et produits toxiques : est-ce que l’Europe nous protège vraiment ?

Sur Instagram, une vidéo virale a mis en lumière les écarts significatifs dans la réglementation des ingrédients interdits dans les cosmétiques entre les États-Unis, le Japon et l'Union européenne. Seulement 11 substances sont interdites aux États-Unis, contre 1 751 en Europe. Mais alors, est-ce que cela signifie que l’Europe nous protège bel et bien ?

 

Vous avez peut-être vu passer cette vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux ? Elle compare le nombre d’ingrédients interdits dans les cosmétiques dans trois zones géographiques du monde : les États-Unis, le Japon et l’Union européenne. On y voit une main déposer quelques grains de riz au-dessus du drapeau américain, un peu plus au-dessus de la bannière japonaise, et deux grosses poignées au-dessus de celle de l’UE, chaque grain de riz représentant un ingrédient interdit. Cette vidéo a été publiée par une marque américaine de produits capillaires dans l’objectif d’alerter sur le nombre trop faible de substances interdites dans les cosmétiques aux États-Unis.

En ce qui concerne les États-Unis, le site de la FDA, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, liste effectivement 11 ingrédients interdits dans les cosmétiques. Pour le Japon, le site du ministère de la Santé japonais liste bien 30 substances totalement interdites dans les cosmétiques, et d’autres substances sont autorisées seulement si elles respectent certaines conditions. Enfin, dans l’Union européenne, ce sont 1 751 ingrédients qui sont interdits dans les cosmétiques, selon la Commission.

Une réglementation européenne plus stricte

Mais pourquoi un tel écart ? Est-ce que cela signifie que l’Europe nous protège vraiment ? De nombreuses mesures vont effectivement dans ce sens. Déjà, l’Europe applique le principe de précaution. Cela veut dire que les entreprises doivent prouver qu’un produit chimique est sans danger pour la santé avant de pouvoir le commercialiser. Aux États-Unis, c’est l’inverse : un produit chimique n’est interdit que lorsqu’il a été prouvé qu’il était dangereux.

Il faut aussi savoir que l’Europe ajoute régulièrement de nouvelles substances à sa longue liste d’ingrédients interdits. Le 1er septembre dernier, par exemple, 21 nouvelles substances ont été interdites dans l’UE. Parmi elles, le TPO. Il s’agit d’une substance utilisée notamment dans les vernis à ongles. Elle permet à du vernis semi-permanent de sécher rapidement lorsqu’il est placé sous une lampe UV ou LED. 

Mais selon des études scientifiques, cette substance est susceptible d’affecter la fertilité. L’UE a donc décidé d’interdire tous les produits contenant du TPO. Certains professionnels ont dénoncé une mise en application trop rapide de cette mesure, et donc des pertes financières pour les ongleries. Mais d’autres ont salué cette mesure. “Il est important, dans les produits cosmétiques et surtout dans l’onglerie qui possède beaucoup de produits chimiques, d’évoluer dans le bon sens. Il faut avant tout protéger notre santé”, explique à ChatEurope Mélanie, prothésiste ongulaire à Rungis.

Une réglementation pas toujours respectée

Mais bien que l’UE ait mis en place de nombreuses mesures qui protègent les consommateurs, on peut quand même se demander si cela est suffisant. En 2023-2024, l’Echa (Agence européenne des produits chimiques) a mené une enquête dans 13 pays d’Europe. Elle a inspecté la liste des ingrédients de près de 4 500 produits cosmétiques. Résultat : sur les 4 500 cosmétiques examinés, 285, soit 6 %, contenaient des substances pourtant interdites. Elles ont été retrouvées dans des produits comme des eye-liners ou des après-shampoings.

L’UE doit donc encore veiller à ce que ses nombreuses interdictions soient effectivement respectées. En attendant, dans son rapport d’enquête, l’Echa recommande aux consommateurs de vérifier attentivement la liste des ingrédients sur l’étiquette avant d’utiliser un produit. Et de faire notamment attention au ‘perfluorononyl dimethicone’ et au ‘cyclopentasiloxane (D5)’, car ce sont les substances interdites qui sont apparues le plus souvent dans les produits inspectés durant leur enquête.

Pour en savoir plus, regardez la vidéo en début d'article !

Justine Hagard