Chine et UE sur le chemin d'une guerre commerciale?

Voitures électriques, batteries, panneaux photovoltaïques, articles des plateformes en ligne Temu ou AliExpress: le déficit commercial de l'UE avec la Chine grandit, poussant Bruxelles à vouloir s'armer d'outils de protection, au risque d'une guerre commerciale.

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Réunis à Bruxelles pour un sommet le 18 juin, les dirigeants européens ont souligné la nécessité de muscler l'arsenal européen face à la déferlante chinoise, qui menace d'emporter des industries entières et des millions d'emplois chez eux.

Ils ont pour cela chargé la Commission de poursuivre "un dialogue constructif avec nos principaux partenaires économiques", a déclaré un responsable de l'UE, sans mentionner directement la Chine. Selon lui, les dirigeants de l'UE ont également demandé à l'exécutif européen "de compléter l'arsenal en matière de défense commerciale", et de veiller à ce que l'UE dispose "de tous les instruments nécessaires pour défendre ses intérêts et réduire les risques".

Pékin préconise pour sa part le dialogue, mais se dit prêt à riposter.

A combien s'élève le déficit commercial de l'Union ?

Il est devenu "insoutenable", a affirmé en mai la Commission européenne.

Pour le seul mois d'avril 2026, le déficit (pour les marchandises uniquement) était de 31,9 milliards d'euros, selon Eurostat, le service de statistiques de l'UE. C'est plus d'un milliard d'euros par jour en moyenne.

"Notre relation commerciale avec la Chine a atteint un point qui nécessite une réinitialisation. Pas une confrontation, mais un rééquilibrage", a déclaré le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic.

L'ambassadeur chinois auprès de l'UE Cai Run a écrit fin mai que son pays était "tout à fait conscient des fortes préoccupations" européennes, n'avait "jamais recherché délibérément un excédent commercial" et était "prêt à faire sa part pour aider à résoudre ce problème".

Appelant au "dialogue", il a listé les mesures déjà prises: plus grande ouverture aux produits agricoles européens, suppression de remises de TVA pour les exportateurs chinois de produits photovoltaïques, restrictions aux exportations de voitures électriques chinoises.

Sur la défensive, la Chine a affirmé début juin que le succès de ses entreprises reposait sur l'innovation, les économies d'échelle et son tissu industriel, rejetant les accusations selon lesquelles il viendrait d'énormes subventions publiques.

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Où en sont les relations entre l'UE et Pékin ?

Elle sont tendues depuis début 2026 car Bruxelles souhaite renforcer son arsenal législatif face à la Chine.

L'UE craint que la domination des entreprises chinoises dans certains secteurs (véhicules électriques, batteries, chimie, technologies vertes) ne lamine son industrie. Elle exige aussi une plus grande ouverture du marché chinois.

La liste des griefs des Européens envers la Chine "est longue", a rappelé le 15 juin la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas : "subventions faussant la concurrence, déséquilibres commerciaux grandissants et un quasi-monopole sur les matières premières critiques".

"Réduire les dépendances à la Chine ne sera ni facile ni bon marché, mais c'est nécessaire et urgent", a-t-elle insisté.

La Chine est vent debout contre un projet de loi dit d'"accélération industrielle". Il exclurait des marchés publics certains produits fabriqués hors UE et restreindrait le rachat d'entreprises européennes.

La Commission européenne a aussi présenté une révision de ses règles de cybersécurité. Elles visent notamment à exclure les fournisseurs jugés à hauts risques, comme le chinois Huawei, des réseaux de télécommunications.

Les véhicules électriques "made in China" sont visés depuis 2024 par des droits de douane supplémentaires.

Le ministère chinois du Commerce a promis des "contre-mesures" si le projet d'"accélération industrielle" était adopté.

Va-t-on vers une guerre commerciale ?

On s'en rapproche.

"Les esprits sont échauffés et la situation reste instable. Le risque d'une guerre commerciale est bien réel", affirme Xu Dingbo, professeur à l'Ecole de commerce internationale Chine-Europe (CEIBS) à Shanghai.

"Il est essentiel aujourd'hui pour les Européens d'afficher leur détermination et de créer le rapport de force", estime Elvire Fabry, spécialiste de géopolitique du commerce à l'Institut Jacques Delors.

Parmi les pistes évoquées, la France a proposé que l'UE s'inspire du régime américain dit "Section 301", qui permet de surtaxer de manière ciblée et beaucoup plus souple les produits de pays accusés de pratiques déloyales.

Une idée qui séduit de plus en plus au sein de l'UE, y compris en Allemagne, traditionnellement prudente pour ne pas compromettre ses exportations vers la Chine.

A son arrivée à Bruxelles, le chancelier allemand Friedrich Merz s'est félicité des discussions au G7 sur les déséquilibres des échanges mondiaux, mais en se gardant bien de citer spécifiquement la Chine, ni de dire s'il était favorable à de nouveaux outils pour protéger le marché européen.

"Nous sommes fondamentalement ouverts à cette idée, mais c'est important que les mesures qui pourraient être conçues ne ciblent pas un pays en particulier", a expliqué auparavant une source au sein du gouvernement allemand.

"Il y a une convergence avec l'Allemagne", se réjouit-on en tout cas côté français.

"Nous avons absolument besoin d'une plus grande coordination entre Européens dans notre action visà-vis de la Chine pour protéger l'économie européenne", a également affirmé le premier ministre néerlandais, Rob Jetten.

L'Espagne, pour sa part, joue une partition plus favorable à Pékin, se démarquant du consensus ambiant.

"Nous avons besoin d'amis. Nous avons besoin d'être pragmatiques et nous avons besoin de bâtir des ponts, aussi bien avec de grandes économies, des alliés potentiels comme la Chine, qu'avec les alliés traditionnels comme les États-Unis", a souligné le Premier ministre Pedro Sanchez à son arrivée dans la capitale belge.

Zhu Tian, économiste au CEIBS, estime cependant que les deux côtés peuvent avoir intérêt à l'apaisement: "L'escalade ne profiterait à personne : l'Europe ferait face à des coûts plus importants et verrait sa transition verte ralentie, tandis que la Chine prendrait le risque de se fermer un marché essentiel".

L'Europe n'a en effet pas les moyens de se lancer dans une guerre commerciale ouverte, dont tout le monde ressortirait perdant, vu les liens économiques très étroits entre les 27 et la Chine.

"Découpler nos économies n'est ni souhaitable ni réaliste", a souligné le 18 juin le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, devant les eurodéputés à Strasbourg, assurant que le but était de "rééquilibrer nos échanges" et rétablir "des règles du jeu équitables".


Quelles représailles potentielles de la Chine ?

"La Chine pourrait répliquer par des enquêtes antidumping, un durcissement des contrôles réglementaires, des restrictions dans certains secteurs, ou encore en mettant la pression sur des produits européens à forte sensibilité politique", envisage Zhu Tian.

Après de précédentes mesures européennes ces dernières années, la Chine avait imposé des droits antidumping sur le cognac ainsi que des enquêtes sur le porc et les produits laitiers, secouant ces filières.

"L'Europe doit calibrer ses actions vis-à-vis de la Chine", et "nous devons être prudents et réfléchir aux conséquences de toute action qui pourrait être entreprise", a mis en garde le Premier ministre irlandais, Micheal Martin.

Zhu Tian parie sur "une réponse calibrée: suffisamment ferme pour faire comprendre que les mesures de l'UE ont un coût, sans aller jusqu'à une rupture complète".

L'UE redoute particulièrement que Pékin impose des restrictions sur l'exportation de terres rares, essentielles pour ses industries de pointe.
 

Quelle importance l'UE a-t-elle pour la Chine ?

C'est son deuxième partenaire commercial, un marché crucial pour ses entreprises confrontées à une consommation intérieure morose.

La Chine "a besoin de l'accès au marché européen alors que le marché américain se ferme", note Elvire Fabry.

Des compromis sont-ils donc à attendre?

"Augmenter les importations en provenance d'Europe aiderait à détendre la relation et prouverait que la Chine prend au sérieux les inquiétudes de l'UE", juge Zhu Tian. Il préconise aussi davantage d'investissements chinois sur le Vieux Continent, générateurs d'emplois.

Pékin peut encore éviter une guerre commerciale, mais "en s'ouvrant réellement et pas en faisant semblant, car cela fait 20 ou 30 ans que la Chine parle d'ouverture", dit Joerg Wuttke, expert au cabinet DGA-Albright Stonebridge Group et ex-président la Chambre de commerce de l'UE en Chine.