Carton rouge de l'UE au projet d'investisseurs privés à la Fifa

L'Union européenne a vivement dénoncé mercredi le projet de la Fifa d'ouvrir la porte aux investisseurs privés, estimant que "la commercialisation effrénée du football était devenue nocive".

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"Ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence", a estimé le commissaire européen Glenn Micallef. "Pas touche à notre sport", a-t-il mis en garde dans une publication sur X. Une réaction négative parmi de nombreuses autres décriant le nouveau bébé de Gianni Infantino, le critiqué patron de la Fifa..

De quoi s'agit-il ?

La Fifa a annoncé mardi vouloir créer une société afin de gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs, promettant une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du foot.

"L'administration de la Fifa explore l'idée de réunir tous les droits commerciaux - la diffusion, le sponsoring, la billetterie, l'octroi de licences - avec la mise en œuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la Fifa Forward Enterprise (FFE)", précise le communiqué de l'instance qui gère le foot mondial.

"La Fifa invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, et sans contrôle" au sein de cette société, ajoute-elle. Selon plusieurs médias, cette participation extérieure s'élèverait initialement aux alentours de 20%.

"La Fifa garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d'administration", précise le communiqué, ainsi que "l'autorité exclusive" sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires...

Association à but non lucratif, la Fifa conserve une partie de ses revenus, notamment pour organiser ses compétitions, à commencer par la Coupe du monde, et rémunérer ses salariés - dont Gianni Infantino, qui perçoit plusieurs millions de francs suisses annuels. Le reste est affecté à des programmes de développement, qui seront selon elle revalorisés grâce à la création de cette FFE.

Celle-ci "lèverait 4,2 milliards de dollars" dès cette année, et "tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football", assure la Fifa, qui promet à ses membres des retombées économiques via un nouveau mécanisme de financement, le Fifa Fast Forward Programme (FFFP).

Levée de bouclier: 


    • UEFA, l'union des fédérations européennes, dans un communiqué: "L'âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers. Aucun d'entre nous n'est le propriétaire du football. Ce n'est pas à la Fifa de le vendre".

    • Concacaf, la confédération d'Amérique du nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, dans un communiqué: "La Concacaf a été mise au courant par les médias, puis par un communiqué de presse. Nous sommes profondément préoccupés par ce procédé". La Concacaf partage "la déception de nombreux acteurs de notre région et du monde du football face au fait que ces détails aient été élaborés et rendus publics avant même qu'une discussion n'ait eu lieu avec les instances dirigeantes et les parties prenantes concernées".

    • AFC, la confédération asiatique, dans un communiqué: "L'AFC n'a pas été consultée au sujet de cette proposition. Si l'AFC reconnaît l'importance d'explorer des approches innovantes susceptibles de renforcer l'avenir du football mondial, des initiatives d'une telle ampleur et aux conséquences aussi importantes doivent reposer sur les principes de bonne gouvernance, de transparence et de consultation véritable".

    • Fédération anglaise (FA) dans un communiqué: "Nous n'étions absolument pas au courant de cette proposition et nous ne disposons d'aucun détail substantiel, notamment sur ce qu'elle implique réellement et sur les conditions qui y sont attachées. Nous sommes profondément préoccupés par l'absence de processus et de gouvernance qui a conduit à cette situation, ainsi que par la substance et les principes apparents de ce projet".

    • Fédération allemande (DFB), dans une déclaration du vice-président Hans-Joachim Watzke au bi-hedbomadaire Kicker: "De nombreux acteurs du football européen considèrent les projets de la Fifa comme une attaque absolue contre le football. Je partage cette position. Si le football européen fait bloc contre ces projets, cela aura un poids considérable".

    • Andy Burnham, Premier ministre britannique, sur X: "Le football n'appartient pas aux investisseurs" mais à ceux "qui remplissent les tribunes et qui se tiennent au bord du terrain semaine après semaine, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. La Coupe du monde n'est pas un produit. C'est la plus grande compétition du sport mondial et elle n'a jamais appartenu à qui que ce soit pour être vendue".

    • Philippe Diallo, président de la Fédération française (FFF), à la radio France Inter: "Nous avons découvert à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n'avons aucun détail. Et qui (...) soulève beaucoup d'interrogations sans que les membres que nous sommes, fédérations, n'aient pu être associés et ne disposent d'aucun élément particulier pour se prononcer".

    • L'Association des clubs de football européens (EFC) dans un communiqué: "L'EFC prend note avec une vive inquiétude des articles de presse et de l'annonce soudaine par la Fifa d'une éventuelle nouvelle société pour la commercialisation de certaines compétitions. (...) Comme institution qui représente plus de 850 clubs, il serait approprié que l'EFC soit consulté sur un projet d'une telle importance".

    • Javier Tebas, président de la Ligue espagnole, sur X: "Les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d'Infantino. Celui qui mélange politique, discipline, argent et pouvoir sans transparence ne peut rien diriger".

. Sepp Blatter, prédécesseur de Gianni Infantino à la Fifa (1998-2015), sur X: "La relation étroite entre le président de la Fifa (Infantino) et le président des États-Unis (Donald Trump) a pris une dimension financière qui porte un grave préjudice au football. Personne n'a le droit de vendre notre sport".


    • Union européenne (UE), dans un message du commissaire Glenn Micallef sur X: "Ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence. La Commission européenne examinera ces propositions avec la plus grande attention. Pas touche à notre sport".

    • Elus démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants au Capitole, sur X: "Il semble que le faux Prix de la paix et le bail géant conclu avec la Trump Tower n'étaient pas suffisants. Maintenant, Gianni Infantino tente la passe de trois en cherchant un accord de plusieurs milliards de dollars avec le frère de Jared Kushner pour vendre des parts des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Les intérêts d'oligarques et de grandes entreprises vont maintenant encore plus ternir la beauté de ce jeu".

    • Association des supporters de football (FSA), dans un communiqué: "Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour combattre cette nouvelle décision et toutes celles qui mettent gravement en péril l'avenir du football au profit de gains commerciaux à court terme. Ce projet ne doit pas devenir une nouvelle étape dans la tentative de Gianni Infantino de remodeler le football sans tenir compte des supporters ni de l'intérêt général du jeu".

    • Marina Ferrari, ministre des Sports de la France, dans un communiqué: "L'annonce de la Fifa d'ouvrir ses activités commerciales à des investisseurs privés constitue un tournant majeur qui soulève de très graves interrogations sur la gouvernance et l'avenir du football mondial. Un projet d'une telle ampleur ne peut être élaboré sans transparence ni concertation avec les fédérations nationales et les acteurs du football. La méthode est aussi préoccupante que le fond".