C'est quoi l'euro numérique ?

Le gouverneur de la Banque de France a jugé le 6 janvier que la souveraineté économique de l'Europe, garantie par l'euro, pourrait "être menacée" si l'euro numérique n'était pas adopté. Retour en cinq questions sur ce projet qui pourrait devenir réalité en 2029. 

De quoi parle-t-on ? 

Version digitale de l'argent détenu en espèces, l''"euro numérique" est un projet porté par la Banque centrale européenne (BCE). Cette nouvelle monnaie électronique, pouvant servir aussi bien aux achats du quotidien en magasin ou aux achats en ligne, compléterait les espèces et les moyens de paiement existants, sans les remplacer. La BCE estime qu'elle offrira les mêmes avantages que le liquide - simplicité, confidentialité et fiabilité — tout en facilitant les transactions en ligne dans l'ensemble de la zone euro.
Concrètement, il suffira de créer un compte en euros numériques via sa banque et de l'alimenter avant de pouvoir payer - même hors connexion - avec son téléphone par exemple.

Mais pourquoi un tel projet ?

Avant tout pour "préparer l'avenir du système monétaire européen", selon Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE. 

En effet, "face à l’évolution des habitudes de paiement et au recul des paiements en espèces par rapport aux transactions numériques, le besoin d’un moyen de paiement numérique public, complémentaire aux espèces, est devenu de plus en plus pressant", a souligné l'institution monétaire fin octobre.

Pour la BCE, il s'agit de  sauvegarder la souveraineté monétaire européenne et économique de la zone euro face aux géants américains des paiements Visa, Mastercard, ou PayPal, et face aux "stablecoins" adossées au dollar, soutenus par Donald Trump. 

"Lancé il y a plus de 25 ans, l'euro constitue le plus grand pas en avant de l'Europe vers la souveraineté et un énorme succès populaire, soutenu par 82% des citoyens européens. Mais aujourd'hui, cette réussite durement acquise pourrait être menacée si nous ne sécurisons pas le rôle pivot de la monnaie de banque centrale +souveraine+ dans le monde numérique", a déclaré le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, lors d'une conférence à Paris le 6 janvier. 

Quel est le calendrier ?

La BCE, qui expérimente la technologie depuis 2023, a indiqué vouloir lancer courant 2027 la phase pilote en vue de préparer une "première émission potentielle de l'euro numérique en 2029".

Mais il faudra pour cela que les gouvernements nationaux et le Parlement européen se mettent d'accord sur le cadre légal. Un vote du Parlement européen est attendu en mai.

En décembre, le Conseil de l'Union européenne, qui réunit les ministres des Etats membres, s'est mis d'accord sur des propositions clés en vue de la mise en place de l'euro numérique. Selon ses propositions, il devra être disponible en ligne ou hors ligne, et donc pouvoir être utilisé même sans connexion internet tandis que la quantité totale pouvant être détenue à tout moment sur des comptes numériques en ligne et dans des portefeuilles numériques devra être limitée à un certain montant.

Le chiffre de 3.000 euros a été évoqué 

Pourquoi les banques sont réticentes ? 

Elles redoutent une perte substantielle de dépôts si les citoyens transféraient une partie de leurs avoirs vers le portefeuille numérique garanti par la BCE. 

Elles craignent aussi l'impact sur leurs bilans du coût de l'euro numérique, alors qu'elles ont déjà payé le développement de systèmes de paiements privés, comme Wero.

Selon les estimations publiées par la BCE, les coûts de développement du projet jusqu'à la première émission s'élèveraient à environ 1,3 milliard d'euros, à la charge des banques centrales de l'Eurosystème. Les coûts de mise en place supportés par les banques s'élèveraient quant à eux entre 4 et 6 milliards d'euros, toujours selon la BCE. 

Une estimation toutefois très inférieure à celle publiée en juin par le cabinet PwC, qui tablait sur une facture de 18 milliards d'euros pour les banques en zone euro.

Se voulant rassurante, la BCE a assuré que l'introduction de l'euro numérique ne menacerait pas le système bancaire européen, même en cas de transferts massifs de dépôts jusqu'au plafond de 3.000 euros par usager bancaire.

L'euro numérique, objet de désinformation 

Depuis son lancement, le projet de la BCE a fait l'objet de désinformation sur les réseaux sociaux. Une vague de fausses nouvelles affirmant notamment que l'euro numérique signifierait la fin de l'argent liquide ou permettrait à la BCE de bloquer les paiements ou d'accéder à l'épargne des citoyens.