Avant l'hiver, l'approvisionnement en gaz sous surveillance en Europe
Quatre ans après la crise énergétique provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, un des principaux fournisseurs du Vieux continent, la sécurité gazière de l'Europe est de nouveau incertaine. La guerre au Moyen-Orient a perturbé le remplissage des stockages européens, tombés à un niveau bas, ravivant des craintes sur l'approvisionnement et sur les prix pendant l'hiver.
spinner.loading
spinner.loading
- Moins de dépendance
En 2026, l’Union européenne a significativement réduit sa dépendance au gaz russe grâce à une série de mesures énergétiques et de sanctions. La dépendance de l’UE au gaz russe est passée de 45 % des importations totales en 2022 à seulement 12 % en 2025, selon un rapport de la Commission européenne publié en avril 2026. Cela représente une baisse d'un tiers depuis le lancement du plan REPowerEU. Ce plan a pour objectif principal de réduire la dépendance de l’UE aux importations d’énergie en provenance de Russie, tout en accélérant la transition vers un système énergétique basé sur des sources propres et renouvelables.
Malgré la moindre dépendance, 35 milliards de mètres cubes de gaz russe sont encore importés chaque année, mais ces importations devraient cesser d’ici moins de deux ans (d’ici fin 2027).
- Stockages au plus bas
Le gaz conserve un rôle central en Europe pour alimenter les usines, chauffer les bâtiments ou produire de l'électricité dans les centrales thermiques.
L'été correspond habituellement à la période durant laquelle les acheteurs de gaz reconstituent les réserves souterraines en profitant de prix plus faibles qu'en hiver.
À cette période de l'année, le niveau de remplissage moyen en Europe devrait en moyenne "se situer vers 75-80%", indique à l'AFP Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Centre global de politique de l'énergie de l'Université Columbia.
Or, selon l'association d'acteurs gaziers Gas Infrastructure Europe, les stockages européens ne sont remplis qu'à 58%. Un niveau inédit depuis 2021, année où la Russie avait commencé à réduire ses livraisons de gaz vers l'Europe.
- Combinaison de facteurs
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. "L'Union européenne a terminé le dernier hiver avec des stocks souterrains de gaz à seulement 28%, un niveau nettement inférieur à celui des années précédentes", relève Ronald Pinto, analyste chez Kpler, interrogé par l'AFP.
S'y est ajouté "le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février", qui a affecté les importations européennes en gaz naturel liquéfié (GNL), comme celles acheminées du Qatar par le détroit d'Ormuz, ce qui a fait gonfler les prix.
Dans ce contexte, les acheteurs européens ont parié sur une baisse ultérieure des cours, retardant leurs achats destinés au remplissage des réserves, selon Kpler. Résultat: les prix du gaz à livrer cet hiver sont restés artificiellement inférieurs par rapport aux prix estivaux, réduisant l'intérêt économique du stockage estival.
- Approvisionnements sous surveillance
Un porte-parole de la Commission européenne affirme qu'il n'existe "aucune inquiétude immédiate concernant la sécurité de l'approvisionnement en gaz dans l'UE" avant l'hiver.
Et ce notamment, parce que la situation diffère de celle de la crise énergétique de 2022 liée à la guerre en Ukraine. L’Europe a développé ses capacités d'importation de gaz naturel liquéfié (GNL), transporté par bateau, pour remplacer le gaz russe et "la demande de gaz dans l'UE a diminué de 17%" par rapport à son niveau d'avant le début de l'invasion de l'Ukraine.
Bruxelles estime qu'un taux de remplissage des stockages de 80% est "techniquement atteignable" et "suffisant pour sécuriser l'approvisionnement pendant l'hiver", ajoute le porte-parole, interrogé par l'AFP.
Mais certains experts sont plus nuancés. "Les risques pesant sur l’approvisionnement de l’Europe restent élevés en raison de la diminution de la disponibilité de GNL en provenance du Moyen-Orient", souligne Antonia Syn, analyste chez Rystad Energy.
Même si aujourd'hui, "le continent est mieux placé pour faire face à des perturbations durables de l’offre", Ronald Pinto estime aussi que "des risques subsistent".
Il cite notamment d'éventuelles perturbations des approvisionnements en provenance de Norvège ou d'autres sources clés pour l'UE, ainsi que des interruptions de l'offre américaine liées à une vague de froid prolongée ou à des opérations de maintenance imprévues dans des installations de GNL.
- Des prix appelés à rester élevés
Dans ces conditions, "il y aura sans doute une augmentation des prix, surtout si le Qatar et les Émirats arabes unis ont des difficultés à exporter du GNL" par le détroit d'Ormuz, toujours bloqué, estime Anne-Sophie Corbeau.
Selon Ronald Pinto, le prix de référence européen du gaz "restera élevé pour le reste de l'année", avec des moyennes mensuelles comprises entre 55 et 62 euros le mégawattheure.
Très affectées par la crise du détroit d'Ormuz, l'Asie et en particulier la Chine concurrencent directement l'Europe pour attirer les cargaisons disponibles de GNL, alimentant la hausse des prix. "Pour le moment, on voit plutôt le GNL aller vers l'Asie que chez nous, car les prix y sont plus élevés", relève Anne-Sophie Corbeau.
D'autres paramètres peuvent aussi peser sur le marché, notamment la rigueur de l'hiver et le niveau de production électrique éolienne.
"Si les stocks sont moins pleins, que l'hiver est rigoureux et qu'un autre problème survient, il faudra envisager des mesures de sobriété", prévient l'experte, comme en 2022.