Allemagne : Merz joue son avenir aux élections régionales de dimanche

Le chancelier allemand Friedrich Merz survivra-t-il aux scrutins régionaux du dimanche 20 septembre ? Le débat est ouvert après le récent échec électoral de son parti conservateur en Saxe-Anhalt où l'extrême droite a obtenu une écrasante victoire.

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Signe des temps, M. Merz a convoqué une réunion de crise des cadres de son parti, la CDU, pour dimanche soir, a annulé son déplacement prévu à New York en vue de l'Assemblée générale des Nations unies et a répondu avec mauvaise humeur à un journaliste l'interrogeant sur son avenir politique.

Près de quatre millions d'électeurs allemands, appelés dimanche aux urnes à Berlin et dans le Land (Etat régional) rural et côtier du Mecklembourg-Poméranie Occidentale (nord-est), pourraient décider de son avenir.

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) devrait fortement progresser aux deux scrutins, quinze jours après la lourde défaite infligée à la CDU en Saxe-Anhalt, un bastion de cette formation antimigrants et prorusse dans l'ex-RDA.

Dans la capitale, les choses s'annoncent tout aussi difficiles, le parti du chancelier, dont le maire est issu, est au coude-à-coude avec la gauche radicale Die Linke (autour de 20% chacun) et talonnés, selon les sondages, par l'AfD (18%). 

Dans le nord-est, l'AfD devance d'une courte tête, dans les enquêtes d'opinion, les sociaux-démocrates (37 contre 35%). La CDU (7%) est complètement distancée, dangereusement proche des 5% nécessaires pour être représentée au Parlement régional. 

Une telle non-qualification serait une première dans l'Allemagne d'après-guerre, une humiliation pour M. Merz et une victoire pour l'extrême droite qui, se présentant comme la seule véritable force politique conservatrice, veut la tête du chancelier. 

Impopularité historique

"Dramatique est un mot trop faible" pour qualifier "un échec de cette ampleur" s'il devait se produire, dit à l'AFP Ursula Münch, politologue à l'Académie de formation politique de Tutzing.

L'AfD est parvenue à siphonner en une décennie les voix de la CDU avec un discours anti-immigration mais aussi en pointant du doigt les alliances répétées des conservateurs avec des partis plus à gauche, adoptant des positions plus inclusives sur la famille, les personnes LGBT+ ou les immigrés.  

"Avant aussi je votais pour la CDU mais c'est fini (...), elle n'a toujours pas réussi à se ressaisir", résume Manuela Schmidt, une retraitée de 63 ans croisée dans les rues de Berlin. Cette année, son choix c'est l'AfD.

Friedrich Merz a reconnu l'ampleur des difficultés mais exclu de démissionner. Son camp rappelle aussi les proximités du parti d'extrême droite avec des néonazis, un argument longtemps porteur dans un pays guidé par une culture du repentir pour les crimes hitlériens et que l'AfD veut supprimer.

"Renoncer n'est pas une option pour moi", avait-il déclaré après le camouflet en Saxe-Anhalt, avant d'accuser l'AfD de vouloir un "nettoyage ethnique" de l'Allemagne. 

Malgré tout, les conjectures sur son départ prématuré et l'identité d'éventuels successeurs proviennent de son camp.

Au pouvoir depuis seize mois, M. Merz avait promis de relancer l'économie nationale en stagnation, de réarmer le pays pour dissuader une Russie hostile et de contenir l'immigration irrégulière pour regagner les électeurs passés à l'AfD.

Mais, entre son impulsivité, des gaffes, un ton professoral, la lenteur des réformes et les disputes avec son partenaire de coalition social-démocrate, son impopularité (88%) atteint un niveau jamais vu.

Quête de soutien

"Les scénarios à l'étude (...) montrent que le chancelier lui-même considère manifestement qu'une fin anticipée de son mandat est une hypothèse réaliste", dit à l'AFP le politiste Oliver Lembcke, de l'université de la Ruhr.

De nouvelles défaites pourraient aussi remettre en cause l'engagement de la CDU à ne jamais coopérer avec l'extrême droite.

Parmi les électeurs conservateurs, 55% estiment désormais que ce "pare-feu" n'a plus lieu d'être, selon un sondage YouGov pour le quotidien Bild.

M. Merz espère quant à lui obtenir, dès dimanche, au cours de la réunion de crise de la CDU, le soutien des cadres de ce parti et rester en poste.

"Si, après les élections, ceux-ci ne lui témoignent pas de manière ostentatoire leur confiance, sa situation deviendra très difficile", observe M. Lembcke.

Le mercredi 16 septembre, petite consolation, huit chefs d'exécutifs conservateurs de régions ont déclaré ensemble que l'Allemagne avait besoin "plus que jamais de stabilité". Sans pour autant nommer le chancelier.

Berlin se choisit un nouveau maire

A la fois ville et région, Berlin, la capitale allemande, renouvelle son Parlement qui élira ensuite le maire. Pour obtenir ce fauteuil, arriver en tête du scrutin ne suffit pas, il faut pouvoir bâtir une coalition majoritaire.

Elif Eralp, l'extrême gauche aux portes du pouvoir.  La tête de liste de Die Linke, le parti héritier du pouvoir communiste de la défunte Allemagne de l'Est, Elif Eralp, parfois comparée à Zohran Mamdani, l'outsider de gauche devenu maire de New York, fait campagne avec un pendentif "plafonnement des loyers" autour du cou, jurant d'exproprier des grands groupes immobiliers abusant de leur position sur le marché locatif.

Une proposition clivante mais porteuse, le coût du logement à Berlin, autrefois une des villes les moins chères d'Europe, ayant connu une flambée.

Mme Eralp, 45 ans, peut arriver en tête dimanche et tenter de former une coalition avec les écologistes et les sociaux-démocrates.

Née à Munich, cette fille de syndicalistes turcs ayant fui leur pays a d'abord fait carrière en tant que juriste dans la défense des immigrés et dans l'antiracisme, avant de rejoindre Die Linke.

Stefan Evers, raisonnablement austère. L'actuel patron des finances berlinoises est la tête de liste des conservateurs de la CDU. Il a dû remplacer au pied levé le maire sortant, Kai Wegner, emporté par ses mensonges sur son emploi de temps au moment où une partie de la ville a été privée d'électricité par un sabotage au coeur de l'hiver.

Stefan Evers, 46 ans, originaire de l’ouest de l’Allemagne, est au coude-à-coude avec Mme Eralp (autour de 20% chacun). Son style est à l'opposé : costume sobre, lunettes de premier de la classe, campagne discrète. La forme colle à son programme : l'austérité.

Le candidat a pour bilan un "douloureux" programme de coupes budgétaires dans une cité endettée. "Il faut bien que quelqu'un soit raisonnable", dit l'une de ses affiches.

S'il veut gouverner, il pourrait devoir composer avec la gauche, comme le maire sortant qui était allié aux sociaux-démocrates.

Kristin Brinker, l'extrême droite en embuscade. L'AfD espère faire un coup électoral et virer en tête le jour du vote, ajoutant une victoire dans l'escarcelle de l'extrême droite, deux semaines après son succès retentissant en Saxe-Anhalt.

Si elle arrivait en tête, ce serait un coup de tonnerre dans une ville réputée pour sa tolérance. Mais, faute d'alliés, les chances de Kristin Brinker d'être maire sont nulles.

Sa liste est créditée de 18% dans les derniers sondages, le double du score de 2023. 

Originaire de Saxe-Anhalt, cette architecte de formation, déjà candidate au précédent scrutin, a fait campagne sur le sentiment d'insécurité, la lutte contre l'immigration et promet d'accorder les logements sociaux en priorité aux travailleurs "autochtones", ceux "qui vivent ici depuis plus longtemps", a-t-elle expliqué dans un entretien avec l'AFP.

Werner Graf, Vert classique. Originaire de Bavière, ce que trahit son accent, le candidat écologiste Werner Graf, récemment crédité de 16% des voix, prône l'accélération de la construction de logements pour régler la crise et est lui aussi favorable à une forme d'expropriation visant des groupes immobiliers.

Il prône en outre la modernisation des pistes cyclables et des transports en commun. 

Il pourrait être un allié naturel et de poids pour Mme Eralp.

Steffen Krach, le crash social-démocrate. Ayant dû abandonner le poste de maire en 2023, après deux décennies, et contraint à une coalition malaisée sous l'égide des conservateurs, le Parti social-démocrate (SPD) a parié sur Steffen Krach, un ex-élu de Hanovre, pour se refaire.

Mais la débâcle menace avec 12% des intentions de vote. De plus, la tête de liste est visée par une enquête pour des malversations sur un marché public dans la région de Hanovre. Il a rejeté ces soupçons.

S'il pourrait être un allié dans une coalition de gauche, il s'oppose à la mesure phare de l'expropriation dans l'immobilier. 

Sur la côte baltique, les sociaux-démocrates face à l’extrême droite

Le parti anti-immigration AfD espère décrocher dimanche une nouvelle victoire électorale dans un Land côtier du nord-est, mais la dirigeante régionale, une sociale-démocrate, remonte dans les sondages, en se posant en dernier rempart face à l'essor de l'extrême droite.

En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le SPD, mené par Manuela Schwesig a réduit l'écart et se retrouve au coude-à-coude avec l'Alternative pour l'Allemagne, conduite par un ancien animateur radio et célébrité locale, Leif-Erik Holm.

Le candidat d'extrême droite de 56 ans veut surfer sur le retentissant succès de son parti, le 6 septembre, dans une autre région orientale, la Saxe-Anhalt où, avec quelque 44% des voix, l'AfD a provoqué une onde de choc telle que l'avenir du chancelier conservateur Friedrich Merz est en question.

"Le choix est très clair", dit Manuela Schwesig, 52 ans, à l'AFP, en marge d'un meeting de campagne dans la ville portuaire de Rostock, "soit l'AfD devient la principale force (politique régionale), soit le SPD le reste".

Alors que l'AfD est à 37% dans un sondage publié mercredi par l'influent journal Bild, et que le SPD est à 35%, les conservateurs sont crédités de 7%, dangereusement proches de la barre éliminatoire des 5%.

Si la CDU était expulsée du parlement régional, du jamais-vu dans l'Allemagne contemporaine, la pression sur le chancelier pourrait devenir insoutenable, alors que bruissent déjà les rumeurs de son remplacement.

Pour gagner dans cette région d'ex-Allemagne de l'Est, Mme Schwesig, une ex-ministre de la Famille, survivante du cancer, forte d'une popularité personnelle élevée, se présente donc comme la seule solution face à l'AfD.

Son parti social-démocrate, partenaire de coalition de M. Merz, ayant complètement décroché au niveau national, Mme Schwesig est également allée à l'encontre du gouvernement sur plusieurs thèmes, avec un ton conciliant à l'égard de la Russie ou critiquant la réforme prévue des retraites, thématiques dont l'AfD fait ses choux gras.

Faute d'alliés, il est peu probable que l'Alternative pour l'Allemagne puisse constituer une majorité, et même si ce parti arrive en tête dimanche, la coalition régionale la plus vraisemblable réunirait le SPD, les Verts et le parti d'extrême gauche Die Linke.