A Bruxelles, la rentrée XXL des lobbyistes

A Bruxelles, à deux pas du Parlement européen, des centaines de lobbyistes, des fonctionnaires et des élus se mêlent lors d'une soirée de réseautage XXL.

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Lobby européen de l'automobile, du digital, du plastique, des détergents ou des éoliennes...: une vingtaine d'associations professionnelles influentes ont organisé cette réception le mercredi 10 septembre, dans un majestueux chapiteau installé dans les jardins d'un musée.

Le message ? L'Union européenne doit davantage "entendre l'industrie", estime l'un des invités, Alain D'haese, qui représente la filière des aérosols.

Intitulée "The Party - Back2Business", cette soirée signe la rentrée des lobbyistes, cette activité qui consiste à défendre les intérêts des entreprises auprès des pouvoirs publics. 

La capitale des institutions européennes en est une des places fortes.

Quels sont les objectifs des lobbyistes ?

Les industriels font des pieds et des mains pour tenter de peser sur les lois européennes qui s'appliqueront à un marché de 450 millions d'habitants.

Cabinets de lobbyistes, consultants, grandes entreprises, syndicats ou ONG, près de 18.000 organisations sont inscrites sur le "registre de transparence" de l'UE, où elles ont l'obligation de s'enregistrer pour plaider leur cause auprès des décideurs européens.

Les milieux économiques bénéficient actuellement d'un climat politique favorable à Bruxelles.

Depuis deux ans, l'Union européenne a adopté une approche pro-business, avec une kyrielle de lois de simplification de la vie des entreprises, qui hérissent les organisations environnementales.

Les lobbyistes ont "beaucoup de travail" en ce moment, confirme Umberto Gambini, qui avec son cabinet Forward Global, défend notamment des sociétés de la Tech.

Oui, "l'industrie est davantage entendue" durant ce mandat, car "on s'est rendu compte que certaines lois environnementales ont favorisé des acteurs non-européens", raconte aussi Paul Varakas, en charge des intérêts des producteurs européens de cigares.

Selon une étude d'ONG, les plus grandes entreprises dépensent 381,75 millions d'euros par an en lobbying à Bruxelles, en hausse de 7,8% par rapport à 2025.

Y a-t-il des zones grises ?

Le métier suscite son lot de fantasmes.

"Il y a un mythe négatif du lobbyiste. Ce serait un truc secret dans des corridors sombres. Mais ce n'est pas du tout ça", assure Alain D'haese.

"On est très transparent. On se présente. On vient expliquer comment fonctionne notre secteur. Il y a une très grande intégrité, sinon, on ne fait pas de vieux os dans ce métier", témoigne-t-il.

"On peut voir qui rencontre qui, quelles réunions ont lieu. Les institutions sont tenues de les recenser, et c'est une très bonne chose", abonde Umberto Gambini.

Mais il y a des brebis galeuses. 

Des règles plus strictes sont-elles nécessaires?

L'UE a dû renforcer l'encadrement du lobbying après le scandale du QatarGate fin 2022, quand la justice belge a ouvert une enquête sur d'ex-eurodéputés sociaux-démocrates soupçonnés d'avoir été corrompus par le Qatar et le Maroc.

Et l'eurodéputé écologiste Daniel Freund voudrait des règles plus strictes encore sur les relations entre élus et lobbies, en particulier pour des "zones grises" comme les invitations aux restaurants ou à des voyages.

En tant qu'eurodéputé, "il est tout à fait normal de parler à l'ensemble des parties prenantes, entreprises, syndicats, ONG, mais ce qui compte, c'est la transparence et l'équilibre de ces consultations avant les prises de décision", considère cet élu allemand.

Le succès d'un lobbyiste repose sur son réseau, sa fine connaissance des arcanes complexes de l'Union européenne et la relation de confiance qu'il parvient à nouer avec fonctionnaires et élus.

Combien gagnent les lobbyistes ?

Même si les salaires sont loin de ceux des lobbyistes aux Etats-Unis, c'est un métier très bien rémunéré à Bruxelles: jusqu'à 300.000 euros brut par an pour les plus influents, estime l'un d'eux anonymement, avec une "poignée de lobbyistes stars" de Bruxelles, qui toucherait même un million d'euros à l'année.

Le secteur n'est pas prêt de décroître: plus la législation européenne se spécialise, plus des entreprises ont des revendications à faire entendre, avec du lobbying dans des domaines parfois inattendus.

C'est ainsi qu'il existe un lobby des ballons de baudruche (European Balloon & Party Council) qui relaie les préoccupations des industriels face à la législation européenne contre le plastique à usage unique.

Ou que le terreau et la tourbe ont leurs lobbyistes à Bruxelles. La filière s'était réorganisée en 2017, juste avant une loi sur les fertilisants. 

Qui sont leurs principaux employeurs ?

Meta, Amazon, Apple...: les géants de la tech américaine déploient d'importantes ressources pour tenter d'infléchir la législation numérique de l'UE.

Selon un rapport des ONG Corporate Europe Observatory et LobbyControl publié en juin, la tech dépense un total de 73 millions d'euros par an en lobbying à Bruxelles.

La maison mère de Facebook, Meta, figure en tête du classement avec quelque 10 millions d'euros. 

Son lobbying bruxellois implique 44 personnes à temps partiel ou complet, soit 17 équivalent temps plein.

L'entreprise a par exemple mené une campagne pour lutter contre l'encadrement de l'intelligence artificielle en Europe.

Et le secteur bénéficie du soutien politique de l'administration Trump, vent debout contre les lois européennes sur le numérique.

Les dépenses de lobbying n'empêchent toutefois pas l'Union européenne de continuer à légiférer ou sanctionner les Gafam quand ils ne respectent pas ses lois.

Fin juillet, la Commission a ainsi infligé un total de 890 millions d'euros d'amendes à Google, pour des atteintes à la concurrence dans la recherche en ligne et au sein du magasin d'applications Google Play.

Selon Corporate Europe Observatory et LobbyControl, le secteur financier dépense quant à lui 66,7 millions par an pour défendre sa cause auprès de l'UE.

L'Association for Financial Markets in Europe (AFME), qui représente les principales banques, est ainsi un lobby incontournable à Bruxelles.

Les secteurs de l'énergie et de la chimie dépensent aussi des sommes importantes pour leur lobbying à Bruxelles, avec respectivement 52 millions et 46,5 millions d'euros par an d'après les ONG.

Le géant pétrolier français TotalEnergies a par exemple accrédité sept personnes pour défendre ses intérêts au Parlement européen.

Et l'entreprise dépense autour de 3 millions d'euros par an pour ses activités de lobbying auprès des institutions européennes.

C'est moins que son concurrent britannique Shell, qui consacre environ 4,5 millions d'euros par an à son lobbying auprès de l'UE.