A French nuclear umbrella for Europe?

The idea of a French nuclear umbrella over Europe, at a time when American protection is anything but guaranteed, raises countless questions.

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Le président français Emmanuel Macron a proposé lors d'une allocution télévisée solennelle consacrée à la situation internationale et la "menace russe" d'ouvrir un "débat stratégique" sur la protection de l'Europe par le parapluie nucléaire de la France, seule puissance dotée de l'UE depuis le Brexit au Royaume-Uni.

Quelle est la doctrine nucléaire française ?

"La dissuasion nucléaire française a une vocation exclusivement défensive: elle vise à prévenir toute ambition d'un dirigeant d'État à s'en prendre aux intérêts vitaux de la France", selon le ministère des Armées.

Les "intérêts vitaux" sont à l'appréciation d'un seul homme, le chef de l’État, qui traditionnellement entretient sciemment l’ambiguïté sur le périmètre de ces intérêts. Et qui, in fine, est le seul à pouvoir appuyer sur le bouton nucléaire, comme l'a rappelé Emmanuel Macron.

La dissuasion nucléaire française repose sur une composante océanique (4 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins) et une composante aéroportée (Rafale et ravitailleurs stratégiques).

Elle se caractérise par la doctrine dite de "stricte suffisance" de l'arsenal, qui exclut d'entrer dans une course aux armements. La France dispose de 290 têtes nucléaires, contre 3.708 pour les États-Unis et 225 pour le Royaume-Uni, selon le centre de réflexion suédois SIPRI.

Une dimension européenne, de quoi parle-t-on ?

Depuis son accession au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron a souligné à plusieurs reprises que les intérêts vitaux de la France avaient une "dimension européenne". Ce n'est pas une nouveauté: les présidents Georges Pompidou puis Valéry Giscard d'Estaing dans les années 1970 s'y étaient référé. Mais la situation internationale actuelle donne un nouveau relief à ce concept, au moment où les États-Unis tournent le dos au continent et où "la menace russe (...) touche les pays d'Europe", comme l'a rappelé M. Macron.

Dans un revirement historique, l'Allemagne envisage désormais une dissuasion nucléaire européenne. Polonais et Scandinaves ont accueilli favorablement la proposition du président français. Le Premier ministre polonais Donald Tusk juge l'idée d'un parapluie nucléaire français "très prometteuse", quand son homologue danoise Mette Frederiksen dit que "tout doit être sur la table".

Mais où commence la dimension européenne des intérêts vitaux de la France? "Dans le principe, la France offre une dissuasion à ses alliés" confrontés à "une menace existentielle immédiate", relève sur son blog Fabian Hoffmann, chercheur au centre Oslo Nuclear Project.

"Cet engagement peut être crédible pour des États proches de la France comme l'Allemagne, la Belgique ou les Pays-Bas, une menace existentielle contre leurs capitales concernerait aussi vraisemblablement Paris. C'est beaucoup plus difficile à vendre pour des pays comme la Finlande ou les États Baltes, géographiquement distants des frontières françaises", souligne-t-il.

Héloïse Fayet, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri) estime pour sa part qu'il faut plutôt se concentrer sur les pays les plus à risque comme la Suède, les Pays-Baltes, la Pologne, la Roumanie, de préférence "en format bilatéral".

Quelles modalités ?

Emmanuel Macron "n'a jamais dit qu'il y aurait un partage, ni des armes, ni de la prise de décision", a martelé le ministre des Armées Sebastien Lecornu.

De fait, la doctrine française n'offre que des options limitées.

Des avions européens pourraient participer aux exercices nucléaires français en fournissant par exemple des chasseurs d'escorte ou des avions-ravitailleurs aux avions Rafale censés tirer leur missile, propose dans une note l'institut allemand SWP.

Paris pourrait également, selon lui, déployer des avions "capables de porter des armes nucléaires" sur des bases alliées, ce qui "pourrait rendre les calculs stratégiques de Moscou encore plus difficiles".

"On a besoin d'inventer notre propre modèle de dissuasion, qui ne soit pas calqué sur le modèle américain (qui déploie des armes nucléaires dans plusieurs pays européens)", tranche la chercheuse Héloïse Fayet. "Il faut une dissuasion nucléaire française robuste, un dispositif militaire conventionnel, et surtout un engagement politique".

"Par exemple, les Estoniens considèrent presque que les militaires français déployés dans leur pays viennent avec chacun une petite arme nucléaire dans leur dos: ils représentent une sorte de projection de la dissuasion nucléaire française", explique-t-elle.

Un engagement crédible?

"Le principal défi pour la France, c'est la question de crédibilité politique vis-à-vis de nos alliés, et faire comprendre que nos intérêts militaires sont inextricablement liés, elle n'agit pas par bonté de cœur", estime Héloïse Fayet.

Dans une note jeudi, la Fondation Jean Jaurès préconise "un renforcement de notre arsenal au-delà du principe de +stricte suffisance+" afin de "compenser la disparition du parapluie américain, envoyer un signal stratégique et crédibiliser la dimension européenne de la dissuasion française".

Par Cécile Feuillatre

In a solemn televised address devoted to the international situation and the "Russian threat", French President Emmanuel Macron proposed opening a "strategic debate" on the protection of Europe by France's nuclear umbrella, the EU's only nuclear-armed power since the UK's Brexit.

What is France's nuclear doctrine?

According to the French Ministry of Defence, "France's nuclear deterrent has an exclusively defensive role: it aims to prevent any ambition on the part of a State leader to attack France's vital interests".

Vital interests" are at the discretion of one man alone, the Head of State, who traditionally deliberately maintains ambiguity about the scope of these interests. And who, in the final analysis, is the only one who can press the nuclear button, as Emmanuel Macron reminded us.

France's nuclear deterrent is based on an ocean-going component (4 nuclear-powered ballistic missile submarines) and an airborne component (Rafale and strategic tankers).

It is characterised by the doctrine of "strict sufficiency" of the arsenal, which rules out an arms race. France has 290 nuclear warheads, compared with 3,708 for the United States and 225 for the United Kingdom, according to the Swedish think-tank SIPRI.

What is the European dimension?

Since coming to power in 2017, Emmanuel Macron has repeatedly stressed that France's vital interests have a "European dimension". This is nothing new: presidents Georges Pompidou and then Valéry Giscard d'Estaing referred to it in the 1970s. But the current international situation is giving new prominence to this concept, at a time when the United States is turning its back on the continent and "the Russian threat (...) is affecting the countries of Europe", as Mr Macron pointed out.

In a historic U-turn, Germany is now considering a European nuclear deterrent. The Poles and Scandinavians welcomed the French President's proposal. Polish Prime Minister Donald Tusk called the idea of a French nuclear umbrella "very promising", while his Danish counterpart Mette Frederiksen said that "everything must be on the table".

But where does the European dimension of France's vital interests begin? "In principle, France is offering a deterrent to its allies" faced with "an immediate existential threat", notes Fabian Hoffmann, a researcher at the Oslo Nuclear Project, in his blog.

"This commitment may be credible for states close to France such as Germany, Belgium or the Netherlands, but an existential threat against their capitals would also likely concern Paris. It's a much harder sell for countries like Finland or the Baltic States, which are geographically distant from France's borders", he points out.

Héloïse Fayet, a researcher at the French Institute of International Relations (Ifri), believes that the focus should rather be on the countries most at risk, such as Sweden, the Baltic States, Poland and Romania, preferably "in a bilateral format".

What arrangements?

Emmanuel Macron "has never said that there would be a sharing of either weapons or decision-making", insisted Armed Forces Minister Sebastien Lecornu.

In fact, the French doctrine offers only limited options.

European aircraft could take part in French nuclear exercises, for example by providing escort fighters or refuelling aircraft for the Rafale aircraft that are supposed to fire their missile, suggests the German institute SWP in a note.

In its view, Paris could also deploy aircraft "capable of carrying nuclear weapons" to allied bases, which "could make Moscow's strategic calculations even more difficult".

"We need to invent our own model of deterrence, one that is not modelled on the American model (which deploys nuclear weapons in several European countries)", says researcher Héloïse Fayet. "We need a robust French nuclear deterrent, a conventional military system and, above all, a political commitment".

"For example, the Estonians almost consider that the French soldiers deployed in their country each carry a small nuclear weapon behind their backs: they represent a sort of projection of the French nuclear deterrent", she explains.

A credible commitment?

"The main challenge for France is the question of political credibility vis-à-vis our allies, and making them understand that our military interests are inextricably linked, and that France is not acting out of the goodness of its heart", says Héloïse Fayet.

In a paper published on Thursday, the Fondation Jean Jaurès advocates "strengthening our arsenal beyond the principle of 'strict sufficiency'" in order to "compensate for the disappearance of the American umbrella, send out a strategic signal and give credibility to the European dimension of French deterrence".

By Cécile Feuillatre